Perspectives

Haïti-Corruption : Le rapport Petro-Caribe ne pourra pas être enterré, estime le sociologue et professeur Ilionor Louis

Petro-Caribe, opportunité manquée pour l’enseignement supérieur
samedi 3 février 2018

Actualisé le 3 février à 14:30

P-au-P, 2 févr. 2018 [AlterPresse] --- Le sociologue Ilionor Louis encourage un approfondissement du rapport d’enquête de la Commission éthique et anti-corruption du sénat sur le programme Pétro-caribe, en vue de déterminer les responsabilités dans la dilapidation de ces fonds.

Seule une justice impartiale, indépendante et qui n’est pas sous le contrôle du pouvoir exécutif permettrait d’identifier les coupables, souligne Louis, invité à l’émission TiChèzBa, animée par le journaliste Gotson Pierre, et prévue pour être diffusée les samedi 3 et dimanche 4 février 2018 sur la station en ligne AlterRadio (samedi : 7:00 am, 3:00 pm ; dimanche : 7:00 am, 1:00 pm, 5:00 pm).

« La majorité des parlementaires représenterait les secteurs économiques dont l’honnêteté peut être mise en doute (dans cette affaire). Ces gens seraient les alliés du pouvoir et de secteurs économiques puissants », critique-t-il.

Il pointe du doigt les élites politiques et économiques dans le détournement d’environ 4 milliards de dollars du programme Petro-caribe qui pourraient servir, dit-il, à contribuer à un changement en Haïti.

Une séance au sénat sur le rapport, tenue durant plus de 13 heures (dans la nuit du 31 janvier au jeudi 1er février 2018) a été mise en continuation. La dite séance a été annoncée pour le mardi 6 février.

Mais lors d’une autre séance discrète tenue dans la soirée du jeudi 1er février 2018, des sénateurs du Parti haïtien tèt kale (Phtk) au pouvoir et leurs alliés ont résolu de transférer le rapport à la Cour des comptes et du contentieux administratif (Csc/Ca) pour être "approfondi".

Il est demandé à la Csc/ca d’effectuer une vérification, une analyse et un examen approfondis de la gestion des fonds PetroCaribe sur la période allant de septembre 2008 à septembre 2016, d’après une résolution du sénat.

Des sénateurs de l’opposition se disent choqués par cette décision prise à leur insu.

Si elles ne sont pas responsables de la dilapidation des fonds Petro-caribe, les personnes concernées devraient porter plainte pour lever le doute qui pèse sur elles, pense le sociologue, qualifiant ce détournement comme « quelque chose d’honteux ».

Le procès de Petro-Caribe se tiendra, de toute manière, un jour, espère-t-il.

Petro-Caribe, une opportunité manquée pour l’enseignement supérieur

Une partie des millions de Petro-Caribe aurait pu être investie dans le renforcement de l’enseignement supérieur public en Haïti, regrette le professeur d’université, auteur d’une récente enquête intitulée "La condition étudiante en Haïti".

Pendant les dix dernières années, l’Etat a dépensé annuellement 400 dollars américains pour chaque étudiant à l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh) alors qu’en France, cette somme est de 7 mille euros et à Cuba 7000 dollars, indique-t-il.

La plupart des étudiantes et étudiants des universités et écoles supérieures haïtiennes manquent de tout et sont loin de pouvoir satisfaire leurs besoins primaires et académiques, relève l’enquête réalisée dans 4 villes : Port-au-Prince (Ouest), Gonaïves (Artibonite, Nord), Port-de-Paix (Nord-Ouest) et Limonade (Nord).

Manque d’accès à l’alimentation, au logement, aux bibliothèques, aux transports, aux soins sanitaires et aux loisirs : ainsi s’exprime la précarité des étudiants haïtiens, à cause du sous-financement de l’Ueh. Ce qui détermine la situation de violence qui règne à l’Université, avance Louis, soulignant combien celle-ci est à la fois structurelle et conjoncturelle.

Cette crise a entraîné la paralysie des activités académiques dans plusieurs entités de l’Ueh, pendant des mois.

Le jeudi 4 janvier 2017, le Conseil de l’université (Cu) de l’Ueh avait sollicité, dans les meilleurs délais, une présence policière dans l’enceinte de la Fasch et de la Faculté d’ethnologie (Fe), suite à une réunion en session extraordinaire, le mercredi 27 décembre 2017. Une présence applaudie par certains et condamnée par d’autres.

Depuis le mois de juillet 2017, des étudiantes et étudiants se sont mobilisés pour réclamer la reprise des activités au niveau de ces entités. [emb gp apr 02/02/2018 18 : 30]

Texte : Emmanuel Marino Bruno
Photo/Video : Gotson Pierre