Perspectives

Bilan 2017 : La corruption, un poids lourd pour Haïti


jeudi 28 décembre 2017

P-au-P, 28 déc. 2017 [AlterPresse] --- La corruption et l’impunité ont été parmi les principaux handicaps au fonctionnement de la justice en Haïti, au cours de l’année 2017, observe l’agence en ligne AlterPresse.

« Nous avons vécu une crise liée à la corruption en 2017, notamment avec le fameux rapport d’enquête de la Commission sénatoriale sur la gestion des fonds PetroCaribe », relève l’économiste Camille Chalmers, directeur exécutif de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda).

Ce rapport n’a, jusqu’à présent, pas été l’objet de discussions approfondies au sénat de la république, critique la Papda.

Les déclarations du président de la république, Jovenel Moïse, et de ses conseillers montrent qu’il y a une volonté d’empêcher que lumière soit faite sur les processus de prévarication, de détournements et de mauvaise utilisation des fonds PetroCaribe.

Ces actes de corruption pèsent déjà très lourdement sur le budget national à hauteur de 9%, regrette la Papda, soulignant combien c’est une injustice majeure de faire payer cette dette à la population.

Plus d’une quinzaine de personnalités - dont deux anciens premiers ministres, Jean Max Bellerive (novembre 2009 - mai 2011) et Laurent Salvador Lamothe (mai 2012 - décembre 2014) - ainsi que d’anciens ministres, d’anciens directeurs généraux et des responsables de firmes de constructions, impliquées dans des appels d’offres suspects, sont épinglées dans le rapport sur la gestion des fonds Petrocaribe.

L’absence des sénateurs a empêché la tenue d’une séance, prévue le jeudi 30 novembre 2017, autour du rapport.

Des discussions, entamées sur ce dossier, au sénat, le mardi 14 novembre 2017, ont été également discontinuées.

« La corruption constitue un fléau, une gangrène qui s’étale comme un système de fonctionnement en Haïti », fulmine Jean Robert Argant, coordonnateur du Collectif du 4 décembre 2013.

Se disant conscient de la gravité de la situation, le Collectif du 4 décembre 2013 suggère une intensification de la lutte contre ce fléau pour 2018.

Même s’il n’y a pas moyen d’éliminer définitivement la corruption, la lutte devra prendre, l’année prochaine, la forme d’un grand mouvement de mobilisation dans les rues, souhaite le Collectif du 4 décembre 2013.

Ce combat doit aussi commencer avec l’éducation des enfants et des jeunes.

Les ouvertures de développement deviennent très minces, à cause de la corruption, l’un des principaux handicaps à l’avancement du pays.

Toutefois, le Collectif du 4 décembre 2013 exprime sa satisfaction vis-à-vis des avancées considérables, faites en 2017, dans le combat contre ce qu’il considère comme « les nouvelles formes de chaines d’esclavage dans les pieds des Haïtiennes et Haïtiens ».

De nombreux mouvements de protestations, notamment contre la corruption, ont eu lieu au cours de l’année 2017 en Haïti.

Le mardi 5 décembre 2017, des milliers de personnes ont marché dans les rues de Port-au-Prince, contre la corruption et l’impunité en Haïti, à l’initiative du Collectif du 4 décembre 2013 et de plusieurs organisations de la société civile.

Même s’il y a eu un pic dans la lutte contre la corruption, en Haïti, pour l’année 2017, il reste encore beaucoup à faire, estime la directrice de la Commission épiscopale (catholique romaine) Justice et paix (Ce/Jilap), Jocelyne Colas Noël.

Le combat doit continuer, en 2018, avec plus d’enthousiasme, en vue faire de respecter les droits des citoyennes et citoyens, souhaite Jilap.

De multiples mobilisations d’organisations de la société civile ont eu lieu, durant l’année 2017, contre la corruption et l’impunité en Haïti, alors que, du côté de l’exécutif, il n’y a eu que des discours, sans actions concrètes ni résultats.

Le président de la république, lui-même, a clamé être le seul à combattre la corruption dans le pays.

« Les résultats doivent provenir des institutions de l’Etat, telles que l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc), l’Unité centrale de renseignement financiers (Ucref), la Cour supérieure des comptes et contentieux administratifs (Csc/ca), ayant un rôle à jouer dans le combat contre la corruption », suggère Jilap.

Or, la plupart de ces institutions, qui sont sous l’emprise de l’Exécutif, ne peuvent pas travailler en toute indépendance, pour pouvoir donner des résultats, déplore-t-elle.

Elle appelle les dirigeants politiques à changer leurs fusils d’épaule et à prendre toutes les mesures concrètes pour lutter contre le fléau.

De nombreuses manœuvres seraient en cours pour empêcher que la lumière soit faite sur certaines affaires, notamment le gaspillage des fonds PetroCaribe, fait savoir Jilap.

C’est à la société civile de prendre le leadership de la lutte contre la corruption en Haïti, recommande, pour sa part, la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (Pohdh), appelant à sensibiliser la population sur les conséquences de ce fléau.

« Si les gens savaient que l’état, dans lequel se trouve l’hôpital général aujourd’hui, est dû à la corruption, ils auraient été plus enclins à se mettre debout contre elle », pense le coordonnateur de la Pohdh, Joseph Maxime Rony.

La Pohdh signale un certain affaiblissement des institutions, placées pour réprimer ce mal.

Elle encourage à combattre l’impunité, qui est l’une des causes premières de la pérennisation de la corruption en Haïti, où de nombreuses personnes prennent plaisir à affaiblir et fragiliser les institutions.

« Qui sera disposé à mener un combat ferme contre la corruption, dans un pays où des gens - comme Joseph François Robert Marcelo, 65 ans, président de la Commission nationale de passation des marchés publics -, disparaissent sans qu’on ne retrouve leurs corps (…) ? », se demande la Pohdh.

Des gens meurent assassinés, dans des conditions douteuses dans le pays, et leurs cas sont laissés sans suite.

« Nous avons élu un président, qui a contre lui des soupçons de corruption et qui est même inculpé dans une affaire de blanchiment. Et l’une de ses premières actions, une fois élu, a été de faire voter une loi sur la diffamation, qui n’est, en fait, « qu’une stratégie pour empêcher la circulation de l’information », condamne la Pohdh. [rl emb rc apr 28/12/2017 15:20]