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Culture : L’absence de lien social, un obstacle à l’émergence de la citoyenneté en Haïti, selon Hérold Jean-François


mercredi 14 mars 2018

P-au-P, 14 mars 2018 [AlterPresse] --- Intitulé « Citoyenneté et Etat de droit en Haïti », l’ouvrage, paru en décembre 2017, d’Hérold Jean François, journaliste et directeur de la station privée Radio Ibo, a été au cœur d’un débat, réalisé, le mardi 13 mars 2018, au Centre de recherches et de formation économique et sociale pour le développement (Crefed), et auquel a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

L’absence de lien social constitue un obstacle à l’émergence de la citoyenneté en Haïti, souligne Jean-François, lors de cette activité de réflexion, qui a rassemblé des dizaines de personnes, dont des étudiantes et étudiants, professeurs à l’Université et autres.

« Haïti est une société d’apartheid, où chaque groupe vit dans un espace fermé. Le Nous social n’existe pas, Pas de vision pour la recherche de bonheur pour toutes et pour tous. Nous avons une école pour chaque groupe social », critique-t-il. .

Le journaliste constate très peu de changements significatifs en Haïti, depuis son indépendance le 1er janvier 1804.

Pour lui, la citoyenneté et l’État de droit sont des utopies dans ce pays, où il existe « une société autoritaire ».

L’État de droit n’est qu’une quête, un idéal, renchérit l’économiste Etzer Émile, s’interrogeant sur le déni de citoyenneté comme un facteur de construction sociale.

La question de la citoyenneté ne va pas sans un ensemble de repères identitaires, culturels, estime l’écrivain Lyonel Trouillot, qui commentait l’ouvrage d’Hérold Jean-François.

Jean-François accorderait trop de valeur au légalisme, à la démocratie institutionnelle.

Toutefois, son livre « très lisible », dit Trouillot, a le mérite d’aborder le thème de la citoyenneté (qui ne suscite pas assez de débats à travers le pays) et de souligner l’impossibilité d’avoir une sphère commune de citoyenneté, dans une société qui sombre et qui donne tout à un petit groupe.

Comment peut-on créer en Haïti les conditions d’intégration sociale ?, se demande le journaliste Gotson Pierre.

La réponse à cette question passe par l’engagement citoyen, qui fonderait ce que Jean-François appelle la « société civique », où les actrices et acteurs jouent leurs rôles de citoyennes et citoyens.

La tendance accrue à une forte abstention aux élections, comme au dernières compétitions de 2016 et 2017, n’est-ce pas un signe de dédengagement citoyen ? Tout comme la relative faible participation à la marche contre la corruption de décembre 2017 à Port-au-Prince.

Gotson Pierre appelle à une réflexion sur ce déficit, tout en signalant le poids de l’exclusion, qui, dans le fond, caractérise, selon lui, la société haïtienne, une des plus inégalitaires de la planète.

Il regrette que cette question n’ait pas été abordée en ces termes dans le livre d’Hérold Jean-François.

Ont participé, à la conférence-débats du mardi 13 mars 2018, entre autres, l’ancien premier ministre haïtien Rosny Smarth (27 février 1996 - 9 juillet 1997), Me. Dilia Lemaire, membre du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj), le professeurJosué Mérilien, coordonnateur de l’Union des normaliennes et normaliens d’Haïti (Unnoh) et la conseillère électorale Marie-Frantz Joachim. [la emb rc apr 14/03/2018 13:55]

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