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Haïti / République dominicaine : Le consulat haïtien de Barahona à l’abandon


samedi 2 avril 2005

Barahona, République Dominicaine, 02 avril 05 [AlterPresse] --- Le consulat haïtien dans la ville de Barahona, au sud-ouest de la République Dominicaine, se trouve aujourd’hui à l’abandon, sans eau, ni téléphones, ni électricité, avec une génératrice paraissant en voie de détérioration accélérée. Les fonctionnaires ne perçoivent pas leurs salaires depuis plus de huit mois, Aucun service n’est offert à la communauté haïtienne et dominicaine, ont constaté les journalistes d’Alterpresse qui ont visité les lieux pour se rendre compte de la paralysie du seul siège consulaire d’Haïti au sud de la république voisine. [1]

Les bureaux et les chambres sont envahis de poussière, les toilettes ne peuvent pas être utilisées faute d’eau d’évacuation, aucun nettoyage n’est possible parce que les commerçants locaux ont suspendu leur crédit en raison de créances non honorées : tel est le tableau présenté par le consulat haïtien à Barahona.

Les journalistes d’AlterPresse ont voulu faire un appel téléphonique, mais la réceptionniste Bartolina Feliz leur a informé que la ligne a été coupée par la Compagnie dominicaine de Téléphones pour retard de paiement.

Mais le pire dans cette situation, c’est que le consulat haïtien ne dispose plus de service d’eau potable, a déploré Madame Feliz. Le service électrique, tout comme le téléphone et l’eau, a été coupé par la Corporation Dominicaine d’Entreprises Electriques, par manque de paiement.

En outre, cela fait plus de huit mois qu’aucun salaire n’est versé aux quatre employés qui sont encore dans le consulat, s’occupant du peu d’ Haïtiens et de Dominicains en quête d’information ou de la légalisation de quelques documents, ou simplement de quelques commerçants haïtiens ou dominicains à la recherche d’une feuille de route.

Jusqu’à cette réalité de crise, le consulat haïtien comptait une dizaine de fonctionnaires, dont une majorité de nationaux dominicains (des femmes) dominant la langue créole, parmi eux 4 hommes.

Ils sont nombreux les descendants d’Haïtiens et les ressortissants haïtiens qui résident ou qui transitent dans la province de Barahona pour différentes raisons, notamment le commerce, les activités professionnelles, les questions judiciaires, les visites touristiques. Beaucoup évoluent dans des bateyes de canne-à -sucre et des bateyes de café, ainsi que des plantations de bananes, des entreprises touristiques et des activités du secteur informel.

La responsabilité de l’abandon du siège consulaire haïtien à Barahona est imputée à des fonctionnaires du Consulat Général à Santo Domingo, entre autres le consul général Belony Mathurin (désigné en juillet 2004) et le vice consul Harry Joseph, à qui a été exposée la situation.

Les fonctionnaires de l’ambassade d’Haïti à Santo Domingo refuseraient de recevoir les appels effectués depuis Barahona par leurs collègues désespérés, en guise d’informations sur les éventuelles décisions prises en ce qui concerne le devenir du siège du sud de la République Dominicaine et des anciens fonctionnaires, suivant les informations parvenues à AlterPresse.

A diverses occasions, les employés du consulat de Barahona se sont adressés aux fonctionnaires précédemment cités à travers des lettres, télécopies (fax) et appels téléphoniques, mais la problématique demeure, selon le Conseiller Légal du consulat, Pedro Gerardo Cuevas.

« Nous avons déjà informé Port-au-Prince de la situation », se seraient contentées de répondre les fonctionnaires de l’ambassade haïtienne à Santo Domingo aux employés de Barahona qui jugent ces réponses comme une fin de non recevoir ou une absence de considération de leur cas et de la réalité de services à fournir aux ressortissants haïtiens et dominicains.

Toujours est-il que « la mission haïtienne de Barahona, n’ayant pas de fonctionnaire consulaire à sa tête, tombe automatiquement sous l’autorité et le contrôle du Consulat Général, qui doit répondre de ses compromis économiques dans l’attente de toute intervention de la chancellerie haïtienne ».

« Le problème est que, non seulement les salaires qui nous sont dus affligent nos familles, mais aussi le Consulat haïtien à Barahona ne donne plus les services offerts jusqu’avant le changement des autorités consulaires à Santo Domingo en été 2004. En attendant une réponse concrète des autorités, nous continuons à déployer des efforts sains pour que notre problème soit résolu. Nous ne faisons rien, mais nous venons ici parce que nous ne pouvons pas abandonner nos fonctions », se plaint le Conseiller Légal du consulat haïtien à Barahona au nom des employés de la mission consulaire.

La situation “à l’abandon†, dans laquelle se trouve le consulat haïtien à Barahona aurait commencé à affecter l’ensemble des Haïtiennes, des Haïtiens et des nationaux dominicains établis dans la région d’Enriquillo composée des provinces Barahona, Neyba, Pedernales et Independencia, provinces où oeuvre et vend leur force de travail une importante main-d’oeuvre d’ascendance haïtienne.

Par exemple, les commerçants haïtiens et dominicains ne peuvent plus faire les démarches auprès du bureau de Barahona pour tirer la feuille de route nécessaire au mouvement de leurs marchandises.

Se trouvent également paralysés, par manque de ressources économiques, les services d’assistance légale à des dizaines d’Haïtiens incarcérés dans la prison publique de Barahona et de la région, ainsi que d’assistance médicale aux patients haïtiens nécessiatant des soins à l’hôpital public de la ville.

Dans une lettre acheminée le 6 septembre 2004 à l’ex Ministre des Relations Extérieures d’Haïti, Yvon Siméon, dont copie a été adressée au Ministre des Haïtiens Vivant à l’Etranger Alix Baptiste et à l’Inspecteur des Missions Ralph Elie, les employés du consulat de Barahona avaient évoqué la crise que traverse cette dépendance du Consulat Général d’Haïti à Santo Domingo et mis l’accent sur l’importance d’une remise en marche, par le gouvernement de transition, du consulat de Barahona au profit de la région et du pays voisin de la République Dominicaine.

Cette communication, qui faisait également état des difficultés auxquelles sont confrontés les employés du consulat, avait aussi été transmise aux principaux fonctionnaires diplomatiques et consulaires de la Représentation d’Haïti en République Dominicaine, qui auraient montré peu d’intérêt sur le cas. Devant le refus des autorités haïtiennes à résoudre le problème du consulat de Barahona, les employés ont alors adressé une lettre à la Secrétairerie d’Etat dominicaine des Relations Extérieures, dirigée par l’ingénieur Carlos Morales Troncoso, dans laquelle sont exposés la situation dramatique du consulat et le retard de paiement de leurs salaires par le gouvernement haïtien.

« Nous voulons bien courtoisement solliciter l’intervention de vos bons offices auprès du Consulat Général d’Haïti à Santo Domingo, afin que nous soient payés nos six mois de salaires ». Nous faisons cette demande de médiation parce que nos multiples sollicitations auprès du Consulat Général d’Haïti dans la capitale dominicaine n’ont eu aucun écho positif ».

Le cas des employés du consulat haïtien à Barahona a été soumis successivement au Secrétariat d’Etat de Travail de République dominicaine, à la Direction Nationale du Bureau National d’Administration de Personnel du gouvernement dominicain.

La Communauté de Barahona préoccupée par l’abandon du consulat haïtien

Déplorant la paralysie et l’état de délaissement dans lesquels se trouve le consulat haïtien de Barahona, la docteure Martina Feliz Gómez, sous-directrice de l’Hôpital Régional Jaime Mota de cette ville, a exhorté le gouvernement d’Haïti à nommer dans le meilleur délai un nouveau consul afin de reprendre les activités et services.

Interrogée par le journaliste José Luis Soto d’Alterpresse, Dre Feliz Gómez a indiqué que les habitants de Barahona (les barahoneros) et les centaines d ’Haïtiens résidant dans cette ville s’opposent à ce que le consulat haïtien continue de rester à l’abandon

C’est la même préoccupation exprimée par les commerçants haïtiens qui font affaire dans la ville et qui condamnent la situation de crise du consulat haïtien, de nature à rendre plus vulnérable la communauté haïtienne de là -bas qui se sent livrée à elle-même et ne sait où acheminer désormais ses plaintes quand il y a des abus perpétrés par les autorités dominicaines.

« Auparavant, nous pouvions nous rendre au consulat, où ils nous écoutaient, nous offraient de l’assistance légale, mais maintenant depuis plus de huit mois le consulat ne fonctionne presque pas », s’est lamenté un des commerçants au micro des journalistes d’Alterpresse.

« Ici, nous sommes orphelins d’autorités consulaires de notre pays. Que pouvons-nous faire lorsqu’ils (les dominicains) nous extorquent et volent nos marchandises », a déclaré un autre commerçant à AlterPresse.

Espoir dans l’administration du nouveau chancelier Hérard Abraham

Le personnel du consulat de Barahona forme le vœu que le nouveau chancelier Hérard Abraham prenne en charge les revendications formulées et ne laisse point le consulat fermer afin de « préserver en hausse l’image d’Haïti ».

« Nous, celles et ceux qui sont ici, sommes disposés à travailler et à défendre, avec énergie et dévouement, comme nous l’avons fait jusqu’à présent, les droits des citoyens haïtiens dans cette région sud. Seulement, il faut mettre fin à ce petit conflit pour nous permettre de reprendre avec ardeur nos services à l’Etat haïtien, aux peuples haïtien et dominicain à Barahona », a dit Pedro Cuevas.

A rappeler que le gouvernement de transition vient tout juste de désigner Jean Bertin, veuf de feue Mireille Durocher Bertin, comme nouveau Chargé d’ Affaires d’Haïti en République Dominicaine, en remplacement de Madame Jocelyne Blémur qui a travaillé pendant longtemps à l’ambassade haïtienne à Santo Domingo.

De nombreux observateurs espèrent voir accomplir les procédures bureaucratiques d’accréditation d’un nouvel ambassadeur en république voisine, en remplacement de l’ancien diplomate Guy Alexandre qui a remis sa démission depuis décembre 2003 à l’ancien gouvernement lavalas.

Le gouvernement haïtien aurait proposé à ces délicates fonctions l’avocat Jean Frederick Salès, qui attend le feu vert du ouvernement de la République dominicaine.

Depuis la démission en décembre 2003 de Guy Alexandre, Haïti n’a plus d’ ambassadeur en république voisine, une situation qui a provoqué instabilité et négligence dans les fonctions diplomatiques et consulaires, aux yeux de nationaux haïtiens et dominicains.[jls rc apr 02/04/05 01:30]

[1] NDLR : Au moment de poster ce texte, nous apprenons qu’un émissaire de la chancellerie haïtienne, inspecteur des Missions diplomatiques, qui a voyagé de Port-au-Prince à Barahona, aurait promis de résoudre le problème du consulat, au cours d’une rencontre le 30 mars 2005 avec le personnel consulaire dans cette le personnel du Consulat d’Haïti à Barahona.