Perspectives

Haïti-Politique : Le sénateur Sorel Jacinthe se désolidarise du régime « tèt kale » pour cause de contrebande et de comportement de gang à la tête de l’État

25 policiers nationaux tués de janvier à juillet 2019, contrairement à 17 assassinés en 2018
vendredi 12 juillet 2019

P-au-P, 12 juil. 2019 [AlterPresse] --- Le sénateur de la Grande Anse (une partie du Sud-Ouest), Sorel Jacinthe, dit prendre totalement ses distances, à partir du 11 juillet 2019, avec le président Jovenel Moïse, qui ferait montre, selon lui, d’un certain laxisme face à la contrebande en Haïti, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

Ce revirement du parlementaire, proche du pouvoir en place, fait suite aux révélations du directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Michel-Ange Gédéon, lors d’une rencontre, tenue le jeudi 11 juillet 2019, avec la Commission Justice et Sécurité au sénat.

Lors de la réunion avec le sénat, le directeur de la Pnh a indiqué qu’une dizaine de camions suspects, interceptés, en janvier 2019, sur le territoire haïtien, au niveau de la frontière, ont été, finalement, remis au propriétaire, sans véritable contrôle douanier.

Informés à ce sujet, le premier ministre d’alors, Jean Henry Céant, et le président Jovenel Moïse, entre autres, n’ont pas contribué à permettre d’effectuer un contrôle sur ces camions, avant de les remettre, regrette Gédéon.

« Les dirigeants de ce pays sont des gangs », a lâché, dans les médias, Sorel Jacinthe, dénonçant l’indifférence, affichée par le pouvoir en place dans ce dossier.

Pour apaiser les frustrations, provoquées par sa révélation, le commandant en chef de la Pnh a tenu à préciser qu’il voulait, tout simplement, souligner le manque de synergie entre les autorités haïtiennes sur les dossiers frontaliers.

Les camions interceptés transportaient du ciment, a-t-il fait savoir, sans convaincre.

Le haut commandement de la Pnh a été reçu, le jeudi 11 juillet 2019, par le sénat, à huis clos, autour de la situation sécuritaire du pays, notamment sur les actes de banditisme, qui continuent à être enregistrés, depuis novembre 2018, à La Saline (quartier, non loin du bord de mer à Port-au-Prince), au niveau de la 3e circonscription de Port-au-Prince (particulièrement à Martissant) et dans l’Artibonite, entre autres zones du territoire national, lourdement affectées par le banditisme de gangs armés.

Dans la presse, le président de la Commission Justice et Sécurité au sénat, Jean Renel Sénatus, a signalé une augmentation des cas d’assassinats de policiers nationaux, durant le premier semestre de l’année 2019, contrairement à l’année 2018, pendant laquelle 17 policiers nationaux sont tombés sous des balles assassines en Haïti.

De début janvier à la date 11 juillet 2019, un nombre de 517 personnes tuées, dont 25 policiers nationaux, a été enregistré sur le territoire national.

En dépit du manque de moyens adéquats, mis à disposition, l’institution policière met tout en œuvre pour accomplir sa mission, a tenté de rassurer, pour sa part, le directeur général de la Pnh.

Par ailleurs, Sénatus a annoncé la création d’une commission parlementaire pour enquêter sur la disparition, en 2012, de dizaines d’armes à feu, au Palais national.

Beaucoup de ces armes, disparues en 2012, au Palais national, ont été retrouvées aux mains de gangs, à la Jamaïque, entre autres, a révélé Jean Renel Sénatus.

La question des migrantes et migrants haïtiens, en situation irrégulière au Chili et menacés d’expulsion vers Haïti, a été également abordée, lors de la rencontre sénatoriale du 11 juillet 2019 avec Michel-Ange Gédéon.

Les sénateurs voulaient aussi s’informer du travail de la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj), devant permettre à ces ressortissantes et ressortissants d’obtenir des certificats de bonnes vie et mœurs, afin de régulariser leurs dossiers au Chili.

Plusieurs milliers de migrantes et migrants haïtiens, résidant au Chili, risquent d’être déportés vers Haïti, s’ils n’arrivent pas à se procurer les documents de régularisation, requis avant le 23 juillet 2019.

Au total, 1,262 Haïtiennes et Haïtiens ont été rapatriés, volontairement en Haïti, depuis le lancement d’un « plan de retour humanitaire ordonné », mis en place, le 17 octobre 2018, par le gouvernement chilien.

Plus de 80% des personnes enregistrées avaient régularisé leur visa et leurs documents pour rester au Chili.

C’est ce qu’avait indiqué le chef du département de l’immigration du Ministère de l’intérieur au Chili, Álvaro Bellolio, lors du 8e vol de rapatriement, effectué, le 23 avril 2019, vers Haïti, dans le cadre de ce plan. [emb rc apr 12/07/2019 11:30]