Perspectives

Haiti - Insécurité : Effets toujours attendus des actions de la police et des casques bleus


mardi 14 juin 2005

P-au-P., 14 juin 05 [AlterPresse] --- Les dispositions de sécurité ont été renforcées au niveau de l’aéroport international Toussaint Louverture, a constaté un journaliste d’AlterPresse.

Des policiers haïtiens encadrés par des soldats onusiens ont pris position aux alentours de l’aéroport en vue de barrer la route aux bandits armés qui ont semé la terreur ces derniers jours au niveau de divers quartiers. Ceux du secteur nord de la capitale où se trouvent l’aéroport et le parc industriel ont été particulièrement touchés.

Le cycle de violence, relancé à Port-au-Prince depuis le 30 septembre 2004 continue d’inquiéter la population. Décapitation des policiers, incendie et cambriolages spectaculaires de centres commerciaux, exécutions de citoyens paisibles et actuellement séquestrations quasi quotidiennes contre rançon, tortures des citoyens enlevés, marquent ce déchaînement de violences.

Un nouveau policier a été tué ce 13 juin dans le quartier de Bel-Air. La nouvelle diffusée par plusieurs médias, a été confirmée par la police. Ce policier, dont l’identité n’a pas été révélée, faisait partie du Corps d’Intervention et de Maintien de l’Ordre (CIMO).

La police a annoncé ce 13 juin la création d’une unité spéciale d’intervention pour lutter contre les enlèvements qui s’intensifient à Port-au-Prince. Selon la porte-parole de la police, Gessie Cameau Coicou, cette unité bénéficie de l’encadrement d’instructeurs étrangers non identifiés.

Coicou a fait savoir que des agents de la police nationale sont impliqués dans les actes de kidnapping et sont de mèche avec les bandits armés qui imposent leur loi dans des zones de non droits.

Le week-end dernier, le policier Dorléans Dieudonné a été placé en isolement pour sa participation présumée dans ces actes de violence. Un autre policier, Frantz Moïse a lui aussi été mis en isolement pour la même cause, a rapporté la porte-parole de la police nationale.

La peur tend à s’installer chez les Haïtiens au même titre que les ressortissants étrangers qui eux aussi sont victimes de l’insécurité.

La journée du 10 juin dernier était une journée record. Selon un calcul effectué par la presse, au moins dix personnes dont des enfants ont été séquestrées. Les ravisseurs ont exigé des rançons exorbitantes.

Du nombre des personnes enlevées depuis le début de cette nouvelle forme d’insécurité, figurent le Directeur du Centre de Formation Classique (CFC) le professeur Jean Gérard Gilbert. Malgré les négociations entamées par ses proches avec les kidnappeurs, il n’a toujours pas libéré.

Le 12 juin, Vegette Boulay, une canadienne de 65 ans a été enlevée à Port-au-Prince. Ses ravisseurs ont exigé une rançon de 300.000 dollars américains. Selon les informations disponibles, le gouvernement canadien a engagé un négociateur en vue de l’élargissement de Vegette Boulay qui se trouvait en Haïti pour lancer avec son mari d’origine haïtienne une entreprise de télécommunications à énergie solaire.

On a déjà signalé durant les dernières semaines les cas d’enlèvements d’un russe et d’un philippin, qui ont été libérés.

Les bandits armés ont donné la mort à environ 28 policiers du 30 septembre 2004 au mois d’avril 2005, selon l’organisme de défense de droits humains Justice et Paix. Cette institution a aussi établi un bilan de 147 personnes tuées à Port-au-Prince durant les mois de mars et d’avril.

Au centre-ville de Port-au-Prince, toutes les activités sont presque paralysées. Les petits marchands ne peuvent normalement vaquer à leurs occupations. En plein jour, les portes des magasins de la place sont fermées.

Certains propriétaires sont bien obligés de transférer leurs magasins à Pétion-Ville, à Tabarre ou à d’autres endroits jugés paisibles. C’est le cas du magasin « C’est du Français » qui se trouve actuellement à Pétion-Ville et du Restaurant Chez Yvanne transféré à Bourdon. Quant au magasin Raymond Flambert, ses portes sont fermées depuis plusieurs mois au bas de la ville.

Cette situation s’est aggravée avec l’incendie criminel qui a ravagé le marché Tête-Bœuf. Ce centre commercial public construit en 1984 et qui desservait près de 4000 petits commerçants a disparu sous les flammes le 31 mai dernier en même temps qu’un commissariat de police, situé à proximité. Le bilan définitif de ces actes criminels reste encore à communiquer. [do gp apr 14/06/2005 17:30]