Perspectives

Bilan 2017 : L’impuissance des autorités face à l’insécurité en Haïti persisterait-elle en 2018 ?


jeudi 28 décembre 2017

Par Emmanuel Marino Bruno

P-au-P, 28 déc. 2017 [AlterPresse] --- Les autorités de l’Etat ont été incapables de freiner l’insécurité à travers le pays, notamment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, au cours de l’année 2017.

Il n’existe aucune volonté politique réelle pour combattre l’insécurité en Haïti, critique le coordonnateur de la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (Pohdh), Joseph Maxime Rony, contacté par l’agence en ligne AlterPresse.

Par ses agissements, le palais national contribue à affaiblir la Police nationale d’Haïti (Pnh) et à créer un climat d’insécurité, révèle la Pohdh.

La directrice nationale de la Commission épiscopale (catholique romaine) Justice et paix (Ce/Jilap), Jocelyne Colas Noël, dit observer une augmentation dans les violences pour les mois d’octobre, de novembre et de décembre 2017, à Port-au-Prince.

En ce sens, elle exhorte les autorités à prendre des mesures efficaces, pour améliorer la situation, parce qu’il y a des personnes qui continuent encore d’être assassinées et de subir des viols.

Pour sa part, le coordonnateur du Collectif du 4 décembre 2013, Jean Robert Argant, estime qu’il y a effectivement une certaine insécurité dans le pays, mais pas aussi forte qu’auparavant.

Tout en applaudissant des dispositions prises pour réguler, en cette année 2017, le phénomène, il dénonce le banditisme, notamment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Depuis quelque temps, les agents de l’institution policière sont devenus la cible d’attaques fréquentes de bandits armés.

6 policiers ont été tués, en octobre 2017, en moins d’un mois.

Durant l’année 2017, plus de 418 personnes sont mortes, dont 330 par balles, parmi elles 15 agents de la Pnh, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, souligne un bilan de la Commission épiscopale justice et paix (Ce-Jilap).

Plusieurs civils innocents à Gran Ravin dans le quartier de Martissant (sud de la capitale, Port-au-Prince) et à Lilavois (une agglomération de Bon Repos, au nord de la capitale Port-au-Prince) n’ont pas été épargnés des actes meurtriers de policiers frustrés.

Diverses organisations de droits humains n’ont eu cesse d’élever la voix contre la recrudescence de l’insécurité en Haïti et ces actes de violation des droits de la personne humaine, commis par des policiers.

Exécutions sommaires ou bavures de la Pnh

Le lundi 13 novembre 2017, une intervention anti-gangs de la Pnh à Gran Ravin, quartier de Martissant (secteur sud), qui serait sous le contrôle de bandits armés, depuis plusieurs années, avait fait plusieurs morts, dont deux policiers nationaux.

Une trentaine d’arrestations auraient été effectuées par la Pnh.

Les agents de l’ordre ont tué le gardien, un professeur de l’école et arrêté le directeur du Collège évangélique Maranatha, l’ingénieur Armand Louis, après l’avoir brutalisé, avait dénoncé la mission protestante Union évangélique baptiste d’Haïti (Uebh), dans une note.

La mission protestante Uebh a fermement condamné le comportement des policiers nationaux envers l’ingénieur Louis, qui a été libéré après plusieurs jours de détention.

Dans un rapport d’enquête, en date du 29 novembre 2017, sur cet événement meurtrier, le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) parle d’exécutions sommaires.

« Au moins 5 des 11 personnes tuées ont reçu des balles à la tête, au cou et à la poitrine. Un enseignant, du nom de David Jean-Baptiste, a été frappé à coups de crosse d’armes à feu, par les policiers. Puis, il a été exécuté de plusieurs balles, dont l’une à la tête ».

Puisqu’aucune arme n’a été récupérée par la police, le Rnddh avait conclu que les personnes tuées n’étaient pas des combattants.

L’opération, menée à Gran Ravin, faisait partie d’une série d’actions, planifiées par la Pnh à l’approche des fêtes de fin d’année 2017.

Tout en reconnaissant des manquements et des bavures dans l’opération policière du 13 novembre 2017, l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti (IgPnh) a recommandé à la justice et à la Direction centrale de la Police judiciaire (Dcpj) de révoquer les policiers, dont leur culpabilité est avérée dans les crimes, perpétrés lors de l’opération à Gran Ravin.

De plus, elle a encouragé également les autorités à rechercher, aux fins de capture, les civils armés opérant dans cette zone.

Aucune information de révocation et d’arrestations de bandits n’a été, jusqu’à date, communiquée, par l’institution policière, à la presse.

Frustrations des policiers

Lors des funérailles, le samedi 16 décembre 2017, du policier Jimmy Boyard, tué à Gran Ravin, lors de l’opération du 13 novembre 2017, quelques policiers, parents et amis du défunt ont défilé sur la route de Frères (Pétionville) pour dénoncer le mauvais état du cercueil.

En colère contre l’institution policière, ces agents ont fait usage de tirs nourris, barricades de pneus usagés enflammés, jets de pierres et de tessons de bouteilles, pour empêcher la circulation au niveau de la zone.

Un nouveau cercueil, réclamé par les protestataires, aurait été finalement donné pour enterrer le cadavre.

Le mercredi 29 novembre 2017, des dizaines de policiers nationaux, sans uniformes, avaient également défilé, à Port-au-Prince, en vue de dénoncer d’éventuelles sanctions de l’Igpnh contre les policiers, accusés de bavures, lors de l’opération du 13 novembre 2017 à Gran Ravin.

Les agents de l’institution policière ne sont pas à leur première opération desastreuse.

Suite à l’assassinat, par des bandits armés circulant à motos, à Lilavois 39, de l’agent de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (Boid), Wadson Jean, le jeudi 12 octobre 2017, ses frères d’armes ont attaqué, par vengeance, la population civile de Lilavois, lors d’une opération musclée, à la même date.

Il y a eu plusieurs morts, des civils innocents, des disparitions de personnes, dont des enfants, ainsi que des incendies de maisons, de commerces et de véhicules.

L’Observatoire haïtien des droits humains voit « un acte terroriste » dans l’intervention policière du jeudi 12 octobre 2017 à Lilavois.

En 2018, les autorités policières seraient-elles capables d’éviter, lors d’opérations anti-gangs, d’autres bavures policières mettant en péril la vie de paisibles citoyennes et de citoyens et de remplir véritablement leur rôle de protéger et servir ? [emb gp apr 28/12/2017 12 :00]