Perspectives

Haïti-Politique : Une manifestation prévue, ce 22 février 2019, après les funérailles des personnes tuées lors des mobilisations antigouvernementales


vendredi 22 février 2019

P-au-P, 22 févr. 2019 [AlterPresse] --- Une manifestation est projetée, ce vendredi 22 février 2019, après les funérailles annoncées de plusieurs personnes, tuées lors des mobilisations antigouvernementales, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

Les obsèques de ces victimes se tiendront, également ce 22 février 2019, à l’église Saint-Michel, sise dans la zone dénommée « Corridor Bastia » (haut de la rue Tiremasse, Port-au-Prince), informe Patrick Joseph, membre du regroupement Konbit òganizasyon politik sendikal ak popilè yo, lors d’une conférence de presse, ce 21 février 2019, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Ces citoyens ont été assassinés lors des grandes mobilisations populaires, organisées du jeudi 7 au lundi 18 février 2019, par l’opposition politique, pour exiger le départ du président, Jovenel Moise.

Selon l’opposition, une cinquantaine de personnes auraient été tuées à travers le territoire national, en Haïti, depuis le début du mouvement, le jeudi 7 février 2019, alors que les organismes de droits humains signalent plus d’une dizaine de décès.

« Nous allons démarrer une grande mobilisation pour dénoncer l’incapacité des dirigeants haïtiens à garantir la sécurité de la population », annonce Joseph.

La manifestation entend également dénoncer les déclarations contradictoires de Jovenel Moïse et de Jean Henry Céant sur le transfert, aux États-Unis d’Amérique, dans l’après-midi du mercredi 20 février 2019, de 7 présumés mercenaires étrangers, interceptés, avec des « armes de guerre illégales », par la Police nationale d’Haïti, le dimanche 17 février 2019, dans les parages de la Banque de la république d’Haïti (Brh, la Banque centrale), à Port-au-Prince.

Ces 7 étrangers, dont 5 de nationalité américaine et 2 détenteurs de résidence américaine, ont laissé le pays, sans menottes, par avion, en fin d’après-midi du mercredi 20 janvier 2019. [1]

Le coordonnateur général de l’Union nationale des normaliennes et normaliens haïtiens (Unnoh), Josué Mérilien, condamne l’acte d’ingérence du gouvernement américain dans ce dossier.

« Nous n’avons aucune idée du nombre de mercenaires en cavale sur le territoire », s’inquiète l’Unnoh, invitant le peuple haïtien à continuer la mobilisation contre ses dirigeants, incapables de sécuriser le pays.

Le regroupement Konbit òganizasyon politik, sendikal ak popilè yo accuse les États-Unis d’Amérique et la bourgeoisie d’être en complicité avec des terroristes.

Ce qui expliquerait le maintien de Jovenel Moïse à la présidence politique en Haïti, selon le regroupement Konbit òganizasyon politik, sendikal ak popilè yo.

Le gouvernement américain est au courant et comprend que la Police nationale d’Haïti ait procédé à l‘arrestation de plusieurs individus, dont des citoyens américains, avaient, préalablement, réagi les États-Unis d’Amérique, dans une note.

« Lorsque des citoyens américains sont arrêtés à l’étranger, nous cherchons, le plus rapidement possible, un accès consulaire et nous leur fournissons l’assistance consulaire appropriée, comme le prévoit la convention de Vienne sur les relations consulaires ».

Beaucoup de voix expriment leur indignation, après le « transfert », aux Etats-Unis d’Amérique, des 7 étrangers, arrêtés en possession d’ « armes de guerre illégales ».

Comment, au mépris de la séparation des pouvoirs et des prérogatives de la justice, qui conduisait une « enquête de flagrance » sur les faits du dimanche 17 février 2019, le titulaire du ministère de la justice, Jean Roudy Aly, a-t-il pu ordonner, à la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj), la libération de 7 des mercenaires étrangers présumés ?

Dès la nouvelle de l’arrestation, le dimanche 17 février 2019, des 8 suspects, présumés mercenaires, l’opinion publique en Haïti avait prédit leur éventuelle « libération », en évoquant « un terrorisme d’Etat », qui menacerait la vie des citoyennes et citoyens sur le territoire national.

Malgré une tendance à la reprise des activités globales, un peu partout sur le territoire national, à partir du lundi 18 février 2019, l’anxiété semble encore présente dans les rues, quant à l’éventualité de nouveaux troubles politiques, associés aux mobilisations pour la démission de Jovenel Moïse de la présidence politique en Haïti. [mj emb rc apr 21/02/2019 16:20]

[1Ndlr : Les 7 étrangers (5 citoyens Américains, 1 Russe, 1 serbe) et un Haïtien, arrêtés par la Police nationale d’Haïti, le dimanche 17 février 2019, sont : Talon R. BURTON, né le 9 avril 1967 aux Etats-Unis d’Amérique ; Kent Leland KROEKER, né le 14 février 1967 aux Etats-Unis d’Amérique ; Christopher Mark MC KINLEY, né le 26 septembre 1969 aux Etats-Unis d’Amérique ; Christopher M. OSMAN, né aux Etats-Unis d’Amérique ; Dustin Daniel PORTE, né le 12 février 1976 aux Etats-Unis d’Amérique ; Bajagic DANILO, né le 19 mai 1982 en Serbie-et-Monténégro ; Vlade JANKOVIC, né le 9 octobre 1978 en Russie ; Michael ESTERA, né le 28 octobre 1980 en Haïti.

Lourdement armés, ces 8 individus se trouvaient à bord de deux (2) véhicules de couleur noire sans plaque d’immatriculation, un pick-up Ford Ranger et un Toyota Prado. L’un des deux véhicules, à bord desquels ils ont été interceptés, appartient à Magalie Habitant, ex-directrice du Service métropolitain de collecte des résidus solides (Smcrs). Magalie Habitant avait ordonné que le véhicule Ford Ranger soit immatriculé au nom de Jean Fritz Jean-Louis, un autre proche du régime tèt kale au pouvoir, rapporte le quotidien « Le Nouvelliste » (https://lenouvelliste.com/article/198374/les-7-etrangers-lourdement-armes-arretes-transferes-aux-etats-unis).

« Six (6) pistolets de calibre 9 millimètres, six (6) fusils d’assaut, qui sont, en fait, des armes de guerre, deux (2) drones, un (1) télescope, cinq (5) gilets pare-balles et trois (3) téléphones satellites, cinq (5) plaques d’immatriculation, dont deux (2) plaques paires et une (1) autre impaire », ont été retrouvés en leur possession.

« Les armes susmentionnées sont impossibles à retracer, parce qu’elles sont constituées de 80 % de matériels standards et de 20 % de matériels non conformes à la confection et au traçage des armes à feu », selon les informations recueillies par le Réseau national de défense de droits humains (Rnddh).

Aucune trace de la date de l’entrée de ces 7 étrangers, sur le territoire national, n’existe dans les services d’immigration haïtienne.

Les informations, relatives à cette « enquête de flagrance », seront communiquées dans 48 heures (à compter du 19 février 2019), tentait de rassurer - en conférence de presse, le mardi 19 février 2019, sans donner de détails importants sur le dossier - le eommissaire du gouvernement, près le tribunal civil de Port-au-Prince, Me Paul Eronce Villard.

Appréhendés avec des armes de guerre illégales, les 8 suspects ont commis une infraction sur le territoire national, soulignait Villard. Il a également démenti les rumeurs, faisant état de pressions de conseillers du président Jovenel Moïse et du titulaire de la justice, Jean Roudy Aly, pour aboutir à la libération des 8 suspects.

Les individus arrêtés voulaient monter sur le toit de la Banque centrale, dans le but de dominer le bureau du premier ministre et le parlement en Haïti, et d’attenter à la vie du chef du gouvernement, rapporte, dans un tweet, le mardi 19 février 2019, le porte-parole du bureau du premier ministre, Pascal Adrien, citant une interview du premier ministre Jean Henry Céant à un média étranger.

Ces individus, qui « tenteraient de cambrioler la Banque centrale, n’auraient rien à voir avec l’Exécutif », a déclaré, dans les médias, Me. Reynold Georges, conseiller du président Jovenel Moïse.

Cette assertion est combattue par différentes voix, dans l’opposition à Jovenel Moïse.

En plus des 8 suspects arrêtés, dont 7 récupérés par les Etats-Unis d’Amérique, il y aurait d’autres « mercenaires », distribués dans le Sud et l’Artibonite. Depuis l’année 2018, l’opposition à Jovenel Moïse dénonce la présence, sur le territoire national, de « mercenaires étrangers snipers (francs-tireurs) », disposant d’armes sophistiquées et recrutés pour liquider les opposants politiques.