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Et si les méthodes de luttes en Haïti étaient désuètes et inefficaces !


jeudi 13 juin 2019

Débat

Par Aly Acacia*

Soumis à AlterPresse le 13 juin 2019

En réaction à l’article : Haïti-Politique : L’opposition plurielle ou hétéroclite ne serait-elle pas le meilleur soutien de Jovenel Moïse ?

Que ce soit les coups d’état des élites économiques ou les grèves et manifestations de la classe politique, l’efficacité n’est pas au rendez-vous.

Du côté des élites, elles n’ont jamais apporté le « lendemain meilleur » promis. Encore moins dans l’histoire récente : comme en 1991, elles ont sponsorisé un coup d’État avec le fanfaron Cédras [1] (correction démocratique), 3 ans de banditisme, de trafic et la livraison de notre économie à la République Dominicaine s’en sont suivis ; et il y eut la forfaiture d’André Apaid [2], en 2004 « Nouveau Contrat Social », la montagne qui accouchera d’un ver de terre. « Comment faire d’une vendetta personnelle une affaire nationale, juste pour continuer à mieux faire des affaires ? » Cela aurait pu être le titre d’une monographie du chef des Gnb [3] !

Les soi-disant leaders politiques boudés par les masses durant les élections reviennent, six mois plus tard, nous promettre un monde meilleur avec eux-mêmes en tête ! Sans compter parmi eux, ceux-là qui ont mal dirigé durant 20 ans et qui veulent se refaire une virginité politique !

De qui se moque-t-on ?

L’alternative est la prise en main de notre destinée, par le choix total et sans détour de la démocratie. La solution ne viendra pas de nos élites économiques et politiques. On ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Elles ont plus de deux siècles d’échecs à leur actif. Elles peuvent au mieux se recycler, pour être recalées dans l’Haïti à construire, car elles sont des institutions d’État démocratique.

C’est faux de croire que nos problèmes sont concentrés au Palais, à la Primature, et au Parlement uniquement. Non, ne répétons pas les erreurs du passé : 86-56-46 etcétéra.

Nous devrions apprendre à nous concerter, à nous parler pour définir toutes strates confondues, ce que nous voulons véritablement. Contrairement à une idée fausse véhiculée par ceux-là qui confondent vitesse et précipitation, nous ne pouvons faire économie de dialogue et d’échange. Le dialogue n’est pas les vociférations de soliloques entendues de manière éparse dans les médias !

Le dialogue sous-tend des conditions d’écoute et de prises de paroles dans une posture de grande réceptivité et de respectabilité des points de vue émis.

Après 182 années de bâillonnement, 1986 n’est qu’un début de balbutiement. Après 33 ans, nous ne pouvons arrêter de nous parler. Dialogue et Action vont de paire. Toutes les nations modernes se parlent entre elles.

Le dialogue, conférence, « chita tande », afin de définir pour la première fois de notre histoire qui nous sommes ou mieux qui nous voulons être vraiment ! Un chita tande qui tiendra compte pour la première fois depuis qu’Haïti existe de l’existence même des descendants des bossales.

Arrêtons l’imposture des faux-leaders. Assumons notre leadership pour sauver le présent et préparer l’avenir !

* Entrepreneur, chroniqueur

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[1Ndlr : Général Raoul Cédras, commandant des Forces armées d’Haïti

[2Ndlr : Homme d’affaires

[3Ndlr : « Grenn nan bounda » (avoir des couilles bien accrochées), slogan du mouvement de l’époque.

 

 

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