Perspectives

Bilan 2017 : Les conditions socio-économiques ont empiré au cours de l’année en Haïti


jeudi 28 décembre 2017

P-au-P., 28 déc. 2017 [AlterPresse] --- Les conditions socio-économiques de la population haïtienne se sont dégradées au cours de l’année 2017. Cette dégradation est principalement due à la dépréciation de la gourde, à la montée des prix des produits pétroliers et au vote de la loi (contestée) de finances 2017-2018, constatent plusieurs organisations sociales, dans des interviews à l’agence en ligne AlterPresse.

Ce sont les transferts d’argent de l’étranger, qui ont aidé la population à « souffler », durant l’année 2017, avance Rosny Desroches, directeur exécutif de l’Initiative de la société civile (Isc), relevant une situation économique très préoccupante et difficile pour les Haïtiennes et Haïtiens

Les transferts de la diaspora haïtienne représentaient 31% du Produit intérieur brut (Pib) d’Haïti, avec 2,4 milliards de dollars américains d’envois de fonds (Ndlr : US$ 1.00 = 65.00 gourdes ; 1 euro = 81.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 1.60 gourde aujourd’hui), indique l’Isc, faisant référence à des statistiques rendues publiques par la Banque mondiale (Bm).

L’Isc préconise la réalisation des états généraux de la nation, en vue d’une entente nationale, capable de sortir le pays dans ce bourbier.

Pour sa part, l’économiste Eddy Labossière peint un tableau très sombre de la situation économique du pays, en rapport aux indicateurs macroéconomiques.

La croissance économique du pays, estimée à 1.1 % en 2017, est très molle, alors que les investissements augmentent à moins de 1 %. Les exportations haïtiennes baissent à moins de 5%, pendant que les importations augmentent, .

Le taux d’inflation est presque de 15 %. Ce qui veut dire que les gens perdent 15 % de leur pouvoir d’achat, poursuit Labossière, rappelant combien le déficit budgétaire d’Haïti est de trois (3) milliards de gourdes.

Le fait qu’on commence à faire des audits, sur les dépenses des fonds de l’État, constitue un bon point, estime l’économiste Labossière.

Il propose d’entrer le pays dans une transition économique, qui comprendra quatre (4) branches : une transition fiscale, budgétaire, une transition de politique monétaire et une transition du marché financier haïtien.

À partir du 15 mai 2017, malgré une tendance à la baisse, depuis plusieurs mois, des cours du pétrole sur le marché international, le gouvernement haïtien a décidé de relever les prix des produits pétroliers sur le marché national, faisant passer le gallon de l’essence (gasoline) de 189.00 gourdes à 224.00 gourdes (soit une hause de 18 ;52%), le gallon du gasoil (diesel) de 149.00 gourdes à 179.00 gourdes (soit une hausse de 20.13%) et le gallon du Kérosène (gaz blanc, très utilisé par la plupart des ménages en Haïti) de 148.00 gourdes à 173.00 gourdes (soit une hausse de 16.89%).

Pendant toute l’année, la gourde n’a pas été stable par rapport au dollar américain, passant de 67.61 gourdes en janvier 2017 à 64.40 gourdes pour un dollar américain, à la fin du mois de décembre 2017.

Par ailleurs, les députés et sénateurs ont donné, respectivement les 9 août et 6 septembre 2017, un vote favorable au budget (contesté) de l’exercice fiscal 2017-2018, à hauteur de 144 milliards de gourdes.

Plusieurs secteurs du pays ont élevé la voix pour dire non à ce budget qu’ils qualifient de « criminel, d’anti-peuple ».

Les manifestations se sont multipliées à travers plusieurs villes du pays, notamment à Port-au-Prince.

Le budget 2017-2018 ne tient pas compte des problèmes, auxquels fait face la population haïtienne, selon Guy Numa, membre de la coordination du Mouvement démocratique populaire (Modep).

L’année 2017 a été difficile à cause de la misère et du chômage, qui rongent le pays. Le gouvernement haïtien n’a rien fait de concret pour améliorer les conditions de vie de la population, critique le Modep..

La dégradation de la situation économique, entraînant la réduction du pouvoir d’achat, pousse une bonne partie de la population haïtienne à laisser le pays, pour se rendre au Brésil et au Chili, etc., souligne Antonal Mortimé, co-directeur du Collectif Défenseurs plus.

Les citoyennes et citoyens paient les taxes sans bénéficier de services en retour. C’est une répression fiscale, dénonce le Collectif Défenseurs Plus, invitant les citoyennes et citoyens à protester.

L’année 2018 s’annonce très sombre sur le plan économique pour le pays, augure le Collectif Défenseurs Plus.

L’année 2017 est extrêmement décevante pour les masses populaires haïtiennes, surtout au niveau économique, avance, de son côté, Camille Chalmers, directeur exécutif de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda).

L’année 2017 confirme la panne de croissance de l’économie haïtienne, avec un taux de croissance estimé entre 1.2 et 1.3% du Produit intérieur brut (Pib). Ce qui est nettement insuffisant par rapport à la croissance démographique, note la Papda.

L’année 2017 a été caractérisée par une certaine anémie de la vie économique, notamment au niveau des investissements. Il y a eu une chute significative des investissements publics, due à l’assèchement de la manne PetroCaribe, ajoute la Papda. [la emb rc apr 28/12/2017 16:15]