Rendez-vous Culture

Haïti-Culture : L’engagement de Manno Charlemagne et l’enracinement culturel de son oeuvre


lundi 11 décembre 2017

P-au-P, 11 déc. 2017 [AlterPresse] --- Emmanuel (Manno) Charlemagne, décédé le 10 décembre à Miami à l’âge de 69 ans, était un élément important des mouvements sociopolitiques populaires haïtiens des années 1980 et 1990, tel qu’apparu dans le film documentaire « Manno Charlemagne, Konviksyon », réalisé en 2010, par Frantz Voltaire.

Le film campe un Manno Charlemagne qui parle de son enfance, des influences ayant façonné sa carrière d’artiste engagé, notamment celles du mouvement rara.

Eddy Cavé, promoteur de la musique haïtienne, en a rendu compte dans un texte soumis à AlterPresse le 23 octobre 2011.

Dans le film, Manno Charlemagne expose l’histoire de sa génération notamment celle des jeunes des quartiers modestes de Port-au-Prince (comme Carrefour, où il a été élevé) vers les années 1950. Certains d’entre eux fréquentaient les péristyles et les lakou.

L’artiste fait part de sa découverte de grands penseurs de la gauche en l’occurrence le théoricien politique italien Antonio Gramsci et le militant russe Maxime Gorki, entre autres.

Il rend un hommage chaleureux à des troubadours et des musiciens comme Annilus Cadet, Robert Molin, Ti-Paris qu’il qualifie de « super-troubadour de rue ».

Il avoue son admiration envers les personnages qui l’ont influencé tels que Lumane Casimir, Dòdòf Legros, Gérard Dupervil, Issa El Saieh, Raoul Guillaume, Guy Durosier, Joe Trouillot, Martha Jean-Claude, Toto Bissainthe et Ansy Dérose.

Il a connu l’exil plus d’une fois, à cause de sa participation dans les luttes menées sous Duvalier pour la conquête des libertés.

Ayant dû s’exiler en 1980, il a vécu entre les États-Unis et le Canada, jusqu’à la chute du dictateur Jean-Claude Duvalier, en février 1986.

Il est reparti en exil en septembre 1991, après le sanglant coup d’État militaire contre le président Jean Bertrand Aristide, démocratiquement élu lors des élections générales de décembre 1990.

Après son deuxième exil, il fut maire de Port-au-Prince en 1995.

Manno Charlemagne a été l’une des principales références de la chanson engagée en Haïti et des mouvements sociopolitiques populaires haïtiens dans les années 1980 et 1990.

Ayant débuté sa carrière dans les années 1970, le musicien a connu le succès avec son premier album, enregistré en 1978 en duo avec Marco Jeanty, durant la dictature de Jean-Claude Duvalier (1970-1986). [emb apr 11/12/2017 11 :50]