Perspectives

Justice : Le sociologue Laënnec Hurbon dénonce une pérennisation de l’impunité en Haïti


mardi 3 octobre 2017

P-au-P, 02 oct. 2017 [AlterPresse] --- Le sociologue Laënnec Hurbon, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (Cnrs), dénonce une pérennisation de l’impunité en Haïti, lors d’un colloque international, déroulé la semaine dernière à Port-au-Prince et auquel a pris part l’agence d’information en ligne AlterPresse.

Par rapport aux crimes commis, notamment durant la dictature duvaliériste (22 septembre 1957- 7 février 1986), il appelle à un devoir de mémoire comme remède, dit-il, contre le trauma collectif, infligé par les bourreaux du passé.

« Les traces de l’ancien système criminel » des Duvalier, 30 ans plus tard, sont encore présentes dans le système judiciaire en Haïti, constate le professeur d’Université, lors de la deuxième journée du colloque sur l’impunité, tenu du mercredi 27 au vendredi 29 septembre 2017.

La seule solution possible, pour sortir du règne de l’impunité, consiste à « revenir à la mémoire, soutient le spécialiste des rapports entre religion, culture et politique dans les Caraïbes.

Des obstacles, à la fois psychologiques et psychanalytiques, liés à la théorie de la réconciliation nationale ainsi qu’au silence des victimes, empêcheraient de sortir de l’ère de l’impunité, fait-il remarquer.

Ce silence, provoqué par une terreur exercée sur l’environnement familial et social de la victime, rend son deuil difficile, déplore-t-il, condamnant la banalisation du phénomène de la dictature en Haïti.

Au fil du temps, les gens finissent par croire que la dictature fait partie du naturel haïtien et qu’il n’y pas moyen d’en sortir, souligne-t-il.

Des tenants de pouvoirs autoritaires, chassés d’Haïti pour des crimes contre le peuple, revenus quelques années plus tard dans le pays, sont accueillis triomphalement. Aucun procès n’est engagé afin de sévir correctement contre les coupables, regrette-t-il.

La dictature duvaliériste, représentant le sommet de l’impunité en Haïti, a créé un véritable trauma, à la fois individuel et collectif, au sein de la population, avance Laënnec Hurbon.

La journée du 26 avril 1963, durant laquelle 500 personnes ont été exécutées à Port-au-Prince, illustre parfaitement l’ampleur de la dictature duvaliériste, indique-t-il.

L’impunité constitue « un fléau » en Haïti, où les juges ne rendent pas vraiment justice aux victimes, même lorsque ces dernières portent plaintes, reconnait, pour sa part, le titulaire haïtien du Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), Heidi Fortuné.

Les victimes ont généralement peur de porter plaintes pour ne pas être « victimes deux fois », par la justice haïtienne jugée dépendante, rapporte-t-il.

Tout en dénonçant la corruption, qui touche une bonne partie des magistrats dans le pays, Fortuné se dit prêt à soutenir les efforts, entamés par les initiateurs du colloque sur l’impunité des crimes du passé et la justice transitionnelle, clôturé le vendredi 29 septembre 2017.

Le colloque visait à renforcer les synergies entre les actrices et acteurs, déterminer des stratégies contentieuses et de plaidoyer, pour lutter contre l’impunité des crimes du passé et sensibiliser aux différents mécanismes de justice transitionnelle.

Cette initiative a été organisée sous les auspices du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), de la Fédération internationale des ligues de droits humains (Fidh) et du Haut commissariat aux droits humains des Nations unies (Hcdh), avec le soutien de l’Union européenne (Ue).. [rjl emb gp apr 02/10/2017 13:35]