Développement durable

Ecotourisme et biodiversité

Un trésor très convoité à la frontière sud de la République Dominicaine


jeudi 17 mars 2005

Santo Domingo, 17 mars 05 [AlterPresse] --- La beauté et le potentiel touristique de la région Sud-Ouest, jusqu’à la frontière Sud de la République Dominicaine avec la République d’Haïti, se sont transformés en un trésor très convoité par les investisseurs étrangers avec l’appui de chefs d’entreprise et de l’Etat dominicains.

Si les règles du jeu ne sont pas clairement définies dès maintenant, la société risque de souffrir à l’avenir de l’exploitation des ressources naturelles et humaines dans cette région.

Ainsi se sont exprimés, à l’agence en ligne AlterPresse, plusieurs spécialistes et observateurs avisés préconisant un modèle de développement écotouristique qui respecte la biodiversité dans la région Sud frontalière avec Haïti, où le Lac Enriquillo est considéré comme patrimoine de l’île que partagent les deux pays.

On compte par dizaines les gens d’affaires qui aspirent à l’acquisition d’une portion de plage, forêts et d’autres richesses susceptibles potentiellement d’être transformées en chaînes d’hôtels génératrices de devises.

Mais, à combien d’argent la République Dominicaine est-elle disposée à céder son patrimoine national, qui déjà ne lui appartient plus, mais revient à la terre entière, puisque les Nations Unies ont déclaré les zones Enriquillo, Jaragua et Bahoruco patrimoines de l’Humanité ?

C’est une question posée par les plus sensés des nationaux Dominicains, mais difficile à répondre par les autorités étatiques du territoire voisin de la République d’Haïti.

Par exemple, le secrétaire d’Etat dominicain à l’Environnement, Max Puig, a défendu l’implantation d’un modèle de développement touristique pour le Sud, qui respecte la biodiversité de l’axe Jaragua-Bahoruco-Enriquillo, déclaré par l’UNESCO comme Réserve de Biosphère de la Planète durant l’année 2002. Ainsi, le développement durable du tourisme, dans cette importante zone, pourrait-il donner comme résultat que le tourisme puisse coexister avec les habitants et vice versa.

Puig a insisté sur les précieuses ressources dont dispose le Sud-Ouest de la République Dominicaine, particulièrement la Réserve de la Biosphère, richesse qui pourra bénéficier à la population sans affecter la nature (le milieu ambiant).

« Le pays (la République Dominicaine) doit trouver de nouveaux chemins de développement qui soient plus respectueux des ressources naturelles, pour garantir l’avenir du milieu ambiant et des êtres humains », a indiqué le fonctionnaire dominicain.

Toutefois, certains secteurs craignent que la proposition du fonctionnaire à l’Environnement dominicain reste dans le vide. Les intérêts économiques et politiques dans les hautes sphères du gouvernement et des affaires (les entreprises) pourraient se placer au-dessus de l’intérêt national (dominicain) ou binational (entre Haïti et la République Dominicaine), parce que les deux pays partagent une importante bande de terrains susceptibles, éventuellement, d’être insérés dans les projets touristiques envisagés pour le futur à la Région Sud-Ouest et à la Frontière Sud de la République Dominicaine avec la République d’Haïti.

l’Université de Barahona a organisé, le jeudi 10 mars 2005, conjointement avec le Consortium Environnemental Dominicain, un atelier de travail dans lequel a été présenté son Plan Stratégique pour la Promotion de l’Eco-tourisme Communautaire de la Réserve de la Biosphère Jaragua, Bahoruco et Enriquillo, région la plus pauvre de la République Dominicaine.

Cette initiative cherche à développer des projets communautaires écotouristiques dans les provinces de Barahona, Bahoruco, Independencia et Pedernales.

A rappeler qu’une première foire écotouristique binationale s’est tenue, pendant 3 semaines, en novembre et décembre 2004, dans la localité haïtienne de Fonds Parisien, proche de la frontière Malpasse avec la République Dominicaine, à une quarantaine de kilomètres avec la capitale haïtienne Port-au-Prince.

Parc National du Lac Enriquillo et àŽle à Cabris

Le Lac Enriquillo figure parmi les multiples parcs naturels du Sud profond de la République Dominicaine, aujourd’hui menacé avec sa privatisation ou destruction partielle causée par l’avance effrénée d’une industrie touristique qui accélère son implantation dans la zone.

C’est un système unique aux Antilles. Il a été déclaré Réserve de la Biosphère par les Nations Unies. Il s’agit d’une dépression à 44 mètres au-dessous du niveau de la mer.

Ce lac d’eau salée, avec ses îles intérieures, est le plus grand cours d’eau intérieure des îles des Caraïbes. Dans l’écosystème du Lac Enriquillo, il existe des espèces animales et végétales avec des caractéristiques particulières, comme le crocodile habitué à vivre dans l’eau salée. Le parc, de 412 kilomètres carrés, comprend une partie des bords extérieurs du lac et ses trois îles.

L’île à Cabris, la plus grande, avec ses 24 kilomètres carrés, se trouve au centre. L’île à Cabris se retrouve parmi l’habitat le plus important de la région, parce qu’en elle il y a des espèces uniques et parce qu’elle est le lieu de prédilection d’une grande quantité d’oiseaux migrateurs, comme le Flamand.

Le lac Enriquillo est le centre d’une zone de climat sec. La moyenne de précipitations annuelles est de 500 millimètres. Ses environs regorgent de sources d’eaux thermales et soufrées, dont quelques-unes se déversent directement dans le lac Enriquillo.

Le Lac Enriquillo est considéré comme patrimoine de l’île d’Haïti, du fait que ses coraux marins se retrouvent des deux côtés de la frontière physique.

« Les études révèlent que ce lac a pris naissance d’un canal qui, à l’origine, demeura entre la Baie de Neyba en République Dominicaine et celle de Port Prince en Haïti. La sédimentation dans les deux extrémités a fermé le pas à la mer et a conservé le lac dans le point plus profond.

La lagune Cabral ou Rincón, à l’est du lac Enriquillo, fait partie de ce processus géologique, le même que le lac Azuei ou Etang Saumâtre, à la frontière avec Haïti, dans la partie dénommée Malpaso ou Malpasse », selon une investigation conduite par le Secrétariat d’Etat à l’Environnement dominicain.

L’île à Cabris n’a ni eau potable ni rivières

Sur les côtes du lac, en plus des sources d’eau soufrée et saumâtre, il existe d’autres sources d’eau douce, certaines très froides comme dans la zone de La Descubierta. Paradoxalement, c’est dans cette partie géographique que la population vit les températures les plus hautes enregistrées de la République Dominicaine, quoique l’eau de la station thermale soit froide et potable.

« Pendant l’hiver et les débuts du printemps, une grande quantité de Flamands et d’autres oiseaux migrateurs remplissent le lac. La végétation de climat sec, qui entoure la zone, découvre une série de paysages impressionnants pour la visiteuse ou le visiteur. La température moyenne est de 28 degrés Celsius. A La Descubierta, la température maximale de 38 degrés ».

Dans le versant nord du lac, se trouve Las Caritas, un des lieux les plus impressionnants de beauté, par où il est possible de contempler presque tout le lac. C’est un promontoire rocheux dans le flanc nord de la route où il existe de nombreux types de roches (les « pétroglyphes »).

La menace contre les ressources naturelles du Sud-Ouest de la République Dominicaine est latente. Les beautés décrites précédemment pourraient être des souvenirs enfouis (dans la mémoire) si la réponse de la société organisée n’est pas élevée pour exiger une participation dans les discussions sur les projets d’infrastructure touristique qu’on prétend implanter dans la zone.

La société a besoin que ses ressources naturelles soient préservées et que le développement touristique soit soutenu, durable et puisse incorporer le facteur humain, ont fait savoir à AlterPresse des spécialistes et observateurs avisés. [jls rc apr 17/03/05 00:30]