Perspectives

Rentrée des classes : Le professeur Victor Benoit déplore le manque d’investissements publics pour un enseignement de qualité en Haïti


samedi 1er septembre 2018

P-au-P, 31 août 2018 [AlterPresse] --- A l’occasion de la rentrée des classes, le lundi 3 septembre, pour l’année académique 2018 - 2019, l’ancien ministre de l’éducation nationale (septembre 1993 - mai 1994), Victor Benoit [1], critique le manque d’investissements publics, en vue de promouvoir un enseignement de qualité dans le pays.

Il n’existe pas assez d’investissements, favorisant un enseignement de qualité, mais une massification de celui-ci, déplore le professeur, invité à l’émission TiChèzBa, prévue pour être diffusée les samedi 1er et dimanche 2 septembre 2018 sur AlterRadio106.1 FM et alterradio.org (samedi : 7:00 am, 3:00 pm ; dimanche : 7:00 am, 1:00 pm, 5:00 pm).

L’offre scolaire fait défaut

L’offre scolaire, qui fait défaut dans le pays, n’est pas une priorité pour l’Etat, affirme-t-il, déplorant l’absence d’écoles dans de nombreuses communautés.

Les dispositions, annoncées par le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp), dans le contexte de la réouverture des classes 2018 - 2019, constituent un saupoudrage, déclare Benoit.

Plus de 780 millions de gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 71.00 gourdes ; 1 euro = 87.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 1.60 gourde aujourd’hui) ont été décaissées pour la subvention et la dotation de manuels scolaires pour la rentrée scolaire, avait précisé le ministre démissionnaire de l’éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, en conférence de presse.

L’approche de l’Etat haïtien de subventionner les manuels scolaires n’est pas la plus rationnelle, estime-t-il.

La meilleure démarche serait d’effectuer des prêts d’ouvrages, pendant l’année scolaire, aux enfants, qui devraient les remettre, après leurs passages en classes supérieures, pour que d’autres puissent, à leur tour, en bénéficier, pense-t-il.

Le contexte économique difficile, qui affecte les parents issus des couches sociales défavorisées, entraînerait quelques retards dans la réouverture des classes, augure-t-il.

Pour aborder le marasme social actuel, cela demande également beaucoup d’imagination, de patriotisme et de sensibilité sociale.

Le fond du problème est qu’il faut reconstruire l’économie du pays, pour que tout le monde puisse être en mesure de répondre à ses obligations, avance Victor Benoit.

En faisant preuve d’une gestion rationnelle de ses ressources, l’Etat a la capacité de permettre l’accès à l’éducation à tous les enfants au niveau fondamental, considère-t-il.

En ce sens, il dénonce le gaspillage d’argent, enregistré dans la mise en œuvre, à partir de l’année 2011, du Programme de scolarisation universelle et gratuite (Psugo), qui a intégré un nombre indéterminé d’établissements scolaires fantômes.

A travers le Psugo, 10 millions de gourdes ont été détournées et 120 millions de gourdes ont été récupérées sur des comptes dormants.

L’ancien ministre a aussi fustigé le comportement des autorités, qui ont utilisé le Plan national d’éducation pour « quémander » de l’aide, avant de le saboter.

Tout en appelant à combattre la corruption et le désordre dans la gestion publique, il estime aussi qu’il faut des preneurs de décision, qui n’ont pas peur d’appliquer la loi avec rectitude et fermeté.

La qualité de l’éducation, un enjeu de taille

L’Etat, à travers le ministère de l’éducation, doit pouvoir assurer l’accès à une éducation de qualité, estime Victor Benoit.

A cette fin, il faut mettre à disposition, des directions départementales et organismes déconcentrés, les moyens financiers et les ressources humaines nécessaires, pour que le travail soit réalisé, suggère le professeur d’Université.

Il mentionne divers problèmes à régler, comme celui de la formation, car les enseignantes et enseignants compétents deviennent de plus en plus rares en Haïti, regrette le directeur d’école.

D’autre part, l’école tend à ne plus promouvoir la citoyenneté, critique-t-il.

Des enseignants et directeurs d’écoles détournent les élèves de l’esprit de solidarité, dit-il, vis-à-vis de leur communauté et de leur pays.

Il faut une tête bien faite, en termes de savoirs acquis, mais aussi de construction de la personnalité chez l’individu, recommande-t-il, soulignant combien la politicaillerie constitue le plus grand mal, qui ronge la société.

C’est à cause de la politicaillerie, explique-t-il, que des parlementaires intègrent, par favoritisme, dans le système éducatif haïtien, des soi-disant enseignants et directeurs départementaux sans qualification.

Il en profite pour applaudir des efforts du Menfp, qui a décidé d’insérer, dans le cursus actuel, une nouvelle discipline dénommée ’’éducation à la citoyenneté’’, même si, selon lui, cette mesure ne suffit pas.

L’ancien titulaire du Ministère des affaires sociales et du travail signale une certaine violation des droits des citoyennes et citoyens haïtiens, qui font face aux difficultés d’accès à l’éducation. [emb gp apr 31/08/2018 15:20]

[1Également ancien titulaire des affaires sociales et du travail, 18 janvier 2015 - 7 septembre 2015.