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Des organisations des Caraïbes rejettent la ZLEA et se solidarisent avec les paysans de la Plaine de Maribahoux


jeudi 24 octobre 2002

Déclaration

Plus de 150 représentants d’organisations de diverses régions d’Haïti, de la République Dominicaine, de la Jamaïque, de Sainte Lucie, de la Barbade, de Trinidad et Tobago se sont rencontrés, les 14, 15 et 16 Octobre 2002, à Ouanaminthe dans le Nord-Est d’Haïti, afin de réfléchir sur le projet de création d’une zone de libre échange dans les Amériques(ZLEA). Cette rencontre internationale a été ouverte par une marche de solidarité avec les paysans de la plaine de Maribahoux qui s’opposent à l’implantation, dans cette fertile plaine agricole, d’un projet de zone franche textile. Malgré le manque d’infrastructures dans cette ville, Ouanaminthe a été choisie comme lieu d’hébergement de cette réunion comme symbole de résistance au modèle de développement extraverti que la ZLEA est en train d’élaborer pour toute la Caraïbe et l’Amérique.

" Nous exigeons du gouvernement haïtien, des mesures concrètes permettant l’irrigation de toute la plaine de Maribahoux et un meilleur encadrement pour les paysans afin qu’ils puissent produire dans de meilleures conditions ". Telle a été l’une des principales revendications formulées dans la déclaration finale adoptée à l’issue de cette rencontre de trois jours.
Les participantes et participantes ont analysé la situation socio-économique, politique et culturelle des différents pays présents à cette réunion. Le constat a été fait que les peuples des Caraïbes font face à de graves difficultés résultant de l’adoption d’une série de mesures économiques anti-populaires, non appropriées à leur réalité. Le comportement des politiciens qui organisent des élections frauduleuses, lesquelles se transforment par la suite en cyclone politique, aggravant ainsi la situation déjà précaire de la grande majorité des pauvres, a été aussi dénoncé.

Des travaux en ateliers ont été tenus sur différents thèmes faisant l’objet de négociations pour la mise en place de la ZLEA, parmi eux l’accès aux marchés, l’agriculture, ainsi que des thèmes de préoccupation, tels que le respect de l’environnement, des cultures et des différences, la libre circulation des personnes, la militarisation et la souveraineté des pays.
La première assemblée de la branche Caraïbe des Mouvements des Peuples de l’Amérique (COMPA) s’est dite préoccuper par le risque de militarisation des frontières et de mise sous tutelle que représente ce projet de la ZLEA. Un appel à la mobilisation a été lancé pour une sensibilisation sur les conséquences de ce projet, et une décision de réaliser des consultations populaires, d’ici avril 2003, dans plusieurs pays de la région, a été adoptée.

Le processus informel d’intégration entre Haïti et la République Dominicaine n’a pas échappé à l’analyse de l’assistance composée en grande partie d’haïtiens/nes et de dominicains/nes.

"Le commerce informel, tel qu’il se développe actuellement entre Haïti et la République Dominicaine, ne favorise que les produits importés, particulièrement ceux venus des Etats-Unis, et détruit la production locale et les habitudes de vie des populations. Nous réclamons, à la frontière haïtiano-dominicaine, des échanges qui favorisent l’émancipation des travailleurs et travailleuses de cette région", lit-on dans le document final.

Les participantes et participants ont fustigé l’orientation du Fonds Hispaniola concernant la dette externe d’Haiti et de la République Dominicaine et appuyé de préférence la résolution de la Conférence internationale contre le "Racisme et pour la Réparation", tenue à la Barbade en octobre dernier, laquelle demande à la France la restititution à Haïti des 150 millions de francs d’or qu’elle avait été contraint de payer pour "racheter son indépendance". Ils ont réclamé la libre circulation dans la région des ressortissants des pays des Caraïbes, au même titre que les marchandises et les capitaux.

La première assemblée de la branche Caraïbe de la Coalition du Mouvement des Peuples de l’Amérique a été organisée par la PAPDA, le GARR et le Comité de Défense de Pitobè, une coalition de représentants d’organisations et de personnalités de la ville de Ouanaminthe opposée à l’implantation d’une zone franche de réexportation dans cette plaine.
Port-au-Prince, le 24 Octobre 2002