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Haïti/Manno Charlemagne, « à tue tête tu chantais le libéra du système traditionnel »


vendredi 22 décembre 2017

Par Jean Claude Desgranges

Soumis à AlterPresse le 21 décembre 2017

Une voix des sans voix s’est éteinte. Une voix lumineuse, orageuse, contagieuse pour toute une génération bafouée, un antidote à nos inégalités socio-économiques, Manno c’est tout ca.

Un été inondé du soleil de l’espoir, espoir malheureusement galvaudé par une oligarchie politique des trente dernières années. Ses yeux, ce matin de décembre se sont fermés. Cette voix govi s’est tue. Cet enfant terrible de notre Haïti Thomas, Manman Libète vient de nous laisser face à notre destin de peuple bon enfant mais vindicatif à ses heures.

Que son âme repose en paix dans le royaume des pas perdus !

Tes musiques je les ai toutes. Je vais passer une bonne partie de la journée à jouer tes mélodies de chanteur engagé, toi le prince de la chanson engagée.

‘’Banm yon ti limye souple’’ Manno, dis moi dans quelle Elysée tu as été te cacher, raconte nous pourquoi tu as grillé tant de cigarettes, et cela depuis ton jeune âge. Ah ! le tabac ce lent mais virulent poison qui, l’espace d’un week-end, a volé à l’humanité deux de ces plus belles voix.

On aurait pu te laisser le temps, on n’aurait pu t’accorder un sursis, pour pouvoir découvrir la saison des papillons.

Quelle connerie de continuer à rêver de ce jour radieux. De cette Haïti glorieuse ou les femmes et les hommes porteraient les foulards de fraternité, d’égalité et de bien être collectif pour l’éclosion d’une communauté de bonheur, de beauté et d’altruisme. Ce ne fut que des vœux pieux. Tu n’avais que 37 récoltes de café, avec toute ta fougue et ton courage, à tue tête tu chantais le libéra du système traditionnel. Mais ce ne fut qu’un leurre .Rien qu’un leurre !

Manno as-tu eu le privilège de croiser Mapou sou Gran Chimen notre ami commun Felix Morisseau Leroy ? Ami avec qui on prenait plaisir à parler de l’Haïti dantan . Il fredonnait constamment mèsi papa Dessalines à chaque fois qu’on marchait dans les rues de little haiti à la recherche de notre identité. Et toi Manno tu nous chantais de ta voix ‘’zanmi lwen m’pral kay zanmi pre’’, ta chanson d’exil que la dictature avait infligée à tous ceux et toutes celles qui avaient osé regarder le soleil de la démocratie en face.

Les bras ouverts, le point fermé, le visage grimaçant par où passe toute la souffrance des ‘’have not’’, je te surprends à chanter un hymne à la vie.

Mort ou est ta victoire ?

*MD, FAGS