Perspectives

Haïti-Droits humains : Brutalités policières à Lilavois (Bon Repos) après l’assassinat d’un agent de la Boid


vendredi 13 octobre 2017

Port-au-Prince, 13 oct. 2017 [AlterPresse] --- Plusieurs maisons incendiées à Lilavois 10 ; beaucoup de personnes, dont des enfants et une personne à mobilité réduite, portées disparues, depuis le jeudi 12 octobre 2017 ; des dizaines de jeunes bastonnés ; un nombre indéterminé d’arrestations, dont beaucoup de jeunes femmes ; des exactions diverses… tel est le bilan d’une intervention musclée, dans l’après-midi et la soirée du jeudi 12 octobre 2017, d’agents encagoulés de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (Boid) – une des unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti (Pnh) - à Lilavois (une agglomération de Bon Repos, au nord de la capitale), selon les témoignages recueillis par l’agence en ligne AlterPresse.

Visiblement dans la détresse, plusieurs victimes réclament justice, face aux exactions perpétrées par les agents de la Boid, apparemment en représailles à l’assassinat, à Lilavois 39 (à l’entrée de son domicile), dans des circonstances non encore déterminées, d’un des leurs, Watson Jean, qui venait d’effectuer une transaction à une banque commerciale, d’après des sources concordantes.

Dans la matinée de ce vendredi 13 octobre 2017, un juge de paix de la municipalité de Croix-des-Bouquets, accompagné par le président du conseil municipal Rony Colin, s’est rendu sur place pour dresser un constat des maisons consumées à Lilavois 10 et verbaliser autour des témoignages de victimes.

Le conseil municipal de Croix-des-Bouquets promet d’accompagner les victimes dans leurs démarches (judiciaires et autres), en relation à ce qui est qualifié d’ « acte criminel » des agents de la Boid par les habitantes et habitants de Lilavois.

Des interrogations pèsent sur le mode opératoire des agents de la Boid, auteurs de sévices sur des habitantes et habitants, pendant qu’ils recherchaient des membres de gangs armés se faisant appeler baz mafya dans la zone de Lilavois.

Une apparence de « couvre-feu » a régné à Lilavois dans l’après-midi et la soirée du jeudi 12 octobre 2017, après les brutalités des agents de la Boid. La route principale de Lilavois a été vite désertée par les habitantes et habitantes, dont un grand nombre traumatisés par le mode opératoire des agents de la Boid.

Au moment de l’intervention musclée, plusieurs habitantes et habitants ont été agressés et contraints de se mettre face contre terre. Sinon, ils pourraient être « abattus ». 2 jeunes, qui se trouvaient sur le toit de leur domicile, rapportent avoir été également forcés à rentrer à l’intérieur de leur maison.

Pendant plusieurs heures, dans l’après-midi du jeudi 12 octobre 2017, la circulation automobile (transports publics, motos-taxis, véhicules privés) et piétonnière, sur la route principale de Lilavois, a été déviée vers Liavois 1, en passant par Lilavois 11, pour aboutir au haut de Lilavois, en direction de la zone de Beudet (toujours dans la municipalité de Croix des Bouquets). Les agents de la Boid avaient interdit toute circulation aux environs de Lilavois 10.

Devant ce déploiement d’armes lourdes de ces agents de la Boid, beaucoup d’habitantes et d’habitants ont été pris de « tremblements » de leurs membres supérieurs et inférieurs ; certains, ayant pris peur ou gagnés par l’effroi, sont allés se réfugier ailleurs ; d’autres paralysés sur place, d’autres « choqués » ont même déféqué sur eux-mêmes, tant l’émotion, provoquée par les brutalités policières, était forte…

La tension et la panique étaient palpables dans la zone. Chacune et chacun s’empressaient de rentrer chez eux. Des appels téléphoniques ont été effectués à celles et ceux, qui revenaient du centre-ville de Port-au-Prince, en vue de prendre des précautions en arrivant dans la zone de Lilavois. Les agents de la Boid opèrent…

De temps à autre, des tirs d’armes sporadiques ont été entendus çà et là…

En plus de menaces diverses, ces policiers nationaux de la Boid ont mis en joue plusieurs jeunes de Lilavois, les ont sévèrement molestés. Du sang a même giclé des blessures au corps des jeunes, sous les coups des agents de la Boid.

A Lilavois 11, ils ont fait irruption dans un garage, où ils ont cassé une partie des pare-brise de deux véhicules en réparation, tout en malmenant sévèrement les mécaniciens qui y travaillaient. Ces mécaniciens déclarent avoir été rudement éprouvés par la violence des coups assénés par les agents de la Boid. Des photos de pare-brise cassés ont été prises dans la perspective de démarches auprès d’institutions concernées pour des suites légales appropriées.

Le calme semble être revenu dans la matinée du vendredi 13 octobre 2017 à Lilavois. Les écolières et écoliers ont repris le chemin de l’école. Les activités commerciales fonctionnent, les transports publics vont bon train.

Cependant, les victimes à Lilavois 10 signalent avoir perdu documents et matériels divers dans l’incendie « aparrement délibéré », mis dans leurs maisons par les agents de la Boid. Ces victimes soulignent être sans nouvelles, depuis jeudi soir 12 octobre 2017, d’un nombre indéterminé de leurs proches, emmenés par les agents de la Boid… [rc apr 13/10/2017 11:00]