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2018 : Appel aux jeunes d’Haïti à l’occasion du nouvel an

Les vœux de NAPSA aux jeunes en Haïti : une action concertée
dimanche 31 décembre 2017

Déclaration de l’organisation N ap Sove Ayiti (NAPSA)

Document soumis à AlterPresse le 30 décembre 2017

L’année 2017 aura été marquée par la ruée d’un grand nombre de jeunes vers le Chili. Les traversées vers la République dominicaine, même si elles n’ont pas été le sujet brûlant de la presse, se sont maintenues comme à l’accoutumée. L’année prochaine, de ce point de vue, ne sera pas différente, car il serait fou de penser que les conditions de vie en Haïti changeront à un point tel qu’elles décourageront la visée vers l’Amérique du sud et les Caraïbes. Cependant, l’arrivée de Piñera au pouvoir, dans sa vision restrictive de la migration, peut réduire considérablement les opportunités pour nos ressortissants. La menace de Trump de refouler environ 60,000 haïtiens en juillet 2019 invite le pays en général et les jeunes en particulier à s’attendre au pire (nous ne disons pas à se préparer puisque les moyens font défaut), compte tenu du rôle salvateur des transferts de fonds pour bon nombre de nos compatriotes.

De ceux qui restent au pays dont beaucoup parce que privés des frais de transport, certains se livrent au travail sexuel. Sur la route de Delmas et dans bien d’autres localités des jeunes filles de 20 ans et de moins de 20 ans, perdant tout horizon et toute espérance d’une vie meilleure, font le trottoir pour leur survie. Elles ont été souventes fois tabassées, laissées impayées et violées dans leur quête de pain quotidien. Cette situation, bien que camouflée, n’en demeure pas moins humiliante pour de nombreux jeunes universitaires ou étudiants qui se sont vus obligés de pratiquer la « prostitution déguisée » pour un poste. Dans cette situation déshumanisante, légion sont les scandales, les histoires de jeunes filles et de jeunes garçons travaillant dans un climat éreintant, exténuant même, dans leur résistance aux avances et menaces des patrons. Tout aussi nombreuses sont les histoires d’autres jeunes moins chanceux qui se sont vus tout bonnement congédiés pour avoir refusé de négocier leur dignité. Il est très difficile de vouloir se comporter en moraliste pour blâmer ces jeunes qui font le trottoir ou qui se voient obligés de se livrer à leur chef. Saint Thomas d’Aquin écrit « il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu ». Et le Saint jésuite chilien Alberto Hurtado de renchérir : « dans certaines conditions il est impossible de pratiquer la vertu ».

Tout ce mal de la jeunesse haïtienne résulte du modèle de société que les élites et les leaders des générations passées et présente ont construit (le Directoire de NAPSA n’impute pas ces générations dans leur ensemble, car il entend que le devenir des sociétés est le fruit de ceux et de celles chargés de les orienter et de prendre les décisions). La société jusque-là construite en Haïti a été fondée sur la conviction (pas une pensée, pas une vision, pas non plus une idéologie) que le développement d’Haïti n’est pas possible. Ce développement fondé sur la création de la richesse, une ouverture réelle au monde extérieur, la réduction des inégalités et de la pauvreté, la cohésion sociale, l’émergence d’une classe moyenne et l’élargissement et le renforcement de la bourgeoisie et de la catégorie des investisseurs nationaux et internationaux. Bref, un pays qui ne sera pas un Haïti Thomas ou « la » perle des Antilles idyllique mais un espace vivable qui n’aurait rien à envier aux îles voisines et dont les enfants (nés, naturalisés et adoptés) pourraient s’enorgueillir. Cependant, NAPSA ne signifie pas par ces propos qu’il n’existe pas d’Haïtiens des générations passées et présente qui ont travaillé, et parfois même dans le plus grand silence bien loin des caméras, pour le bien du pays et jusqu’à même donner leur vie. Nos propos se trouvent placés dans un contexte systémique à savoir qu’il n’a jusqu’à date surgi une « volonté d’équipe » traduite dans un « projet-action concerté » de grande envergure pour le sauvetage national. En un mot, la volonté de créer un système pouvant remplacer celui-ci qui a prévalu le long de notre histoire, qui est rétrograde, qui désespère et qui fourvoie les jeunes.

Une preuve éclatante de cette conviction des leaders des générations passées et présente que le développement d’Haïti n’est pas possible est le dossier de corruption dans la gestion des fonds de Petro Caribe. Difficile de croire aux enquêteurs, car ils défendent par-dessus tout, suivant la tradition et la malice politique, leurs intérêts personnels (principalement celui de pérenniser au pouvoir, dans la plupart des cas, pour profiter des largesses de la corruption) et celui de leur clan politique (nous ne disons pas parti ni groupe). Encore plus difficile de croire aux accusés qui, de façon générale, sont prêts à tout pour se laver, s’il est possible de se laver, car l’eau du bain qui est la justice semble être celle la plus boueuse. Si l’idée du régionalisme veut que la tendance dans une zone géographique influence tous les pays s’y trouvant, Haïti fait exception à cette règle.

En effet, si bien ancrée dans ses pratiques, le pays a, cependant, su se soustraire à la tendance de la lutte réelle contre la corruption en Amérique latine provoquée par le scandale d’Odebrecht. Ses édifices si bien construits n’ont incroyablement pas senti la moindre secousse de ce séisme ravageur d’Odebrecht ayant provoqué la chute et/ou la réclusion de dirigeants politiques dont Lula, le leader adoré de la masse brésilienne, et, plus près de nous en République dominicaine, du ministre du commerce et ancien ministre de l’économie, Temistocles Montas, membre du parti au pouvoir. Incroyable mais vrai, ces mêmes édifices haïtiens, plus forts et mieux construits, semble-t-il, que ceux du Mexique ou Chili (qui, néanmoins, ont considérablement amoindri les dégâts des séismes de cette année), n’ont pas résisté au tremblement de terre de 2010 ni même aux rafales de l’ouragan Matthew.

Il est important de rappeler que les politiciens ne sont pas une race à part. Ils sont fils et filles de mères et de pères haïtiens qui ont vécu soit toute ou une grande partie de leur vie en Haïti. Ceci dit, la corruption dans l’arène politique ne fait que mettre au grand jour la corruption généralisée qui gangrène le pays au quotidien dans tous les secteurs et à tous les niveaux de la vie nationale.

S’il est vrai que les humains n’induisent toujours pas ou encore moins ne choisissent pas les conjonctures et les structures dans lesquels ils évoluent, ils ont toutefois la responsabilité de changer positivement cette réalité suivant ce principe de « perfectibilité humaine » que NAPSA en a fait sien. NAPSA, formée de jeunes, invite ses congénères à penser et surtout à agir différemment des générations passées et à agir en groupe, tout en apprenant de ces ainés qui, pris individuellement, peuvent nous servir de boussole. NAPSA a pour objectifs la consolidation démocratique, le développement économique et la cohésion sociale et culturelle d’Haïti. Ces objectifs ne sauraient être ceux d’une Organisation à elle seule sinon ceux de toute une société, du moins de toute une génération. Dans ce combat pour une nouvelle Haïti, l’Eglise catholique, compte tenu de son rôle historique dans le devenir du pays, de son prestige et de son influence, doit jouer plus grandement sa partition. En 2018, on espère de la part de la Conférence épiscopale un accompagnement plus proche du peuple se traduisant par des positions beaucoup plus fermes pour le bien commun, contre la violence et pour l’amélioration des conditions de vie.

Le mal d’Haïti n’est pas dû aux Français, ni aux Américains, ni non plus aux Dominicains. Le mal d’Haïti est avant tout imputable aux Haïtiens et il revient à nous autres Haïtiens, et spécialement aux jeunes de lutter pour le développement du pays et de donner le courage d’espérer aux plus jeunes et aux enfants.

En l’année 2018, NAPSA invite chaque jeune à s’engager davantage, à prendre part dans des associations pour penser le mal d’Haïti et y travailler suivant nos moyens. Planter un arbre, participer à des cliniques mobiles, organiser des ateliers sur l’autonomisation des jeunes femmes, aider les jeunes à développer et renforcer leur capacité entrepreneuriale sont entre autres des initiatives pour contribuer à ce que 2018 soit meilleure que 2017, car toutes ces actions ont la vertu de réduire, si minime soit-il, la désespérance et la perte de confiance en soi qui sont, peut-être, le poids le plus lourd à porter pour un humain.

NAPSA profite de l’occasion pour féliciter d’autres groupes de jeunes qui, tout comme elle, ont réalisé en 2017 une série d’activités au profit de la jeunesse.

Chers jeunes et congénères, bonne année 2018 !

Le Directoire de NAPSA