Perspectives

Bilan 2017 : Un système judiciaire moribond en Haïti ?


mercredi 3 janvier 2018

P-au-P 03 janv. 2018 [AlterPresse] --- Le système judiciaire, fréquemment paralysé par un ensemble de mouvements revendicatifs, au cours de l’année 2017, demeure toujours en mauvaise santé.

Les juges disent encore attendre la prise en compte de leurs revendications pour un meilleur fonctionnement de l’appareil judiciaire.

Les problèmes judiciaires sont toujours les mêmes, en dépit du fait que nous continuons à travailler au tribunal, afin de rendre justice aux prisonniers innocents et sanctionner les coupables, indique à AlterPresse le juge d’instruction au tribunal civil de première instance de Port-au-Prince, Jean Wilner Morin.

« À cause des contrariétés, il y a beaucoup de dossiers en attente maintenant. Avant, on faisait beaucoup plus d’efforts et de travaux », confie-t-il.

La justice en Haïti est mise aux enchères. Celui ou celle, qui a le plus de moyens économiques et de pouvoir a un meilleur accès à la justice, déplore-t-il.

« L’avocat qui a plus de pouvoir, c’est lui qui aura droit à un juge dans l’heure. Nous avons un système dépendant (restavèk) du pouvoir exécutif, qui lui inflige de mauvais traitements », relève l’avocat Evelt Fanfan.

L’année 2017 a été très mouvementée en ce qui concerne le système judiciaire. Les greffiers et les magistrats ont observé plusieurs journées de grève qui ont causé une grande paralysie dans les tribunaux et cours, durant les mois de juillet, septembre et d’octobre 2017.

Ils réclamaient le paiement d’arriérés de salaires, de cartes d’assurance, un ajustement des salaires et de meilleures conditions de travail.

En plus de l’amélioration des traitements, les greffiers recommandaient des sessions de formation continue, dans la perspective de mieux peaufiner leurs connaissances et d’être à la hauteur de leurs responsabilités, ainsi que l’adoption d’un statut, réglementant le métier de greffier en Haïti.

Pour sa part, le juge Durin Duret Junior, de l’Association nationale des magistrats haïtiens (Anamah), fustige l’attitude du président Jovenel Moïse, qui a affirmé, lors de sa tournée européenne, le mardi 12 décembre 2017, avoir été contraint de nommer 50 juges soupçonnées de corruption.

« Quand vous êtes un président, personne ne droit vous forcer à faire quoi que ce soit d’anormal. S’il y a un indice de corruption, le président a une obligation de convoquer le Cspj à l’extraordinaire pour lui faire part de son inquiétude là-dessus », argue-t-il.

Il appelle Jovenel Moïse à s’assumer comme président de la république.

En 2017, il y a eu une insatisfaction totale des juges par rapport à l’évolution négative du système judiciaire, a-t-il constaté. [nc emb gp apr 03/01/2018 10:35]