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Des citoyens-nes et professeurs condamnent la présence de la police dans des facultés de l’Université d’Etat d’Haïti


jeudi 1er février 2018

Déclaration d’un groupe de citoyens et citoyennes et de professeurs sur la crise de l’UEH

Document soumis à AlterPresse le 1er février 2018

A l’occasion d’une réunion de travail tenue le samedi 27 janvier dernier un groupe de citoyens et citoyennes et des Professeurs de l’UEH estiment nécessaire de s’exprimer sur les derniers développements de la grave crise qui secoue l’UEH, notamment les tentatives inacceptables de militarisation des espaces universitaires qui se sont concrétisées par la présence des agents du CIMO et du BOID respectivement à la Faculté des Sciences Humaines et à la Faculté d’ethnologie depuis le jeudi 25 janvier écoulé.

Les Institutions d’enseignement supérieur constituent un précieux patrimoine collectif en Haïti. Des luttes démocratiques ont été menées par plusieurs générations d’étudiants, de professeurs et de patriotes depuis la fameuse grève de Damien de 1929 qui a contribué à accélérer le départ des troupes d’occupation étatsuniennes en 1934.
L’UEH comme tout espace d’enseignement (article 34 de la Constitution de 1987) doit demeurer un espace autonome et inviolable. Pour accomplir valablement sa mission de production de savoirs, de développement de la pensée critique et de services à la communauté elle ne peut accepter aucune dépendance d’aucune institution.

L’UEH est sous-dimensionnée, sous-équipée, marginalisée par l’État haïtien qui ne l’intègre pas dans le cadre des réflexions stratégiques sur l’avenir de notre pays et la définition des grandes orientations d’un projet national et des politiques publiques.
La demande pour une éducation supérieure de qualité explose depuis de nombreuses années et génère une émigration massive vers la République Dominicaine, l’Amérique du Nord, l’Amérique Latine et l’Europe.

Les actes de violence, les agressions physiques, les actes d’intimidation qui se sont produits au cours des dernières années allant jusqu’à des menaces de mort ne sauraient être tolérés au sein de l’UEH. Des sanctions doivent être adoptées contre les auteurs de telles actions en se basant sur le résultat d’enquêtes minutieuses et non-partisanes. Dans certains cas l’intervention de la justice est nécessaire pour contribuer à établir la vérité des faits.

La question de la sécurité des étudiants, des professeurs, du personnel administratif, des infrastructures de l’Université (salles de cours, bibliothèques, archives, laboratoires, etc.) est une question importante qui doit être résolue à l’intérieur de l’UEH.

Nous condamnons la décision prise par les autorités universitaires d’inviter des corps spécialisés de la Police Nationale - qui par ailleurs ont une tradition répressive avérée et souvent dénoncée - à investir les locaux de la FASCH et de la Faculté d’ethnologie. Cette décision qui trahit l’esprit de la Constitution de 1987 et qui risque d’alimenter les tentations autoritaires du Pouvoir en place n’est pas susceptible de contribuer à la résolution de la crise. Cette occupation ne peut que créer de nouveaux conflits, des tensions inutiles, alimenter des actes de violence tout en polarisant davantage les protagonistes de la crise.

Nous réclamons le retrait immédiat des corps de policiers invités et nous exhortons les protagonistes à choisir le chemin du dialogue en mettant en place des mécanismes crédibles de médiation permettant d’aboutir à des compromis acceptables pour tout un chacun comme ceci s’est produit récemment au sein de l’École Normale Supérieure (ENS).

Nous devons défendre l’UEH qui doit bénéficier des conditions indispensables pour qu’elle soit capable de remplir la mission essentielle qui est la sienne au niveau de l’enseignement, de la recherche et des services à la communauté tout en s’impliquant davantage dans la conceptualisation et l’expérimentation de solutions alternatives à la crise de société que nous vivons depuis trop longtemps.

Les signataires de la présente déclaration qui ont démontré tout au cours de leur vie leur profond engagement pour la défense de la dignité de notre pays et la construction démocratique, qui ont contribué à former plusieurs générations d’intellectuels et de professionnels haïtiens et ont fait avancer de façon significative la réflexion théorique sur bon nombre de problématiques sont disponibles en vue de participer à la mise en place de solutions négociées.

Vive l’autonomie de l’UEH !

Vive un enseignement public de qualité capable de contribuer à la refondation de notre société au bénéfice des couches majoritaires.

Pour authentification :
William Smarth
Michel Hector
Ernst Mathurin

Suivent les signatures :
Bernard Éthéart
Jean Casimir
Freud Jean
Camille Chalmers
Anselme Rémy
Alix Pierre Louis
Colette Lespinasse
Marie Evelyne Larrieux
Sabine Lamour
Georges Eddy Lucien
Luc Smarth
Tony Cantave
Yves Dorestal