Perspectives

Haïti-Massacre La Saline : Plus de 70 personnes, dont des autorités étatiques, devraient être arrêtées pour « actes répréhensibles », selon une enquête de la Dcpj


vendredi 17 mai 2019

P-au-P, 16 mai 2019 [AlterPresse] --- Plus de 70 personnes, dont des autorités étatiques et deux anciens policiers nationaux, devraient être arrêtées pour « actes répréhensibles », liés à la tuerie, perpétrée le 13 novembre 2018, au quartier La Saline, recommande une enquête interne de la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj).

C’est ce que révèle un article, en date du 15 mai 2019, du journal américain Miami Herald, consulté par l’agence en ligne AlterPresse.

L’un des responsables étatiques, cités dans le massacre à La Saline, est Joseph Pierre Richard Duplan, un ancien maire de Port-au-Prince, actuel délégué départemental de l’Ouest, selon l’enquête policière, envoyée au commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Port-au-Prince et confiée à un juge d’instruction.

Le second responsable étatique mentionné est Fednel Monchéry, directeur général au Ministère de l’Intérieur et des collectivités territoriales (Mict).

Selon des témoignages recueillis, Duplan et Monchéry auraient participé, tous deux, à la planification des atrocités, aux côtés des ex-policiers Grégory Antoine, surnommé Ti Grèg et Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », qui étaient responsables, respectivement, des gangs de « Base Pilate » et de Delmas 6, décrits, par l’enquête policière, comme « les auteurs présumés » du massacre.

Dans un rapport, le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) avait déjà relaté des témoignages, accusant Monchéry, Duplan et Cherizier d’avoir pris part à une réunion de planification, le 6 novembre 2018, à Delmas 6, une semaine avant le massacre.

Lors de la réunion, des armes auraient été distribuées aux personnes, qui effectueraient le carnage, selon le Rnddh.

Monchéry aurait fourni des véhicules du gouvernement aux auteurs présumés armés, alors que Duplan leur aurait remis des uniformes de police.

Le bilan de cette tuerie, commise les 1er et 13 novembre 2018, s’élève à au moins 71 morts, selon un rapport publié par le Rnddh, le jeudi 20 décembre 2018.

Retour sur le massacre de novembre 2018 à La Saline

« Durant la période allant du 13 au 17 novembre 2018, des hommes, des femmes et même des enfants, âgés de seulement 4 ans, ont été abattus, leur corps étant ensuite dévoré par des chiens et de cochons. Des femmes ont été violées et brûlées, de même qu’un officier de police, Juwon Durosier », selon l’enquête policière de la Dcpj.

« Sous les yeux égarés de leurs proches (époux, épouses, enfants, frères et sœurs), les victimes ont été tuées, puis hachées avec [des couteaux, des machettes] et leurs restes ont été abandonnés sur des tas d’ordures, jetés dans des égouts ou brûlés », rapporte Miami Herald.

« D’autres, notamment des femmes, ont été violées, en présence de leurs maris ou partenaires impuissants, et parfois même en présence de leurs enfants », ont fait savoir les enquêteurs de police.

Un fusil d’assaut Galil de la Police nationale d’Haïti (Pnh), attribué au Palais national, avait été utilisé dans le massacre, ont également relevé les enquêteurs de la Dcpj.

Ce fusil est présumé être l’un des 56 fusils Galil, disparus au cours de la période de transition de 2016, sous les périodes de l’ancien président Michel Martelly et du président par intérim Jocelerme Privert.

Le pistolet avait été retrouvé en possession d’un gang démantelé, selon la police nationale.

Les possibles motifs du massacre

Il reste encore beaucoup de questions sans réponse sur le massacre, perpétré à La Saline, le 13 novembre 2018, y compris les motifs, selon le journal Miami Herald.

Mais, la réputation du bidonville de mobiliser les gens - ou d’empêcher une mobilisation - en fait un atout pour les factions politiques belligérantes, qui cherchent à rester au pouvoir ou à revenir au pouvoir, souligne le journal Miami Herald.

Les factions contrôlent également leurs propres gangs, en les dotant de munitions, d’armes à feu et d’argent, en échange de leur loyauté.

Les massacres ont été perpétrés à La Saline, durant des périodes marquées par deux des plus grandes manifestations antigouvernementales de l’année 2018, soit les 17 octobre et 18 novembre 2018, rappelle le journal Miami Herald.

Les organismes de défense des droits humains la Fondasyon Je Klere (Fjkl) et le Rnddh ont, tous deux, documenté les liens entre les gangs armés, des policiers nationaux corrompus et des responsables gouvernementaux en Haïti. [emb rc apr 16/05/2019 11:15]