Perspectives

Haïti-Corruption : Des citoyens debout contre la dilapidation des fonds PetroCaribe


lundi 20 août 2018

P-au-P, 20 août 2018 [AlterPresse] --- Le vendredi 24 août 2018, des citoyennes et citoyens se donnent rendez-vous, devant les locaux de la Cour Supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), pour un sit-in, mais surtout pour exiger la poursuite des travaux autour du dossier relatif à la dilapidation des fonds PetroCaribe, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

Tout a commencé avec un Challenge (un défi), lancé sur internet le mardi 14 août 2018 par le cinéaste haïtien, Gilbert Mirambeau Jr, avec le #hashtag : "Kote Kòb Petwokaribe-a ?" (Où est l’argent des fonds Petrocaribe ?). Repris et divulgué par le rappeur Valckensy Dessin, dit K-libr, il est devenu viral sur Twitter, Facebook et Instagram.

Les internautes ont donc réactivé cette affaire, à l’étude, depuis un certain temps, à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), après deux enquêtes menées et deux rapports produits au sénat de la république.

Le 1er février 2018, les pères conscrits avaient voté, à l’unanimité, une résolution marquant le transfert du rapport de la commission dirigée par le sénateur Evalière Beauplan à la Cscca.

Dans son article 4, la résolution stipule que « c’est la Cour supérieure des comptes qui a l’expertise pour analyser, en toute impartialité, la gestion des ordonnateurs de deniers publics ».

Environ six mois après, elle reste lettre morte.

Pour forcer la justice à se saisir du dossier, du moins à l’approfondir et initier des poursuites, un groupe de citoyennes et citoyens se sont mis d’accord pour organiser un sit-in devant les locaux de la Cscca, le vendredi 24 août 2018 à 10:00 am (14:00 gmt).

Les fonds PetroCaribe sont un programme, mis en oeuvre, depuis 2006, par l’ancien président du Venezuela Hugo Chavez, permettant à des pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes d’acquérir des produits pétroliers à des coûts préférentiels, pour ensuite effectuer le remboursement sur 25 ans, à un taux d’intérêt de 1%.

Le programme PetroCaribe s’inscrit dans le cadre de la coopération Sud-Sud, afin de permettre à des pays, en difficulté dans la région, de financer des projets sociaux et d’améliorer des conditions de vie.

L’utilisation de ces fonds, en Haïti, se révèle un véritable fiasco. Les enquêtes menées ont montré des anomalies dans les contrats d’exécution des projets, pour certains inachevés, et pour lesquels les fonds été décaissés, entre autres irrégularités.

Environ 3,8 milliards de dollars américains (ndlr : US $ 1.00 = 70.00 gourdes ; 1 euro = 85.00 gourdes ; 1 pesodominicain = 1.60 gourde aujourd’hui) ont été dépensés pour des initiatives, qui pourraient être qualifiées d’éléphants blancs.

Plus de 60 plaintes sont déposées au bureau du juge d’instruction en charge du dossier PetroCaribe, Ramoncite Accimé, selon l’avocat de la partie civile, Me Michel André.

« Le greffier du juge d’instruction Ramoncite Accimé a reçu, ce matin (lundi 20 juin 2018), la plainte du citoyen Joël Jules. Ce qui porte à 63 le nombre de plaintes, déjà déposées dans le cadre de cette affaire », a écrit l’avocat André, sur son compte Twitter, le lundi 20 juin 2018.

Le dossier PetroCaribe revient dans l’actualité, dans le contexte de la ratification prochaine de l’énoncé de la politique générale du premier ministre nommé, Jean Henry Céant.

Lors de la présentation officielle, au palais national le mardi 7 août 2018, de son premier ministre nommé, le président Jovenel Moise, élu sous la bannière du Parti haïtien tèt kale (Phtk), lui avait énuméré les défis à relever dans l’exercice de ses fonctions : parmi eux, le problème de la corruption et le dossier PetroCaribe en particulier.

Jovenel Moïse ne rate jamais l’occasion de rappeler sa volonté de combattre le fléau de la corruption, qui ronge l’appareil étatique. [jf gp 20/08/2018 16:00]