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Haiti : Les droits et devoirs de la presse doivent être un ciment et une boussole pour consolider les valeurs démocratiques, selon le secrétaire d’État à la communication


dimanche 5 mai 2019

Propos de circonstance du Secrétaire d’État à la communication, Eddy Jackson Alexis, à l’atelier organisé par l’Unesco à Port-au-Prince pour marquer la Journée mondiale de la liberté de la presse du 3 mai 2019

Document soumis à AlterPresse

Monsieur le représentant de l’UNESCO
Président de l’ANMH, AMI

Chers journalistes et confrères de la presse

Je prends la parole au nom du gouvernement et excellence président de la république, à l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse célébrée couramment le 3 mai.

L’histoire récente du monde occidental a été jalonne par un ensemble de hauts faits et des évènements qui ont changé le cours de l’histoire à travers le temps. De cette dynamique a surgit la modernité de l’occident qui s’appuie sur la raison, la démocratie, le respect des libertés publiques. Quant à l’un des grands penseurs Alexis de Tocqueville a bien su analyse la relation entre la construction d’une société démocratique et la liberté de la presse ; et je cite :

La liberté de la presse ne fait pas seulement sentir son pouvoir sur les opinions politiques, mais encore sur toutes les opinions des hommes. Elle ne modifie pas seulement les lois, mais les mœurs. P 14, de la Démocratie en Amérique Tome 1, deuxième partie.

D’où la relation consubstantielle entre le système politique et le système médiatique résulte de la complémentarité et de la différenciation de cette nouvelle ère de modernité démocratique. Cette relation tisse le corps social global de la société, cette vision du monde traverse la charte Onusienne sur la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Notre Haïti de par sa longue trajectoire d’histoire sur les libertés publiques a vu le jour une kyrielle d’organe de presse au cours du 19ème siècle haïtien. Ces organes médiatiques contribuèrent dans la formation de cette génération et alimentèrent la mémoire de ce peuple. Malgré les soubresauts de la période dictatoriale des Duvalier, la presse haïtienne a su innover des stratégies pour diffuser l’opinion contraire et mettre à nu les brutalités burlesques de ce pouvoir autoritaire. Dès lors, la responsabilité du media haïtien se fait remarquer dignement dans la diffusion de l’information nécessaire sur le régime en place. Le petit samedi soir a été un fer de lance dans cette quête d’information pour la survie de la société haïtienne et cherche le chemin vers la démocratie.

Le 7 février 1986 marque un nouveau tournant avec une nouvelle épisode dénommée transition démocratique, la presse haïtienne a largement implique et par conséquent, cette liberté de la presse imprègne la culture politique haïtienne. Autrement dit, le jeu politique souscrit au projecteur de la presse. Depuis lors, évoquant la notion de démocratie est intimement liée au thermomètre de la presse, à telle enseigne, les Nations-Unies se réservent un jour de la consécration de cette liberté de la presse.

Le thème retenu cette année pour la journée internationale de la liberté de la presse est : Démocratie, Droits, Devoirs et responsabilités des Médias en Haïti : dénote une triple dimension, d’abord le souci de respecter et élaborer un code déontologie de la profession surtout dans un contexte de dispute de pouvoir aux temps des élections afin d’éviter la désinformation et la propagande. Puisque ces deux dernières pratiques sont contraires aux devoirs de la presse, elles minent l’ordre sociétal et politique et encouragent l’instabilité. Le second fait référence aux professionnalistes du métier d’éviter le parti pris aveugle, de cultiver du sens de l’objectivité, la participation des médias dans le processus démocratique haïtien, enfin la responsabilité qui sous-tend à la fois un bilan de l’expérience des médias et la reddition de compte de la presse dans le traitement de l’information et dans sa posture sur l’échiquier politique haïtien.

Le Ministère de la communication se soucie de l’efficacité et l’efficience de la presse haïtienne. En ce sens, il veut rappeler encore sa collaboration avec les acteurs de la société civile du secteur de formaliser les normes de l’exercice du métier et la responsabilité des médias dans la construction de la démocratie de notre société. Moi-même à titre de journaliste, je m’engage systématique pour la sécurité des biens et des vies des journalistes et des médias en Haïti, puisque l’exercice de cette fonction est périlleux surtout dans un contexte d’errements et d’incertitudes.

Je considère que l’un des devoirs de la presse haïtienne est de constituer la mémoire de ce peuple et surtout la longue marche pour les acquis démocratiques, ce travail servira comme repère au champ politique haïtien et même un miroir pour nous les acteurs politiques.

Ce ministère veut contribuer au renforcement de la liberté de la presse et aux professionnalisations du métier de journalistes. Même s’il y a cette journée de réfléchir et célébrer la liberté de la presse, pour nous au gouvernement et particulière notre ministère, c’est un combat permanent et quotidien de préserver et garantir cette liberté, puisqu’elle est un corollaire de notre qualité de la démocratie.

Les droits et devoirs de la presse doivent être un ciment et boussole pour consolider les valeurs démocratiques, pour exalter une citoyenne active à la cause de la nation.

C’est aussi l’occasion d’un éveil de conscientisation et de sens de la responsabilité des médias de ne pas donner la parole aux personnages publiquement dénoncés dans les actes de banditisme, cela fait un déshonneur aux valeurs humaines et à l’éthique du métier. Il nous revient maintenant de pencher sur cette nouvelle tendance qui fragilise notre démocratisation, et de remonter la pente afin de créer une confiance dans notre presse.

Je salue la mémoire d’un ensemble de journalistes qui ont sacrifié toutes leurs vies dans le sens de la construction d’une société inclusive et démocratique, je vais en citer quelques-uns Jean Dominique, Felix Lami, Brignol Lindor,Hakim Yvonne Rimpel, Vladimir Legagneur etc … ces personnages ont servi de modèle et référence au sens du devoir et responsabilité de la presse à l’égard de cette société haïtienne.
Je suis convaincu que la presse a et aura encore une contribution énorme dans le progrès de notre société pour y arriver, elle doit être responsable et bien mesurer les enjeux du moment et cerner le contexte socio-politique.

L’occasion nous est venue de réfléchir et de faire un état des lieux de la situation de la presse haïtienne, elle doit être d’abord une mission de la presse haïtienne elle-même de faire son autocritique afin de dégager de nouvelles perspectives qui soient toujours en corrélation avec la démocratie.
De notre côté, le ministère facilitera cet échange inter médiatique pour une contribution sincère et franche sur l’avenir de la presse haïtienne surtout dans les périodes électorales.

Je ne voudrais pas être trop long, je suis rassuré que cette journée de 3 mai de la liberté de la presse apporte une énergie au secteur médiatique haïtien d’emboiter le pas vers de nouveaux horizons et d’affronter les nouveaux défis.

J’en profite pour remercier au nom du gouvernement haïtien, le partenariat et la Coopération du système des Nations Unies avec notre pays et particulièrement celle de l’UNESCO.

Je souhaite aussi à toutes et tous mes confrères et collaborateurs une bonne journée de réflexion sur notre liberté de la presse et sa responsabilité pour la démocratie haïtienne.

Un grand merci à chacun de vous présent pour commémorer cette activité.