Perspectives

Haiti : Faut il attendre des changements au sein du gouvernement ?


mercredi 15 juin 2005

Port-au-Prince, 15 juin 2005, [AlterPresse] --- Le Ministre de la justice, Me. Bernard Gousse, a confirmé sa démission du gouvernement intérimaire, suite à la diffusion publique du contenu de sa correspondance adressée le 14 juin au Premier ministre Gérard Latortue.

Joint par téléphone, dans la matinée de ce 15 juin, Bernard Gousse a cependant affirmé à AlterPresse qu’il « n’a pas parlé au Premier Ministre », mais qu’il a bien « fait arriver une lettre à son bureau ». Il a souligné que sa décision n’est pas (encore) « officielle ».

Interrogé sur le lien entre sa démission et la demande de son limogeage exprimée au début de la semaine par 10 parlementaires démocrates américains, Gousse s’est gardé de faire des commentaires.

Dans sa lettre, dont copie conforme a été envoyée à 14 médias de Port-au-Prince, Gousse a exprimé sa volonté de continuer à combattre en faveur d’un pouvoir judiciaire « véritablement indépendant ».

Du côté de la Primature, aucune note officielle n’a jusqu’à date été communiquée. Contacté à ce sujet, le chef du cabinet du Premier Ministre, Paul Magloire Gustave, a dit n’être pas en mesure d’infirmer ni de confirmer la démission du Ministre Bernard Gousse.

‘’Nous ne pouvons pas commenter la décision de Me. Bernard Gousse. Il faudrait avoir une note officielle. M. Gousse est au moment où nous vous parlons un officiel du gouvernement’’, a fait savoir Paul Magloire Gustave.

Le docteur Ariel Henri du Conseil des Sages a indiqué à AlterPresse n’avoir pas été officiellement informé de la décision de Me Gousse de tirer sa révérence. « Nous n’avons pas vu sa lettre de démission ». Henri a qualifié la nouvelle de « rumeur ».

Ariel Henri est au courant que l’Exécutif a l’intention d’effectuer des changements au niveau du gouvernement. Mais le conseil des Sages n’est pas encore consulté à cet effet, a-t-il dit.

« Nous ne croyons pas que les déclarations des parlementaires démocrates américains puissent entraîner une démission de Me Gousse », a confié Anne-Marie Issa, autre membre du Conseil des Sages. « Haïti est un pays souverain », a-t-elle ajouté.

De l’avis de la représentante du secteur des affaires au Conseil des Sages, l’actuel garde des sceaux de la République « n’est pas quelqu’un à se laisser manipuler ». Anne Marie Issa dit attendre le profil de la personnalité qui sera présentée au Conseil des Sages pour succéder à Bernard Gousse, annonçant au passage la tenue ce 16 juin d’une rencontre avec le Premier ministre Latortue.

Anne Marie Issa a d’un autre côté annoncé pour le 17 juin la présentation par le Conseil des Sages d’une feuille de route à l’Exécutif. Des questions relatives à la souveraineté, à la sécurité sociale, aux élections et à l’environnement sont abordées dans ce document.

« Je regrette que c’est sous la pression de la communauté internationale et par le manque de solidarité du gouvernement que Bernard Gousse a pris sa décision », a affirmé Pierre Espérance, Directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH).

« J’espère que cette situation ne se reproduira pas », a déclaré Pierre Espérance à AlterPresse, en prônant le respect de l’indépendance de la magistrature par le l’éventuel successeur de Gousse et la communauté internationale. « Que la justice fasse son travail en toute indépendance », a souhaité le militant de droits humains.

Espérance a, une fois de plus, condamné les déclarations tonitruantes des parlementaires démocrates américains qui avaient appelé au limogeage de Gousse. Ces parlementaires ont foulé aux pieds l’autonomie du peuple haïtien, a dénoncé le responsable du RNDDH.

Le 13 juin, un groupe de parlementaires américains du Black Caucus avait exigé de la Secrétaire d’Etat américain, Condoleeza Rice, des démarches pour obtenir le limogeage du Ministre haïtien de la Justice, Me Bernard Gousse, mis en cause dans le maintien en prison de l’ex-premier ministre Yvon Neptune.

Yvon Neptune, emprisonné depuis juin 2004, est pointé du doigt dans la tuerie d’une quarantaine de personnes dans la localité de la Scierie, à Saint Marc (Nord d’Haïti), quelques jours précédant la chute du régime lavalas de Jean Bertrand Aristide. [do lf gp apr 15/06/2005 18:00]