Perspectives

Haïti-Bilan 2017 : Le secteur culturel, entre rayonnement et deuil


samedi 30 décembre 2017

Par Betty Désir

P-au-P, 30 déc. 2017 [AlterPresse] --- Que ce soit dans le domaine de la littérature, du
cinéma, de la danse, la peinture et la sculpture, la culture haïtienne, fortement éprouvée par des décès, s’est pourtant distinguée, tant à l’échelle nationale qu’internationale, durant l’année 2017, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Le secteur culturel se porte bien en Haïti, la créativité continue, rien n’empêche les artistes de créer, estime la Directrice générale de la Bibliothèque nationale d’Haïti (Bne), Emmelie Prophète.

Les artistes haïtiens s’inspirent de ce qui se passe dans le pays. Le livre qui est sorti du lot, cette année, est celui de l’écrivain Louis Philippe Dalembert, titré « Avant que les ombres s’effacent », dit-elle.

Le directeur du Bureau national d’Ethnologie (Bne), Erol Josué, se réjouit de la participation d’Haïti, du 17 au 27 aout 2017, à la XIIIe édition du Festival des arts des Caraïbes (Carifesta) qui a été, selon lui, « très marquante ».

Une image positive d’Haïti a été projetée à l’international notamment dans les Caraïbes.

Le secteur culturel a été également marqué par l’engouement pour la production musicale, la qualité et l’émergence de nouveaux groupes musicaux, souligne l’animateur de l’émission culturelle Chokarella, Carel Pèdre.

Les distinctions dans le secteur culturel

Les artistes distingués et récompensés à l’échelle nationale et internationale pour leurs œuvres ont été très nombreux pour l’année 2017.

Le dimanche 24 décembre 2017, lors de la 7e édition d’hommage aux Mapous, Mimose Beaubrun, dit Manzè , Theodore Junior Beaubrun, dit Lòlò, de Boukman Ekperyans , Richard et Lunise Morse, du groupe Ram, ont été sacrés, par Encre d’Or et la Radio télévision caraïbe (Rtvc), Mapous de la culture haïtienne.

Cette distinction constitue un devoir de mémoire et un signe de respect, exprime Josué.

En juin 2017, l’Académie française a décerné le Grand prix de poésie 2017 au poète et romancier haïtien Anthony Phelps pour l’ensemble de son œuvre poétique.

L’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert a été désigné, en mai 2017, lauréat du Prix du Livre France Bleu - Page des Libraires, pour son livre « Avant que les ombres s’effacent ».

La jeune actrice-réalisatrice Gessica Généus a reçu, dimanche 10 décembre 2017, le prix du meilleur documentaire de création pour son film Douvan jou ka leve, catégorie moyen-métrage,, dans le cadre du Festival du film documentaire de Saint-Louis au Sénégal (Afrique).

En avril 2017, le cinéaste haïtien Raoul Peck a remporté le prix du meilleur documentaire à Los Angeles pour son documentaire intitulé « je ne suis pas votre nègre », lors de la 42e édition de Los Angeles Film Critics Association Awards (Lafca), dans la section « Best documentary/ non-fiction ».

Deuil dans le secteur culturel

En dépit de son rayonnement, le secteur culturel a été fortement endeuillé au cours de l’année, avec la disparition de plusieurs artistes et musiciens.

La danseuse et enseignante Vivianne Gauthier, légende de la danse traditionnelle en Haïti, est morte, le jeudi 1er juin 2017, à Port-au-Prince, à l’âge de 99 ans (elle naquit le 17 mars 1918.

Le linguiste, poète et académicien Claude Clément Pierre est décédé, à l’âge de 76 ans, le samedi 24 juin 2017, à Ottawa, au Canada, des suites d’une maladie rare.

L’écrivain Jean-Claude Fignolé est décédé dans la matinée du mardi 11 juillet 2017, à l’âge de 76 ans.

Le vendredi 17 novembre 2017, Haïti a perdu un « immense musicien », le chanteur, guitariste, compositeur et arrangeur, Henriot Valcourt (plus connu sous le nom de Boulo Valcourt), à l’âge de 71 à New-York (États-Unis d’Amérique).

Le chanteur, auteur, guitariste et compositeur Emmanuel (Manno) Charlemagne est également décédé tôt le dimanche 10 décembre à Miami à l’âge de 69 ans des suites d’un cancer du poumon.

Le « Prix Joseph Emmanuel Charlemagne pour la promotion de la démocratie et des droits humains par la chanson engagée » sera institué en Haïti, à partir de l’année 2018.

Les blocages

Les problèmes dans le secteur touchent aux infrastructures qui sont restées les mêmes, il y a un manque d’espaces pour les performances, rapporte Emmelie Prophète, souhaitant qu’il y ait un plus grand accès à la culture.

Si on fait un diagnostic en profondeur du secteur, on se rendra compte qu’il est malade. Jusqu’à date, aucun effort n’a été fait pour résoudre le problème des droits d’auteurs, aucune salle de spectacle n’a été créée et aucun musicien local ne brille sur l’échiquier international, déplore Pèdre.

Les médias n’ont pas su prendre leurs responsabilités par rapport au contrôle de la diffusion des contenus audio et vidéo et n’ont pas non plus joué leur rôle pour faciliter davantage l’émergence de nouveaux talents, critique-t-il.

Pèdre souhaite un secteur culturel « fort et organisé » pouvant constituer une force de pression sur l’Etat pour que de nouvelles lois soient votées et respectées.

« Il faudrait mettre sur pied une association des acteurs et opérateurs culturels ».

L’animateur appelle à définir des stratégies pour l’émergence de nouveaux talents, et la création d’autres écoles de musique, entre autres.

Le secteur culturel haïtien a d’énormes potentialités, il a besoin d’être régulé pour mieux faire face aux divers problèmes confrontés, encourage Josué, déplorant un manque de productions musicales à tendance « Rasin ». [bd emb gp apr 29/12/2017 12 :45]