Perspectives

Haiti : La société coloniale de Saint Domingue n’est pas suffisamment étudiée, selon un historien de l’art.


vendredi 10 juin 2005

P-au-P., 10 juin 05 [AlterPresse] --- L’historien de l’art Michel Philippe Lerebours a estimé que les historiens haïtiens évitent de rendre compte de certaines réalités historiques de la société de Saint-Domingue, dont l’existence de l’habitation sucrière coloniale.

Lors d’une conférence prononcée le 8 juin dernier dans le cadre des « Mardis de l’Institut Français d’Haïti », Lerebours a déploré le fait que les historiens haïtiens n’aient pas étudié les habitations sucrières et caféières de la société coloniale de Saint Domingue.

« Je regrette de le dire que nos historiens se sont malheureusement penchés sur l’histoire politique et militaire de la colonie, mais qu’ils n’ont pas suffisamment étudié la société dominguoise », a déclaré le président du Musée d’art haïtien du Collège Saint Pierre. « Je pense que si on s’était penché davantage sur la société dominguoise et particulièrement sur l’habitation caféière et l’habitation sucrière il y aurait une meilleure compréhension de notre société », a-t-il poursuivi.

Selon le conférencier, il y avait une hiérarchisation au niveau de l’habitation coloniale et après l’indépendance d’Haïti, l’habitation sucrière sera au cœur des problèmes. Elle ne pouvait fonctionner sans les esclaves. Michel Philippe Lerebours a souligné que l’empereur Jean Jacques Dessalines avait adopté une loi obligeant les cultivateurs à rester sur l’habitation. En ville, a-t-il précisé, il ne pouvait y avoir que ceux-là qui pouvaient justifier d’un métier.

A coté des esclaves de champs, le conférencier a rappelé qu’il existait à Saint Domingue des esclaves à talents et des esclaves domestiques.

« Les nègres de plantation sont nus ou presque nus (...) tandis que le nègre à talent qui doit être, par exemple à la chaufferie pour faire bouillir le jus de canne, est assez bien vêtu, assez bien nourri, et le nègre domestique, particulièrement celui et celle qui se trouvent dans la maison du maître sont des nègres choyés », a fait remarquer l’historien de l’art.

Cette conférence autour du thème de l’habitation sucrière coloniale n’a pas drainé un large public, éventuellement à cause de la conjoncture dominée par l’insécurité à Port-au-Prince.

Michel Philippe Lerebours a été accompagné de Paul Elie Lévy (Directeur de l’Institut), Harold Gaspard (Directeur général du Ministère de la Culture) et du sociologue haïtien Laà« nnec Hurbon (Directeur au Centre National de Recherches Scientifiques, CNRS Paris). [do gp apr 10/06/2005 23:00]