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Leur projet : Imposer une nouvelle intervention militaire étrangère à Haïti


lundi 15 mars 2021

Par H.-B.J*

Soumis à AlterPresse le 14 mars 2021

Les choses se précisent. Les jeux sont faits. Les joueurs commencent à poser leurs pions un à un et à dévoiler leur stratégie finale.

Par ce “joueurs”, j’entends, d’abord, à l’échelle nationale, ce pouvoir corrompu et criminel, orchestrateur de massacres et fédérateurs de malfrats et de chefs de gangs. Pour conserver le pouvoir et leurs avantages (le seul vrai objectif de ce régime), ces “bandits légaux” ont complètement politisé la Police nationale, ce qui a réduit à néant tous les efforts faits par le passé pour sa professionnalisation. Aussi, aujourd’hui, cette institution ne pourra survivre que grâce à un replâtrage complet à partir d’un leadership technique et une immunisation administrative contre le venin de la politique politicienne et le virus de la corruption. Une vraie gageure.

Quand je pense aux responsables de la débâcle actuelle, j’ai ensuite en tête des hommes d’affaires sans vergogne et des politiciens véreux de tout acabit qui fournissent en armes de gros calibre et en munitions des jeunes désœuvrés dans les quartiers populaires du sud de Port-au-Prince. Pour accomplir leurs sombres desseins (prendre les rennes du “business” du kidnapping et de la vente d’armes, garantir leurs oligopoles et miner la concurrence, prendre et/ou rester au pouvoir), ces cerveaux de la criminalité organisée, très rarement inquiétée par la police et la justice, ont fait de certains coins du pays des champs de guerre, des “no man’s land”. Aujourd’hui, on frôle une somalisation. Et la situation est pire qu’en 2004 : plus de zones contrôlées par des gangs, leur force de frappe est décuplée, impunité totale, institutions en situation de mort clinique...

Enfin et surtout, j’accuse nos “amis” de l’international, les États-Unis au premier plan, comme complices du Capharnaüm actuel. Enfermés dans des schémas faussement démocratiques et réellement impérialistes, ces censeurs ont joué la carte du pourrissement politique et sécuritaire pour à la fin nous présenter comme seule et unique solution à nos malheurs : une énième occupation du territoire par des troupes étrangères. Coupables par racisme - n’ayons pas peur des mots - de ne jamais vouloir traiter d’égal à égal avec les forces vives haïtiennes, ils préfèrent garder au pouvoir des larbins sur qui ils ont une tonne de dossiers compromettants (trafic de drogues, assassinats, kidnappings...), de manière à les faire chanter à leur guise.

Imaginons juste que c’était des dirigeants assez récalcitrants comme Aristide et Préval qui avaient fomenté le massacre aux 71 morts de La Saline en novembre 2018 (rappelons que le pouvoir PHTK en a été le principal bénéficiaire), n’est-ce pas que les états-uniens auraient déjà tout fait pour faire comparaître les pontes de ce pouvoir par devant des tribunaux spéciaux pour crimes causés contre l’humanité ou autre ? On en serait déjà aujourd’hui à notre troisième année de transition dirigée par un autre de leurs marionnettes. Au contraire, nos « amis » ont cautionné d’autres massacres dans les bidonvilles, la création de la fameuse fédération de gangs, le G9, la mise à sac des institutions de contrôle, le dysfonctionnement forcé du Sénat, l’arrestation et le renvoi à la retraite de juges inamovibles de notre cour suprême et que sais-je encore. Tout ceci, pour une seule raison : conserver au pouvoir quelqu’un sur qui ils ont un contrôle total.

Disons, en passant, que nous ne leur demandons pas de nous venir en aide. Au contraire, nous voulons qu’ils cessent de nous asphyxier et de nous laisser notre droit à l’autodétermination : par exemple, pouvoir renverser et juger un régime corrompu et criminel quand nous le jugeons nécessaire. Car, la nécessaire révolution politique et institutionnelle qu’il faut nous aujourd’hui a pour principal adversaire la plus grande puissance militaire mondiale.

En parlant de grande puissance, qu’est-ce que nous constatons aujourd’hui au niveau sécuritaire ? D’où viennent les armes et munitions qui font notre malheur au quotidien ? N’est-ce pas de chez l’Oncle Sam ? Vous n’allez quand même pas me dire que l’hyper-puissance de big brother ne peut pas contrôler ses frontières et empêcher que ces arsenaux de guerre ne laissent son territoire pour venir pourrir nos vies ici ! Sont-ce vraiment nos pauvres douaniers les responsables de ce commerce transnational ? Ou plutôt n’est-ce pas un trafic implicitement légalisé ou toléré pour s’assurer que le pays soit toujours en ébullition et justifier son occupation voilée ou ostensible ? Questions rhétoriques !

Somme toute, j’ai bien peur que que cette occupation à visière levée ne soit à nos portes et que des bottes étrangères ne foulent à nouveau le sol national avant la fin de cette année. Pour tromper encore les naïfs, ils nous enverront des casques bleus de l’ONU mais, cette fois-ci pour plus longtemps et en plus grand nombre : jusqu’à 20.000 hommes de troupes pour vingt (20) ans.(A.P.E) C’est cela le projet ! Soyez-en avertis. Ainsi, le sempiternel message sera lancé : ces petits cons d’haïtiens ne peuvent pas diriger tout seul leur « shithole country » (oui, Trump a eu au moins le mérite de dire tout haut ce que beaucoup d’entre eux pensent tout bas).

Pour les aliénés de chez nous, nostalgiques de la MINUSTAH et qui prient les saints du Conseil de sécurité de nous envoyer à nouveau des casques bleus, un petit rappel du bilan de cette fameuse « mission de maintien de la paix » : des dizaines de filles et de garçons violées, des dizaines d’enfants (métis pour la plupart) abandonnés sans pères et sans pensions alimentaires et, pour couronner le tout, près de 10.000 morts du vibrio cholerae importé en toute sécurité dans des cargos onusiens. Très pacificatrice mission, n’est-ce pas ?! Vous en voulez encore de cette paix ? La dose administrée auparavant n’était pas suffisante ?

En tout cas, je finirai par cette prière imprécatoire : Ô Dieu, délivres-nous de ces “amis” qui nous aiment tant, qui nous aiment trop !

* Journaliste et commentateur politique