Perspectives

Haïti-Séisme : 8 ans après, l’Usaid dépense des millions pour compenser ses échecs dans la reconstruction


jeudi 11 janvier 2018

P-au-P, 11 janv. 2018 [AlterPresse] --- Des millions de dollars continuent d’être dépensés par l’Agence américaine pour le développement international (Usaid) en vue de compenser ses tentatives infructueuses de reconstruction en Haïti, révèle une enquête du Centre de recherche économique et politique (Cepr), consultée par l’agence en ligne AlterPresse.

Publiée ce 11 janvier 2018 et signée par Jake Johnston, cette enquête déplore le fait que l’Usaid dépense encore des millions de dollars pour corriger les erreurs précédentes, malgré qu’elle ait abandonné la construction de nouveaux logements et de ports en Haïti, après des échecs essuyés.

En 2015, deux entreprises américaines ont été empêchées de recevoir des contrats supplémentaires pour des pratiques de construction défectueuses sur le site de Caracol Ekam, rappelle-t-elle.

Des études auraient révélé que les entreprises avaient utilisé du béton de qualité inférieure et avaient surfacturé les dépenses.

Un contrat a été attribué, en octobre 2014, par l’Usaid, sans appel d’offres à Tetra Tech (l’une des plus grandes entreprises américaines) en vue de déterminer l’ampleur des problèmes rencontrés avec les maisons Caracol Ekam et superviser les réparations.

Un an plus tard, une autre entreprise américaine, DFS Construction, a obtenu un contrat pour réparer les maisons.

Ce travail serait en cours en 2018.

Ces deux contrats pour Tetra Tech et DFS totalisent plus de 20 millions de dollars, dont 4 millions ont été attribués au cours des deux derniers mois de 2017.

Les entreprises américaines privilégiées dans la reconstruction

L’enquête souligne également une réduction considérable des fonds alloués aux organisations haïtiennes en 2017 au profit d’entreprises américaines.

Cette diminution semblerait être en accord avec la politique de « l’Amérique d’abord » de la nouvelle administration du président Donald Trump.

En 2016, une seule nouvelle subvention a été lancée avec un partenaire local pour un montant total de seulement 700 mille dollars.

En 2017, plus de 3 millions de dollars ont été attribués par le biais de contrats, en majeure partie, à des entreprises haïtiennes qui évaluent d’autres projets de l’Usaid.

Sur les 20 millions de dollars accordés jusqu’ici par l’Usaid en 2018, seuls 70 mille dollars ont été versés à des entreprises haïtiennes.

Le manque d’informations sur les sous-bénéficiaires constitue un obstacle majeur à une compréhension plus complète de la façon dont les fonds de l’Usaid sont administrés en Haïti, critique l’enquête.

À qui profite l’argent de la reconstruction ?

Sur les dix premiers bénéficiaires du financement de l’Usaid depuis le séisme en Haïti, les deux plus importantes institutions sont Chemonics et Development alternatives incorporated (Dai).

Elles reçoivent depuis 2016 plus de 40% de tous les financements contractuels de l’Usaid.

La part la plus importante des projets concerne le volet Health & Disabilities (1,18 milliard de dollars), suivie par Gouvernance et État de droit (470 millions de dollars), Sécurité alimentaire (339 millions de dollars) et Shelter (196 millions de dollars).

Au niveau du pilier Infrastructure et énergie, « avec un financement de l’Usaid de 482 mille dollars, les institutions de financement partenaires ont engagé plus de 10 millions de dollars pour des prêts, avec 3,1 millions déjà décaissés pour 451 prêts », a rapporté le Département d’Etat en août 2017, selon l’étude.

Plus de 4 millions de dollars ont été aussi investis pour des études de faisabilité pour un nouveau port à Fort Liberté (département du Nord-Est), à proximité du projet phare de développement de la reconstruction, le parc industriel de Caracol, indique-t-elle.

Ce projet de création de ce port initialement prévu par les États-Unis a été abandonné parce que le « Government Accountability Office » a jugé que l’Usaid manquait d’expertise dans ce domaine, poursuit-elle.

L’Usaid aurait sous-estimé le temps qu’il faudrait pour construire un nouveau port et surestimé l’intérêt du secteur privé pour le projet.

Le port était l’une des nombreuses subventions utilisées pour attirer une entreprise de l’industrie de la confection sud-coréenne au Parc.

Au cours des dernières années, les États-Unis auraient changé de cap pour soutenir la réhabilitation du port de Cap-Haïtien, également dans le Nord, révèle l’enquête. [emb gp apr 11/01/2018 14 :00]

Ref : http://cepr.net/blogs/haiti-relief-and-reconstruction-watch/where-does-the-money-go-eight-years-of-usaid-funding-in-haiti

A lire sur le sujet :

Haïti-Industrie : La zone franche de Caracol met en péril le patrimoine naturel et culturel du Nord-Est

Haiti : Les risques qui entourent l’établissement du Parc Industriel de la Région du Nord à Caracol

Haïti : Pourquoi un parc industriel à Caracol ?