HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numero 26


mardi 15 octobre 2002

Les droits humains des citoyennes et citoyens haïtiens semblent aujourd’hui sérieusement entravés avec un déficit de crédibilité des forces de sécurité nationales et la perte de confiance des agents économiques face à la politique financière et monétaire des autorités. Alors que des questions se posent su l’état de santé de la société en matière de démocratie.

1] LA POLICE NATIONALE, GANGRENEE PAR LA CORRUPTION

Par Ronald Colbert

La réalité de corruption, dans laquelle baigne la Police Nationale d’Haïti (PNH), est dénoncée par l’inspecteur général en chef de cette institution Victor Arvel Jean-Baptiste. Seulement 10 policiers sur un total de 60 ripoux, identifiés dans des enquêtes internes menées par la Police de la Police de janvier 2001 à aujourd’hui, ont été mis à pied par la direction générale de la PNH qui aurait décidé de laisser divers dossiers compromettants pourrir dans les tiroirs.

" Le problème dans ce pays, les chefs ne veulent pas débattre des décisions qu’ils prennent. J’ai un chef qui ne discute pas avec moi, parce qu’il sait que je vais lui préciser pourquoi il n’entend pas donner suite aux demandes de révocation de policiers que j’ai faites. Il y a des commissaires révoqués qui ont réintégré leurs postes en l’absence d’aucune disposition administrative. La tâche de l’Inspection générale prend fin au moment où elle a soumis ses recommandations à la direction générale de la PNH ", a déclaré Jean-Baptiste, visiblement agacé par l’absence de suivi à ses rapports.

Les déclarations de l’Inspecteur Général en chef de la PNH sont venues confirmer les rumeurs de probables frictions internes, voire de tiraillements, au sein de l’unique force de sécurité, appelée à protéger les vies et les biens dans le pays, après le démantèlement de fait de l’ancienne armée en 1995.

Depuis plusieurs semaines, de nombreux chauffeurs se plaignent de l’attitude de policiers qui les rançonnent dans les rues sous de fallacieux prétextes, selon lesquels ils auraient contrevenu aux règlements de la circulation.

Les habitants de la capitale haïtienne ont été surpris, dans l’après-midi du 10 octobre 2002, par un quadrillage de différentes unités de la PNH à la recherche d’armes illégales, selon les déclarations du porte-parole de la PNH. Ils ont vécu une situation d’exception décidée par les autorités à une heure généralement de pointe.

Les fouilles de véhicules, opérées à la sortie du travail et des écoles, ont provoqué des bouchons considérables pendant plus de trois heures dans les principales artères de Port-au-Prince.

Le quadrillage risque d’être plus serré dans les prochains jours, les chauffeurs doivent être munis de tous les papiers des véhicules qu’ils conduisent, les citoyens n’ont qu’à bien se tenir, a révélé un policier à un conducteur au moment des fouilles de jeudi après-midi 10 octobre.

Ecoliers, commerçants, fonctionnaires et autres professionnels ont critiqué les méthodes utilisées à l’occasion par les agents de la PNH qui sont allés saccager des maisons privées, en l’absence de juges de paix, afin de dépister des armes cachées.

Evans Paul, un des responsables du regroupement d’opposition dénommé la Convergence Démocratique, a également dénoncé ces fouilles et perquisitions qui n’ont pas ciblé les véritables détenteurs d’armes illégales, qui se recruteraient parmi les partisans du pouvoir lavalas, a-t-il signalé.

Toutes ces dispositions entrent dans une nouvelle étape des opérations de désarmement qui vont se poursuivre et prendre diverses formes, dont des perquisitions domiciliaires, a annoncé le porte-parole de la PNH Jean Dady Siméon.

La Police nationale est de nouveau sur la sellette avec les révélations faites par Beaubrun Dieubon, un habitant de Raboteau, selon lesquelles un émissaire de Jean-Bertrand Aristide dénommé B-12 lui aurait offert une somme de 90 mille dollars américains pour la capture de son cousin Amyot Métayer et aussi de Jean Pierre, alias Jean Tatoune, deux repris de justice en cavale depuis l’évasion spectaculaire du 2 août aux Gonaïves (à 171 kilomètres au nord de P-au-P).

D’aucuns s’interrogent, depuis quelques semaines, sur l’existence éventuelle d’une police politique qui agirait sous couvert de certaines autorités pour avoir la tête de différents chefs d’organisations populaires (O.P.), devenus gênants pour le régime lavalas face aux demandes pressantes de la communauté internationale.

La semaine dernière, des membres d’O.P. de Martissant, banlieue sud de la capitale, ont adressé un ultimatum aux autorités pour faire le jour sur la disparition de leur camarade Félix Bien-Aîmé qui aurait eu maille à partir avec une unité policière, quelques heures avant sa disparition.

Alors que la PNH a indiqué être en train d’effectuer des recherches sur cette disparition, la voiture du porté disparu a été retrouvée incendiée à Titanyen, localité sise à la sortie nord de la capitale, qui servait de charnier, dans le temps, aux régimes dictatoriaux. A rappeler que Félix Bien-Aîmé était impliqué, en juin 2001, dans un affrontement sanglant avec des habitants de Descayette, un quartier situé au sud-est de Port-au-Prince, selon un rapport d’enquête dressé à l’époque par une coalition d’organisations de défense des droits humains.

2] IMPUNITE POUR DES TRAFIQUANTS DE DROGUE ET VIOLATION DES LIBERTES : L’AMBASSADEUR AMERICAIN HAUSSE LE TON

L’ambassadeur américain Bryan Dean Curran a démenti les déclarations du porte-parole de la police, Jean Dady Siméon, selon lesquelles de la drogue aurait été saisie dans la récente opération dénommée "Ouragan" menée par les agents de la Drug Enforcement Agency (DEA) en compagnie de la Police Nationale d’Haïti sur différents points du territoire national.

Beaucoup de présumés trafiquants de drogue auraient été avertis à l’avance de l’opération, aucune arrestation n’a été faite, les personnes interpellées ont été libérées sous pression des "élus lavalas", alors que la première phase de l’opération Ouragan avait permis l’arrestation de 26 présumés trafiquants, a déclaré Dean Curran dans une interview exclusive avec la station privée Radio Kiskeya.

D’autre part, Haïti n’a pas été invitée à prendre part, sinon qu’à titre de pays observateur, à un Sommet sur la Démocratie qui se déroulera en novembre 2002 à Séoul, Corée du Sud, à cause de ses piètres performances, durant ces deux dernières années, en matière de respect de la démocratie : élections truquées en 2000, menaces contre la liberté de la Presse, etc., a indiqué l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique accrédité dans le pays.

C’est le droit de l’ambassadeur de réagir de la sorte, a affirmé ce 14 octobre le porte-parole de la police, maintenant que 6 personnes ont été arrêtées durant la récente opération anti-drogue. Les déclarations de l’ambassadeur n’engagent que lui-même, a, pour sa part, déclaré la ministre de la Culture, Lilas Desquiron.

A propos de Liberté de Presse, des opposants au régime en place, comme Gérard Gourgue et Evans Paul, ont appelé le cabinet d’Instruction à convoquer le président du 26 novembre Jean_Bertrand Aristide pour s’expliquer sur de récentes assertions à propos de l’assassinat, le 3 avril 2000, du Président Directeur Général de Radio Haïti Inter Jean Léopold Dominique et du gardien de la station Jean-Claude Louissant.

Jean Dominique aurait été assassiné pour avoir réclamé des cartes électorales en faveur des paysans, avait affirmé Aristide au Palais National le mardi 8 octobre 2002.

Toujours au chapitre de la Presse, "le 15 juillet 2002, il n’y a pas eu d’enlèvement du journaliste de Radio Caraïbes Israel Jacquy Cantave, au regard des nombreuses contradictions relevées dans les déclarations du concerné ". Ce sont les conclusions " définitives" auxquelles a abouti le commissaire Jeannot François, responsable de la Direction Centrale de la Police Judiciaire au sein de la PNH.

Le commissaire François, qui intervenait devant la Presse pour présenter son troisième rapport sur l’affaire de l’enlèvement du journaliste Israel Jacquy Cantave et de son ami Frantz Ambroise, a indiqué avoir transmis le dossier au commissaire du gouvernement qui pourra qualifier le fait du 15 juillet, a-t-il dit.

Le journaliste Israel Jacquy Cantave, qui s’est réfugié depuis lors en France en attendant que les autorités de ce pays statuent sur son cas, a affirmé, la semaine dernière sur les ondes de la station privée Radio Vision 2000, douter des résultats de l’enquête policière. Non seulement des dignitaires lavalas, comme le député contesté Rudy Erivaux, avaient qualifié de " montage " l’acte de kidnapping du 15 juillet, mais encore la ministre de la Communication du Gouvernement lavalas Lilas Desquiron avait prédit des surprises au moment où l’enquête policière avait démarré.

3] LES DROITS ECONOMIQUES DES CITOYENS MENACES

Plusieurs agents économiques se sont rués, la semaine dernière dans les banques en Haiti, pour retirer leurs dépôts en dollars, face aux rumeurs persistantes d’une éventuelle conversion de ces devises en Gourdes, une décision que caresserait le pouvoir lavalas.

Le régime lavalas ainsi que les autorités financières ont vite fait de démentir ces rumeurs qui sont " non fondées, inexactes " et qui n’ont fait l’objet d’aucune discussion. Une telle décision aurait pour conséquence de perturber le marché financier, a fait savoir le pouvoir lavalas.

Cette probable "nationalisation" des comptes en dollars américains circule depuis la fin 2001 en Haïti, où les agents économiques ont mis en avant les difficultés éprouvées par le régime lavalas qui pourrait chercher, par ce biais, une porte de sortie face aux sanctions économiques de la communauté internationale après les élections contestées de l’année 2000.

Il y a un peu plus d’une semaine, un incendie d’origine non encore déterminé a consumé les archives de la Dette Publique au ministère des Finances, quelques jours après que le titulaire de ce ministère eut parachevé des pourparlers à Washington avec le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.

A la mi-octobre 2002, en Haïti, d’autres rumeurs font état d’une hausse prochaine, d’environ 33 %, des prix du carburant sur le marché national, suite à une nouvelle hausse des prix des produits pétroliers sur le marché international.

Dans le cas où l’information se confirmerait, il faudrait s’attendre à des effets multiplicateurs sur différents prix, notamment le tarif des transports publics, dans un pays à balance commerciale déficitaire due à la faiblesse des exportations par rapport aux importations.

Les agents économiques en Haïti feront alors face à de nouvelles restrictions dans leur pouvoir d’achat déjà affecté par des variations à la hausse des prix des produits de première nécessité, notamment la farine et l’huile de cuisine, dans un environnement politique aux perspectives incertaines.

Un dollar américain s’échange aujourd’hui à plus de 31 Gourdes sur le marché national haïtien, appréciation du billet vert qui représente un record inégalé depuis la période du coup d’Etat militaire de septembre 1991.