Perspectives

Haïti : Face à une perspective de forte contraction de l’économie, il faut un « budget de rupture », prône l’économiste Kesner Pharel


samedi 11 août 2018

P-au-P, 10 août 2018 [AlterPresse] --- L’économiste Kesner Pharel, Pdg de la firme Group Croissance, anticipe une contraction encore plus forte de l’économie, après les émeutes enregistrées les 6, 7 et 8 juillet dernier en Haïti, et prône l’adoption d’un « budget de rupture ».

Le Produit intérieur brut (Pib) prévu à 3.9% en début de l’exercice fiscal est passé à 2% au milieu de l’année, indique Pharel, invité à l’émission TiChèzBa, prévue pour être diffusée les samedi 11 et dimanche 12 août 2018 sur la station en ligne AlterRadio (samedi : 7hAM, 3hPM ; dimanche : 7hAM, 1hPM, 5hPM).

Tout en soulignant combien le pays se trouve dans une situation extrêmement difficile, il prévoit une perte de 0.5% au niveau du Pib qui empêcherait d’atteindre le taux de 2% pour la fin de l’exercice.

Un taux de croissance assez faible de 2.74 % a été atteint, pour la dernière fois, en 2013-2014, rappelle-t-il.

Les dernières émeutes ont eu un impact considérable sur l’économie haïtienne déjà en grande difficulté. « Nous avons créé toutes les conditions pour arriver aux émeutes. Très peu de personnes en ont pris conscience. Le budget serait à la base de toutes les secousses sociales », souligne-t-il, faisant remarquer que les émeutes constituent la résultante des choix politiques des gouvernements haïtiens.

Pharel dénonce une mauvaise utilisation du trésor public par l’Exécutif et le parlement qui préfèrent se donner des privilèges au lieu d’investir en prenant en compte les besoins de la population.

... S’attendre à d’autres émeutes dans des intervalles plus courts...

Si aucune disposition n’est prise pour éviter ce type de collusion entre ces deux instances, on peut s’attendre à d’autres émeutes dans des intervalles plus courts, avertit-il.

Au regard au changement structurel effectué au niveau du budget national, sur chaque 100 gourdes, 70 gourdes sont payées par la population, notamment à partir des impôts indirects.

Le Pdg de Group Croissance déplore le fait que 20,61 milliards de gourdes sont prévus pour les investissements sociaux à partir du trésor public alors que 29.94 milliards de gourdes seront dépensées pour les biens et services de l’État.

Pendant 10 ans, les gouvernements haïtiens successifs ont effectué beaucoup plus de dépenses courantes que d’investissements, fustige-t-il, tout en invitant à investir dans les domaines de la santé, de l’environnement et des infrastructures.

Le budget du parlement est passé de moins d’un milliard de gourdes avant 2010 à 7 milliards de gourdes pour l’exercice fiscal actuel, regrette-t-il.

Il critique certains parlementaires qui exigent, avec arrogance, le partage du gâteau dans la formation du nouveau gouvernement.

Le président de la chambre des députés a exhorté le premier ministre nommé, Jean Henry Céant, à former un gouvernement d’union nationale qui reflète les différentes forces politiques représentées au Parlement.

C’est la seule condition, de l’avis de Gary Bodeau, pour que Céant reçoive la bénédiction du Parlement.

Céant a été désigné pour remplacer le docteur Jack Guy Laontant qui a été contraint de remettre sa démission, suite aux dernières émeutes occasionnées par une tentative d’augmentation exorbitante des prix du carburant.

Nécessité d’un budget de rupture

L’économiste Pharel estime que le pays a maintenant besoin d’un budget de rupture avec les pratiques traditionnelles.

En plus de la lutte contre la corruption, il faut une gestion rationnelle des dépenses publiques et un parlement solide capable de voter des lois pour défendre la population, plaide-t-il.

Il appelle toutes les forces organisées à se pencher sur le budget pour suivre comment les allocations sont déterminées.

Le titulaire du Ministère de l’économie et des finances (Mef), Jude Alix Patrick Salomon, actuellement démissionnaire, avait déposé, dans l’après-midi du jeudi 28 juin 2018, au parlement, le projet de loi de finances 2018-2019, deux jours avant l’échéance constitutionnelle, le 30 juin 2018.

Le projet de loi des règlements 2016-2017 et le budget rectificatif 2017-2018 y ont été également acheminés.

Le projet de loi de finances 2018-2019 serait de 175 milliards de gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 69.00 gourdes ; 1 euro = 85.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 1.60 gourde aujourd’hui), alors que le budget rectificatif 2017-2018 serait passé de 144 milliards de gourdes à 156 milliards de gourdes, selon des informations disponibles. [emb gp apr 10/08/2018 17 :15]