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Haïti-Troubles : « Le peuple a raison »


dimanche 8 juillet 2018

Par une lectrice désirant garder l’anonymat

Soumis à AlterPresse le 7 juillet 2018

J’envoie ce dernier courriel, puis je m’en vais dans 45 minutes au maximum. C’est vendredi ! je compte laisser au plus tard à 4:45pm. On est le 6 juillet 2018.

J’ouvre une autre page de mon ordinateur, j’entrevois un article du Nouvelliste « Le gouvernement augmente le prix des produits pétroliers à la pompe. Sans surprise, le gouvernement a annoncé, ce vendredi 6 juillet 2018, au cours d’une conférence de presse au Ministère de l’économie et des finances (Mef), un ajustement du prix des produits pétroliers à la pompe. Une décision, qui prendra effet dès ce soir, à partir de minuit. Le prix de l’essence va subir une hausse importante de 38%. »

« Ah oui ? ! Encore une fois ! » me dis-je. « Mais le peuple n’en a pas les moyens ! Bon sang ! Ils vont tous mourir de faim à la longue… » Je repense aux chiffres clés de cette population, qui, désormais, devra se trouver du fric additionnel pour tout ce qui consomme du carburant : (Source Banque Mondiale, Avril 2018).

6 millions d’Haïtiens, sur une population totale de 10,4 millions (soit 59 %), vivent sous le seuil de la pauvreté, fixé à 2.41 dollars par jour, et plus de 2,5 millions (24 %) sous le seuil de la pauvreté extrême (1.23 dollar par jour).

Haïti est aussi l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, avec un coefficient de Gini de 0.59 en 2012.

La croissance du Pib haïtien s’est ralentie à 1.2% au cours de l’exercice 2017, contre 1.5% au cours de l’exercice 2016, en grande partie en raison des faibles performances du secteur agricole.

La dépréciation de la monnaie haïtienne par rapport au dollar continue passant d’une moyenne de 62.85 en octobre 2017 à 64.05 en février 2018.

Depuis 4:00 pm, les rues sont impraticables : pneus brulés, magasins pillés, véhicules en feu, des coups de pierres par-ci par-là, policiers brulés vif… Et ma famille, mes collègues, mes amis m’appellent… « Attends un peu au bureau, tu ne pourras pas rentrer chez toi…C’est très risqué »

Je médite sur les citations de Victor Hugo, dont l’un en particulier : « Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête. »

Pour le présent moment, je suis actuellement devant la fenêtre de mon bureau, je regarde la montagne à travers les arbres. C’est si beau, et si vert. Il fait bon. Un beau pays.

C’est ensoleillé sous mes yeux, mais dans mon cœur... C’est vilain et si noir. Il pleut des cordes. Une nation livrée à elle-même.

Il est 1:40pm, je suis encore au bureau. On est le samedi 7 juillet 2018.

Encore une nuit au bureau ? Des nuits s’il le faut.

Le peuple a raison.

 

 

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