Perspectives

Politique : Le premier ministre Jean Henry Céant propose un pacte de gouvernabilité face à la crise globale profonde en Haïti


jeudi 13 décembre 2018

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 12 déc. 2018 [AlterPresse] --- Le premier ministre Jean Henry Céant, ratifié par le parlement à la mi-septembre 2018 en Haïti, propose un pacte de gouvernabilité, en vue d’une issue à l’instabilité politique, dans un document dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

La publication de ce document fait suite aux consultations, menées par le chef du gouvernement auprès de divers secteurs de la société autour de l’instabilité politique.

Ces consultations ont commencé après la semaine de turbulences et de paralysie des activités, du lundi 19 au vendredi 23 novembre 2018, à travers le pays, après la grande manifestation de l’opposition politique, le dimanche 18 novembre 2018, pour exiger, de nouveau, la démission de Jovenel Moïse de la présidence politique en Haïti.

Pas encore de positions affichées, dans les milieux politiques, sur cette proposition de pacte de gouvernabilité par Jean Henry Céant.

Ce pacte de gouvernabilité viserait à résoudre la crise politique, que traverse Haïti, par un consensus entre les protagonistes, à assurer la stabilité du pays en créant un climat d’apaisement social et à promouvoir le progrès social et économique du pays.

Ce pacte, proposé par Céant, comprend des axes social, politique, économique et ceux liés à la lutte contre le gaspillage, la contrebande, la corruption et l’impunité, au Procès PetroCaribe, à la sécurité publique et au respect des droits humains, entre autres.

Au niveau politique, le gouvernement Céant anticipe un partage de responsabilités avec l’opposition et la société civile, dans le cadre d’un gouvernement d’ouverture qui serait mis en place par le régime politique actuel.

Evidemment, la proposition de pacte de gouvernabilité de Jean Henry Céant ne fait nullement mention des revendications de divers groupes, dans l’opposition politique, réclamant la démission de Jovenel Moïse de la présidence politique en Haïti, pour aboutir à un changement de système politique dans la république caribéeenne.

Le gouvernement Céant envisage la mise en place d’un comité de médiation pour la tenue d’une Conférence nationale et la réalisation d’un profond amendement constitutionnel ou d’une réforme constitutionnelle.

Au niveau social, le pacte, proposé par Céant, annonce la création d’emplois à haute intensité de main d’œuvre dans les dix (10) départements géographiques en Haïti, avec emphase sur les jeunes, et un appui à la mise en place, par les jeunes et les femmes, d’entreprises génératrices de revenus.

Céant projetterait de prendre des mesures d’incitation de la production vivrière et de la production animale de moindre coût, qui pourraient contribuer, rapidement, à la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Un accord devrait être négocié par les syndicats, le patronat et le gouvernement pour des revalorisations du salaire minimum journalier, entre 2019 et 2021, dépendamment de la décote de la gourde (Ndlr : US $ 1.00 = 77.00 gourdes ; 1 euro = 92.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 1.70 gourde aujourd’hui, à la fin de décembre 2018).

Ce pacte de nature économique entendrait relancer la production nationale, en insistant sur des actions en agriculture, destinées à la consommation locale, et dynamiser la production bio, destinée à l’exportation, par des incitatifs aux productrices locales et producteurs locaux, et aux Petites et moyennes entreprises (Pme).

Des supports financiers et logistiques seraient, alors, octroyés aux initiatives agricoles et agro-industrielles génératrices d’emplois et aux entreprises souhaitant se lancer dans l’assemblage, en capitalisant sur les lois étasuniennes Hope [1] et Help [2], entre autres.

Dans la lutte contre le gaspillage, la contrebande, la corruption et l’incivisme, le gouvernement Céant voudrait réduire le train de fonctionnement de l’Etat, notamment par une réduction significative du budget du pouvoir exécutif et du budget du pouvoir législatif.

Sur le procès PetroCaribe, relatif à la gestion des fonds d’aide vénézuélienne à Haïti, Céant souhaite solliciter la réflexion de plusieurs juristes pour dégager un point de vue commun sur ce dossier.

Parmi les autres dispositions envisagées, figurent l’accessibilité des dossiers de PetroCaribe, disponibles au niveau du gouvernement, et une dotation budgétaire pertinente au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj), pour permettre à l’appareil judiciaire d’enquêter sur la gestion des fonds PetroCaribe et de lutter efficacement contre l’impunité. [emb rc apr 12/12/2018 12:05]

[1Le 20 décembre 2006, la loi Haitian hemispheric opportunity through partnership encouragement (Hope) a été approuvée par le Congrès des États-Unis. Elle est entrée en vigueur le 20 mars 2007 lorsqu’elle fut signée par le président George W. Bush.

La loi crée des nouvelles règles d’origine spéciales permettant à Haïti de bénéficier de préférences commerciales additionnelles dans les industries d’habillement et des pièces de véhicules à moteur, à celles déjà opérationnelles à travers l’Initiative du Bassin des Caraïbes (Caribbean basin initiative).

La première règle permet l’entrée en franchise de droits (aucun tarif à payer) pour un nombre limité de vêtements importés d’Haïti vers les États-Unis si 50% de la valeur des inputs et/ou coûts de transformation (entièrement assemblés ou taillés) sont d’Haïti, des États-Unis ou d’un autre pays étant un partenaire commercial (c’est-à-dire ayant un accord de libre-échange) des États-Unis durant les trois premières années de l’entrée en vigueur de la loi Hope.

Le pourcentage augmente à 55% durant la quatrième année et à 60% durant la cinquième année.

//Extraits d’une Note, préparée, le 14 mai 2008, par le Département du commerce et du tourisme de l’Organisation des Etats américains (Oea)

[2Ndlr : C’est en mai 2010 que le congrès américain a approuvé une extension de la loi Hope, dénommée Haiti economic lift program (Help). Objectif de la loi Help : favoriser une relance de l’économie haïtienne après le terrible tremblement de terre du mardi 12 janvier 2010.