Dépêches

Des féministes d’Haïti condamnent sans réserve les abus sexuels qui éclaboussent l’Ong Oxfam


mardi 20 février 2018

P-au-P., 20 févr. 2018 [AlterPresse] --- La Solidarité des femmes haïtiennes (Sofa) s’offusque devant les révélations de conduites répréhensibles et d’abus sexuels, impliquant des employés d’Oxfam en Haïti au lendemain du séisme de 2010.

Elle dénonce et condamne ces actes, qui vont à l’encontre des principes qu’elle a toujours défendus durant ses 30 ans d’existence.

Sofa, une organisation partenaire d’Oxfam, ne comprend pas pourquoi 8 ans se sont écoulés avant la révélation publique de ces abus.

Des prostituées avaient été engagées, par des employés d’Oxfam, pour participer à des moments de débauche, dans des logements et des hôtels, payés avec l’argent de l’Ong, selon une enquête interne, dont le rapport a été remis hier au gouvernement.

La Sofa exige que l’affaire soit introduite devant la justice haïtienne et demande à l’État de prendre ses responsabilités.

L’Organisation féministe en profite pour pointer du doigt l’orientation de l’aide humanitaire.

Pour la Sofa, le scandale Oxfam démontre combien l’aide humanitaire, suite au séisme de 2010, a été un espace de domination des étrangers sur les Haïtiens fortement éprouvés.

Elle dénonce ce qu’elle qualifie de « dérive » des Organisations non gouvernementales (Ong), qui tenteraient depuis plusieurs années de remplacer les organisations locales, sans prendre en compte les réalités, les expériences, les valeurs culturelles et les compétences locales.

Cette position rejoint celle du politologue belge Frédéric Thomas, qui a publié une tribune sur AlterPresse.

Le scandale s’inscrit dans le contexte de dénonciation des agressions sexuelles envers les femmes, mais il constitue également un révélateur de la place qu’occupe l’humanitaire aujourd’hui et de son fonctionnement. L’aide se déploie le plus souvent dans des pays, comme Haïti, marqués par la pauvreté, les inégalités et la dépendance de l’État. Loin d’y échapper, elle tend à se baser sur ces inégalités et à les reproduire, fait-il remarquer.

Thomas met, cependant, en garde également contre « le lynchage précipité et injuste d’Oxfam, instrumentalisé, dit-il, par ceux qui veulent couper les budgets « inutiles » de la coopération au développement, et qui vise, en réalité, à casser la solidarité Nord-Sud et faire taire la critique politique des inégalités. [gp apr 20/02/2018 07:00]