Perspectives

Haïti-Médias : Soirée d’hommage en solidarité avec le photojournaliste disparu Vladjimir Legagneur

Le dossier traîne
mercredi 2 mai 2018

P-au-P, 2 mai 2018 [AlterPresse] --- L’Association des journalistes haïtiens (Ajh) organise, ce mercredi 2 mai 2018, une soirée d’hommage en solidarité avec le photojournaliste Vladjimir Legagneur, disparu à Gran Ravin (périphérie sud-est de la capitale), depuis le 14 mars 2018.

Cette activité se tient à la veille de la célébration de la journée mondiale de la liberté de la presse, le jeudi 3 mai 2018, en vue d’exiger des autorités policières des éclaircissements sur le dossier de disparition du photojournaliste.

Il y aura, à cette soirée, des déclarations, de la musiques engagée ainsi que des déclamations de textes, entre autres, précise à la station AlterRadio le secrétaire général de l’Ajh, Jacques Desrosiers.

Nous célébrons la journée mondiale de la liberté de la presse à un moment où un journaliste haïtien est disparu dans l’exercice de son métier, déplore-t-il, soulignant, dans ce contexte, un recul de la liberté de la presse.

Tout en plaidant en faveur du combat continu pour la liberté à l’information, il propose également d’inscrire dans la Constitution des éléments pouvant garantir celle-ci.

Un ensemble d’engagements pris par l’Etat en vue de favoriser la liberté de l’information ne sont pas, jusqu’à présent, mis en application, fustige-t-il.

Pour arriver à la pleine liberté de la presse, le véritable combat est, selon lui, celui qui est mené en faveur de la loi sur l’accès à l’information, qui permettra aux journalistes de ne pas s’inquiéter, dit-il, pour leur vie dans leur quête de l’information.

Il faut un accès libre à l’information pour renforcer les acquis de la liberté de la presse, dit-il.

Une marche silencieuse de journalistes en solidarité aux parents et proches de Vladjimir Legagneur a eu lieu, le mercredi 28 mars 2018 à Port-au-Prince, en vue de dénoncer la passivité des autorités dans ce dossier.

Ce défilé a terminé sa course devant le parquet de Port-au-Prince où une plainte pour disparition a été déposée par l’épouse du photojournaliste, Fleurette Guerrier Legagneur.

Une autre plainte a été déjà déposée depuis le 16 mars à la Direction Centrale de la police judiciaire.

Au début du mois d’avril, la Police nationale d’Haïti (Pnh) a seulement confirmé avoir procédé à l’arrestation de deux personnes suspectes dans le cadre de la disparition de Legagneur.

Des ossements frais et parties de corps humains ont été récupérés, par la police scientifique, à Gran Ravin en vue de déterminer s’ils correspondent ou non à la construction corporelle du photographe-journaliste.

Les résultats de l’analyse du test d’Adn (Acide désoxyribo nucléique) de ces indices tardent encore.

Un chapeau, retrouvé le mercredi 28 mars 2018, sur un terrain situé à Sillon dans la localité de Palema à Gran Ravin, appartiendrait à Legagneur,

« Il est question qu’on ait trouvé des os, un chapeau, Vladjimir était plus que ça. Il était aussi une intelligence, une sensibilité, un mari », avait souligné un confrère de la victime, Pierre Michel Jean, membre du Kolektif 2 Dimansyon (K2D), regroupement de photographes, de journalistes, de vidéastes et de graphistes haïtiens.

Pierre Michel Jean dit rejeter les explications fournies par la police à ce sujet, qui seraient, selon lui, insuffisantes.

Diverses organisations nationales et internationales continuent de réclamer toute la lumière sur le dossier de disparition du photojournaliste.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme (Cidh) avait exigé « une enquête exhaustive » sur les faits présumés ayant donné lieu à cette disparition en Haïti.

Pour sa part, la Commission nationale Justice et Paix (Jilap) de l’église catholique romaine en Haïti a attiré l’attention des autorités sur « la situation préoccupante, en matière de sécurité et de droits humains, qui prévaut dans certains quartiers populaires, comme Grand Ravine ».

Le président Jovenel Moïse a attendu environ un mois pour se prononcer sur le dossier de Legagneur.

Alors qu’il revenait d’un voyage au Pérou, il a appelé, le 16 avril 2018, les autorités compétentes à tout mettre en œuvre pour élucider ce cas, tout en prenant les dispositions en vue de pacifier les zones chaudes.

Le nouveau ministre de la culture et de la communication, le journaliste Guyler C. Delva, président de SOS Journalistes, une organisation de défense de la liberté d’expression, a encouragé à trouver les personnes impliquées dans la disparition du photojournaliste.

Toutefois, il a estimé qu’il n’y a pas de chance de trouver le confrère en vie.

Le photojournaliste de 30 ans n’est jamais revenu à son domicile depuis qu’il s’est rendu à Grand Ravin pour réaliser un reportage sur les conditions de vie dans ce quartier.

Journaliste indépendant depuis 2017, Legagneur a précédemment travaillé pour le journal Le Matin, l’agence de presse en ligne Loop Haïti ainsi que pour d’autres médias et des organisations non gouvernementales. [emb gp apr 02/05/2018 12 : 05]