Perspectives

Haïti-Corruption : Le deuxième rapport d’audit PetroCaribe de la Cour des comptes serait « éminemment politique », dixit le parquet de P-au-P


mercredi 5 juin 2019

P-au-P, 05 juin 2019 [AlterPresse] --- Le deuxième rapport d’audit de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), sur la gestion des fonds PetroCaribe, de l’aide vénézuélienne à Haïti, serait « éminemment politique ».

C’est en ces termes qu’a réagi le commissaire du gouvernement, près le tribunal civil de Port-au-Prince, Paul Eronce Villard, qui a voulu s’exprimer d’un « ton ferme », lors d’une conférence de presse, ce mercredi 5 juin 2019, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Ce rapport, et je peux confirmer ça, est un rapport éminemment politique. Et, c’est pourquoi la Cour des comptes a transféré le rapport au sénat, qui est une entité politique », a-t-il insisté.

Dans cette conférence de presse, le mercredi 5 juin 2019, Paul Eronce Villard n’a pas rappelé que, par résolution en date du 1er février 2018, l’assemblée des sénateurs avait sollicité, de la Cscca, « un travail d’approfondissement sur la gestion des fonds PetroCaribe, allant de septembre 2008 à septembre 2016 ».

Remis au sénat, le vendredi 31 mai 2019, le deuxième rapport d’audit de la Cscca fait suite à un premier document d’audit, publié le 31 janvier 2019, sur la gestion des fonds PetroCaribe, une gestion de fonds publics « entachée de fraudes et d’irrégularités diverses », relèvent les deux audits de la Cour des comptes.

Il revient, à présent, aux autorités politiques d’acheminer le rapport, relatif au dossier PetroCaribe, à la justice, ajoute Villard.

« L’action publique ne peut pas être mise en mouvement deux fois sur le même dossier », explique-t-il, en référence au premier rapport de la commission « éthique et anti-corruption » au sénat, déjà acheminé au cabinet d’instruction du juge Ramoncite Accimé.

Toutes les procédures prévues par la loi doivent être respectées, avant que le parquet se saisisse du dossier, avance Villard.

Le rapport sur le gaspillage des fonds PetroCaribe, qui épingle Jovenel Moïse (devenu président d’Haïti le 7 février 2017) - qui aurait utilisé des « stratagèmes de corruption », avec son entreprise dénommée Agritrans - a été applaudi par un grand nombre de secteurs organisés de la vie nationale, mais critiqué par des proches du régime politique tèt kale au pouvoir.

Avant le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, le conseiller politique du président, Jovenel Moïse, Guichard Doré, avait qualifié de « machination » et de « montage politique » le deuxième rapport d’audit de la Cscca.

Les conseillers de la Cscca auraient, dit Doré, « manipulé les chiffres et les données » contre les compagnies Agritrans de Jovenel Moïse et Betexs, indexées dans l’audit.

Pour sa part, Rudy Hériveaux, un proche du régime tèt kale, qui a été placé comme directeur général au Ministère des affaires sociales et du travail (Mast), a considéré comme « démoniaque et diabolique » le document d’audit de la Cscca, qui tenterait, selon lui, de salir l’image du président de la république.

Jovenel Moïse est pointé du doigt dans la mauvaise gestion des fonds PetroCaribe, à travers le second rapport de la Cscca, qui recommande la mise en place de mécanismes de récupération des fonds PetroCaribe, mal utilisés, d’aide vénézuélienne à Haïti.

De hauts dignitaires de l’État, dont des premiers ministres, ainsi que d’anciens ministres, d’anciens directeurs généraux et des responsables de firmes de constructions sont aussi indexés dans la mauvaise gestion de plusieurs milliards de dollars américains (Ndlr : US $ 1.00 = 96.00 gourdes ; 1 euro= 110.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.00 gourdes aujourd’hui) de ces fonds publics. [mj emb rc apr 05/06/2019 16:50]