Développement durable

Haiti / Internet : Avancées et insatisfactions après 10 ans d’expérimentation


mercredi 23 mars 2005

P-au-P., 23 mars. 05 [AlterPresse] --- Un important débat entre autorités étatiques et différents acteurs des Techonologies de l’Information et de la Communication (TICs) s’est tenu à Port-au-Prince le 22 mars à l’Initiative du Groupe Médialternatif et du Réseau Télématique Haïtien pour la Recherche et le Développement (REHRED) dans le cadre d’un forum bilan sur les 10 ans de l’Internet en Haïti.

Des questions liées à la politique, la réglementation et l’environnement technologique haïtien ont été abordées dans cet échange auquel ont pris part le secrétaire d’Etat aux Télécommunications, Jaunasse Elysée, le Directeur du Conseil National des Télécommunications (CONATEL), Jean Michel Boisrond, le Coordonnateur du REHRED, Schiller Jean Baptiste et le Président du Centre d’Appui aux Initiatives de Technologie de l’Information (CAITI), Guyverson Vernous.

Elysée a indiqué que l’Etat haïtien travaille actuellement à la mise en place d’un cadre global et d’un schéma directeur en vue du développement des TICs en Haïti. Le pays s’est engagé par rapport à un plan d’action international et des avancées ont été enregistrées par rapport à l’intégration d’Haïti dans la société de l’information, a-t-il ajouté.

De son coté, Jean Michel Boisrond a souligné l’inadéquation de la législation haïtienne vis-à -vis de la situation actuelle en matière de télécommunications et a annoncé un ensemble de dispositions et projets relatifs au paysage communicationnel d’Haïti.

« Les failles au niveau de la législation (qui date de 1987) n’empêchent pas une saine gestion » des télécommunications, a soutenu Boisrond, soulignant des dispositions prises pour contrôler les opérations, « dynamiser » le secteur et encourager « la compétition ».

Il a fait part d’un projet étatique de 20 millions de dollars visant à rendre Internet disponible dans les 135 communes d’Haïti ainsi que des démarches pour favoriser l’accès du pays à une large bande passante.

Certaines dispositions, telles que celles visant au contrôle des cybercafés, à l’extension et l’augmentation de la fiscalité, ont soulevé la controverse au sein de l’assistance. Des intervenants ont fait part de leur crainte que le consommateur final soit pénalisé. Tout en reconnaissant la necessité d’un développement harmonieux, ils ont exprimé leur appréhension que des mesures indiscriminées nuisent aux perspectives d’accès universel de la population aux TICs.

A propos de l’environnement technologique haïtien, Schiller Jean Baptiste a relevé que « les questions superstructurelles n’ont pas beaucoup évolué », que la gestion de l’infrastructure est « inadaptée », malgré les progrès enregistrés dans ce secteur où un nombre important d’opérateurs est entré sur le marché.

Guyverson Vernous a mis l’accent sur le fossé numérique qui affecte Haiti, où, suivant les données internationales, on compte moins de 10 utilisateurs sur 1000 habitants. La présence web du gouvernement est quasi nulle, a-t-il souligné.

Les politiques visant à combler le fossé numérique doivent être bien réfléchies, a cependant mis en garde Vernous. Il faudrait veiller a ne pas « élargir le fossé économique » (par un déséquilibre plus important de la balance des paiements) en essayant de rendre disponible les outils des TICs.

Vernous a préconisé la mise en place d’une structure légale qui s’occupe des grands enjeux en matière de TICs, sur la base d’un plan global défini. Il a aussi encouragé des mesures pour assurer la visibilité web d’Haïti et une meilleure gestion du domaine .ht.

A propos du domaine .ht, on a appris que la compagnie Yahoo ainsi que d’autres grandes entreprises multinationales ont déjà enregistré « leur .ht ».

Beaucoup de questions ont été soulevées parmi les participants à ce forum qui ont exprimé leur insatisfaction vis-à -vis de l’évolution d’Internet en Haïti. Pourquoi a-t-il fallu 7 ans avant que le domaine .ht soit une réalité, s’est-on interrogé. Pourquoi pas de subventions étatiques en vue d’équiper les écoles, s’est-on demandé.

Les participants ont admis qu’en dépit de nombreuses carences, le développement d’Internet a eu un impact positif sur toutes les couches de la population haïtienne. Il faudrait étudier les incidences positives de l’Internet sur l’augmentation des transferts de l’étranger vers Haïti, a lancé un participant.

Le forum bilan des 10 ans de l’Internet en Haïti se poursuit ce 23 mars à Port-au-Prince (au local de FOKAL, ave. Christophe) et touche les thèmes des services et applications liés aux TICs, des utilisateurs et usages des TICs en Haïti. [gp apr 23/03/2005 15:00]