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Haïti-Genre : Des organisations féministes choquées par une scène de déhanchement d’une adolescente récompensée par le chef de l’Etat


jeudi 21 juin 2018

P-au-P, 21 juin 2018 [AlterPresse] --- Des organisations féministes et de droits humains se disent choquées par la scène de déhanchement d’une adolescente au kiosque Occide Jeanty, au Champ de Mars, (principale place publique de la capitale, Port-au-Prince), le lundi 18 juin 2018, sous les regards de son père, du président Jovenel Moïse accompagné de son épouse.

Sabine Lamour, coordonnatrice de la Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa), dénonce une forme de sexualisation du corps féminin, à travers les gestes obscènes de l’adolescente simulant l’acte sexuel.

« Récompenser une fillette après un tel déhanchement donne (aussi) l’image de l’utilisation de son corps comme un bien matériel », condamne-t-elle, estimant que Jovenel Moïse aurait dû automatiquement stopper la danse.

Mais, le pouvoir Tèt kale (Phtk) en place a une histoire politique, très liée au dénigrement, au mépris des gens et à la trivialité, souligne-t-elle.

La fillette, qui participait à un concours de danse, dans le cadre des activités récréatives, liées à la Coupe du monde de football masculin senior (du jeudi 14junin au dimanche 15 juillet 2018, en Russie) a été récompensée d’une voiture de la part de Jovenel Moïse, sous les applaudissements des spectatrices et spectateurs, et de la femme du président, Marie Etienne Martine Joseph Moise.

« Nous sommes doublement blessées du spectacle de cette fille de 9 ans, contrainte à se mettre en scène de façon hypersexualisante, en échange d’un cadeau empoisonné, qui ne fait pas son âge », s’indignent plusieurs associations féministes et de femmes dans une déclaration transmise à AlterPresse.

« De telles pratiques légitiment l’exploitation sexuelle des mineures ainsi que les violences faites aux femmes et aux filles. Elles participent également de l’instrumentalisation de la vulnérabilité et du corps des femmes à des fins politiciennes », soulignent-elles.

« Nous ne pouvons pas considérer cet acte ignoble, commis au Champ de Mars, comme un acte isolé. Nous devons l’analyser dans les prismes d’un système, qui réduit les femmes, les filles au rang d’objets et qui pérennise ainsi, jour après jour, les rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes », critique, pour sa part, la militante féministe Pascale Solages, dans un article.

De soon coté, Rosy Auguste, assistante responsable de programme au Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), condamne le fait que des autorités encouragent une fillette à se déhancher de la sorte, alors que ces responsables devraient donner le ton.

« Il ne faut pas donner à des jeunes filles l’impression qu’elles peuvent gagner leur vie, rien qu’avec des danses lascives et obscènes », préconise-t-elle, dans un entretien accordé à AlterPresse.

Le concours de danse, au cours duquel se déhanchait la fillette, aurait été improvisé. Il n’aurait pas été organisé par le président de la république, a tenté de justifier le titulaire du Ministère de la culture et de la communication, Guyler C. Delva, dans la presse.

Des images et messages, sexistes et déshumanisants, sont couramment utilisés dans certaines chansons et dans la publicité en Haïti, en dépit des dénonciations notamment du secteur féministe.

Une série de mesures, annoncées par le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcdf), en vue de combattre ces pratiques, reste toujours sans effet. [dj emb apr 21/06/2018 09:45]