HaitiWebdo

HaitiWebdo - Numéro 25


mercredi 9 octobre 2002

Cette deuxième semaine du mois d’octobre marque la rentrée judiciaire, administrative et universitaire, qui s’effectue sur fond de grogne en Haïti. Au plan politique, plus d’un mois après le vote de la résolution 822 de l’Organisation des États Américains (OEA), fixant les conditions d’une sortie de crise, l’expectative demeure. La situation des droits humains reste fragile et la presse est l’objet de déclarations contradictoires des tenants du pouvoir, alors que, ces dernières semaines, les menaces ont continué à se multiplier contre les médias.

Nous nous excusons auprès de nos lecteurs pour l’absence d’HaitiWebdo durant les deux semaines écoulées. Des contraintes d’ordre pratique ont perturbé la parution régulière de notre publication électronique.

1] RENTREE JUDICIAIRE ET UNIVERSITAIRE SUR FOND DE GROGNE

Cette deuxième semaine du mois d’octobre marque la rentrée judiciaire, administrative et universitaire en Haïti. Une rentrée qui s’effectue sur fond de grogne par rapport aux attentes de la population en matière de justice et de crise de l’université publique.

Des cérémonies ont été organisées le 7 octobre au niveau des tribunaux a travers le pays. A Port-au-Prince, au Palais de Justice, le président de la Cour de Cassation, Me Boniface Alexandre s’est promis de combattre l’incompétence et la corruption au niveau de l’appareil judiciaire. Faire respecter les droits humains est au nombre des priorités que se donnent les autorités cette année.

Lors de la cérémonie du Palais de Justice, qui s’est déroulée en présence du Premier Ministre Yvon Neptune et du nouveau Ministre de la justice, Calixte Delatour, ce dernier a projeté comme un défi, l’instauration d’un Etat de droit en Haïti. Me Delatour passe pourtant pour un conseiller des putchistes durant la période du coup d’Etat militaire de 1991 à 1994 et fait face à des critiques véhémentes des organismes de défense des droits humains.

Dans plusieurs villes du pays, des juges et avocats n’ont pas mis de sourdine à leurs critiques sur le fonctionnement de la justice. La politisation, l’insubordination de la police et la corruption ont été mentionnées parmi les principales plaies qui rongent cette institution.

Quand à la rentrée universitaire, elle n’a été que symbolique. De nombreuses facultés n’ont pas encore ouvert leurs portes à cause des difficultés financières, conséquences de la crise qui secoue l’université publique. Cette institution est dans la tourmente depuis que, fin juillet dernier, le gouvernement a unilatéralement mis fin aux fonctions du Conseil Exécutif élu. Ce dernier a été remplacé par un Conseil Provisoire, dirigé par le professeur Charles Tardieu, qui n’a pas la reconnaissance de la communauté universitaire. En retour, l’administration des facultés n’a pas accès aux fonds contrôlés par le Rectorat.

Charles Tardieu, reçu par le Chef de l’Etat le 4 octobre, minimise la situation et parle de prochaines élections dans les facultés. Parallèlement un projet de loi concernant l’université doit être étudié par le parlement réuni depuis le 7 octobre en session extraordinaire. Ce que déplore le Conseil de l’Université, qui intègre les représentants des étudiants, professeurs et personnel administratif des 11 facultés.

2] UN MOIS APRàˆS LE VOTE DE LA RESOLUTION 822, EXPECTATIVE POLITIQUE

Plus d’un mois après le vote de la résolution 822 de l’Organisation des Etats Américains (OEA) fixant les conditions d’une sortie de crise en Haïti, l’expectative politique demeure. Le pouvoir ne cesse de manifester ses bonnes intentions, mais les autres acteurs tant sur le plan national qu’international manifestent leur insatisfaction vis-à -vis des démarches de mise en œuvre, telles qu’entreprises par le gouvernement.

Le président Jean Bertrand Aristide qui s’est entretenu le 4 octobre dernier avec le Chef de la Mission de l’OEA en Haïti, le canadien David Lee, a annoncé que le Conseil Electoral Provisoire (CEP) sera constitué avant le 4 novembre prochain. Un délai de 60 jours a été prévu dans la résolution 822 pour la mise en place du CEP. Les questions de désarmement, de poursuite judiciaire et réparations pour les violences contre l’opposition le 17 décembre 2001, sont encore pendantes.

David Lee est d’avis que très peu de pas ont été franchis dans le sens des recommandations du document de l’OEA. Il a réaffirmé la nécessité d’une véritable campagne de désarmement et de compléter le rapport préparé par le ministère de la justice autour des événements du 17 décembre. David Lee a appelé tous les secteurs à prendre part au processus de mise en place du CEP.

Les membres de la Convergence Démocratique, principal regroupement de l’opposition, ont fait savoir qu’ils ont été contactés par le gouvernement dans le cadre de la formation du CEP. L’opposition est disposée à designer un représentant au CEP, mais elle attend d’être assurée de la volonté du pouvoir de respecter les différents points de la résolution 822, selon Paul Denis de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL).

Entre-temps, les questions de réparations et autres continuent de semer la division au sein de l’opposition. On a appris cette semaine, que l’Alliance pour la Libération d’Haïti (ALHA), représentée par Reynold Georges, a été exclue de la coalition. Certaines critiques publiques contre ses anciens collègues sont reprochées au responsable de l’ALHA, suite à son acceptation de recevoir une somme d’argent non précisée du gouvernement à titre de réparations.

3] PRESSE : ARISTIDE SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID

Le Chef de l’Etat haïtien, Jean-Bertrand Aristide, souffle le chaud et le froid dans ses déclarations à propos de la presse. Une semaine après avoir tenu des propos tendant à faire un amalgame entre journalistes et putschistes, Aristide se déclare solidaire des journalistes qui subissent des menaces.

Dans une rencontre le 8 octobre avec des confrères et consoeurs venus de plusieurs départements du pays, Aristide a pointé du doigt un "laboratoire" à l’étranger qui finance les menaces contre la presse, pour jeter le discrédit sur le pays au niveau international.

Dans les milieux de la presse, on souligne les contradictions entre les déclarations jour après jour du président sur la situation des médias.

La semaine dernière, 3 stations de radios de la capitale ont du cesser leurs émissions pour éviter d’être victimes d’actes de représailles et pour protester contre des menaces persistantes. Entre avril 2000 et décembre 2001, 2 journalistes ont été assassinés et les procédures judiciaires piétinent toujours. Durant les 10 derniers mois, plus d’une dizaine de journalistes a été obligé de se réfugier à l’étranger.

4] MARTISSANT CALME, MAIS…

Les activités ont repris à Martissant après deux semaines de troubles suite à la disparition de l’ancien directeur du cimetière de Port-au-Prince, Felix Bien Aimé, partisan de Fanmi Lavalas. Deux autres personnes qui l’accompagnaient sont également portées disparues.

La tension demeure encore dans le quartier, situé au sud de Port-au-Prince où des maisons ainsi que des voitures ont été endommagées. Des partisans de Félix Bien Aimé, qui accusent la police d’être à l’origine de ces disparitions, menacent de revenir à la charge dans les prochains jours, si les disparus ne sont pas retrouvés.

Plusieurs policiers qui habitent le quartier affirment être la cible de groupes armés partisans de Felix Bien Aimé, selon ce que rapporte le quotidien Le Nouvelliste.

5] DECàˆS DE L’ANCIEN SENATEUR RENAUD BERNARDIN

L’ancien Sénateur, devenu Ambassadeur d’Haïti à Ottawa, Renaud Bernardin, est décédé le 4 octobre écoulé d’une crise cardiaque. Economiste, sociologue, ancien séminariste, Renaud Bernardin est membre fondateur du Parti Louvri Baryè qui a pris naissance en 1992, en pleine période de coup d’état militaire.

Bernardin fut Secrétaire Particulier du Président Aristide au tout début de son mandat, avant de devenir Ministre de la Planification. Après le coup d’Etat il partit en exil et revint au retour à l’ordre constitutionnel en 1994. Il occupa alors le poste de Chef de Cabinet de Aristide avant de se faire élire Sénateur en 1995.

Les dernières élections législatives de l’année 2000 ont laissé de l’amertume dans les rangs du PLB et Renaud Bernardin exprima certaines critiques contre les pratiques du parti Fanmi Lavalas. Il accepta cependant par la suite de représenter le gouvernement à Ottawa en tant qu’ambassadeur.

C’est une perte énorme pour le PLB, a indiqué la coordination du parti. Une perte considérable pour le pays, a dit pour sa part, le chancellier haïtien Joseph Philippe Antonio. L’ancien Sénateur Paul Denis, de l’Organisation du peuple en Lutte (OPL), retient de Renaud Bernardin un parlementaire exemplaire.