Perspectives

Haïti-Corruption : Les non-dits dans le discours de Jovenel Moïse au sommet des Amériques


lundi 16 avril 2018

P-au-P, 16 avril 2018 [AlterPresse] --- Contrairement à la perception de plusieurs citoyennes et citoyens, sur un niveau accéléré de corruption dans l’administration publique et l’absence de mécanismes institutionnels mis en place contre ce fléau, le président Jovenel Moïse a, de nouveau, préconisé une « société haïtienne libérée de la corruption », lors de sa participation au 8e sommet des Amériques, les vendredi 13 et samedi 14 avril 2018, à Lima (Pérou), selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

Tandis qu’il réitère son engagement à doter le pays d’ « une administration publiquie saine », en soulignant « la nécessité de profondes réformes », c’est son gouvernement, l’administration politique tèt kale, qui continue, comme en 2017, à puiser des ressources de l’Etat pour donner des subventions inconsidérées aux parlementaires : 1 million de gourdes à chaque sénateur (il y a 27 sénateurs en Haïti) et 500 mille gourdes à chaque député (plus d’une centaine aujourd’hui), au moment de la période pascale 2018. La malice populaire qualifie ces « subventions » de « poissons » grassement offerts aux parlementaires, sous prétexte de « prévisions budgétaires légales ».

En mai 2017, Jovenel Moïse a mis fin au mandat de 3 ans du directeur général de l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref), Sonel Jean-François, qui avait produit, en 2016, un rapport sur un ensemble de transactions financières, suspectes ou douteuses, effectuées par Jovenel Moïse, du 5 mars 2007 au 31 mai 2013, sur 14 comptes bancaires.

« Il n’y a eu aucune erreur dans le rapport de l’Ucref », soupçonnant le président élu Jovenel Moïse de blanchiment d’argent, a soutenu le directeur général de l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref), Sonel Jean-François, en conférence de presse le mercredi 18 janvier 2017.

Le rapport de l’Ucref sur Jovenel Moïse a été acheminé, pour les suites utiles, aux autorités compétentes, dont le parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince, « conformément à l’article 35 de la Loi du 11 novembre 2013, relative au blanchiment et au financement du terrorisme ». Aux partisans de Jovenel Moïse qui clament que le rapport est erroné, pour avoir supposément confondu des unités monétaires Gourde et Dollar, le directeur de l’Ucref a rétorqué que l’institution n’a fait que produire un rapport, à partir de données obtenues du système bancaire.

Parmi les actions, engagées par l’actuelle administration politique contre la corruption, Jovenel Moïse a évoqué, au sommet des Amériques, une « révision des procédures de passation de marché pour l’établissement de prix de référence », en vue de contrecarrer la surfacturation des contrats et de renforcer les capacités de la Commission nationale de marchés publics (Cnmp).

D’autres réformes toucheraient l’élimination de l’absentéisme au sein de l’administration publique, entraînant la récupération d’un nombre considérable de chèques, émis en faveur de fonctionnaires absentéistes, dixit Moïse.

Des mesures, visant à garantir l’indépendance et à accroître l’efficacité de l’appareil judiciaire, auraient été également prises, avance Moïse, qui a, pourtant, indiqué, le 14 décembre 2017, lors d’une visite en France, « avoir procédé, sous pression (du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire / Cspj), à la nomination d’une liste de juges, sur laquelle figurent au moins 50 corrompus ». Propos déplacés, rejetés par le Cspj, qui a exigé des excuses publiques de Jovenel Moïse.

Suspicions de corruption dans l’actuelle administration politique

Jovenel Moïse avait ouvertement assimilé à une forme de persécution politique le rapport de la Commission sénatoriale spéciale, chargée d’approfondir l’enquête sur la dilapidation des fonds PetroCaribe.

Aux yeux de plusieurs secteurs, Moïse tenterait de protéger certaines personnalités dans son entourage, dont son chef de cabinet, Wilson Laleau, qui seraient aussi impliquées dans cette dilapidation.

Le président est même allé jusqu’à réprimander la cheffe de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haiti (Minujusth), l’Américaine Susan D. Page, pour ses prises de position dans le dossier de corruption.

Dans une note publique, Page avait salué, le 25 février 2018, la nomination de juges pour instruire l’affaire de dilapidation des fonds PetroCaribe.

Cette attitude a été qualifiée, par le gouvernement de Jack Guy Lafontant, de « partisane et nuisible à la stabilité politique et institutionnelle », dans le contexte d’une réunion intersessionelle de la communauté économique caribéenne (Caricom) en Haïti.

Or, pas moins de 33 plaintes ont été déposées, depuis janvier 2018, contre les personnes épinglées dans les rapports PetroCaribe, respectivement conduits par les sénateurs Youri Latortue et Évalière Beauplan.

Le transfert, le 1er février 2018, du rapport PetroCaribe à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), pour être approfondi, avait paralysé le sénat pendant plus d’un mois. [emb rc apr 16/04/2018 15:00]