Perspectives

Haïti épargnée par le mauvais sort que lui réservait Irma


lundi 11 septembre 2017

P-au-P, 11 septembre 2017 [AlterPresse] --- Trois jours après le passage de l’ouragan Irma, les jeudi 7 et vendredi 8 septembre 2017, au large des côtes d’Haïti, le sentiment dominant à travers le pays est celui d’avoir été épargné par le mauvais sort, selon des témoignages recueillis par AlterPresse.

Un dernier bilan de la Protection civile fait état d’un mort, une personne portée disparue et 17 autres blessées.

« Le Bon Dieu nous a sauvés », jubilent certains.

Irma s’étant définitivement écartée d’Haïti, la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince a repris ses activités ordinaires.

Écoliers, automobiles, policiers et commerçants peuplent à nouveau les rues de la capitale.

Au Cap-Haïtien, les activités scolaires reprennent également, même si, selon le constat de Wedlyne Jacques, correspondante d’AlterPresse, les écoles privées sont majoritaires sur cette voie.

Les dégâts étant limités, les 1, 035 personnes accueillies à travers le département du Nord sont rentrées chez elles, indique Muscadin Carol, une responsable du Centre d’opération d’urgence.

Certaines écoles servant d’abris provisoires ont été vidées de leurs occupants, en raison de la levée de l’alerte rouge.

Un camion d’aide alimentaire destinée aux familles touchées par l’ouragan au Cap-Haïtien, ne serait pas distribuée comme il faut, dénoncent certains.

Dans le département du Centre (Est), l’un des départements les plus menacés par Irma, selon les prévisions, il n’y a pas non plus à s’en faire, fait savoir Ronel Odatte, un autre correspondant d’AlterPresse.

Dans les abris provisoires, durant les deux jours, les gens ont eu de quoi se nourrir et dormir. Ils sont, pour l’instant, rentrés chez eux puisque les abris provisoires ont été majoritairement des écoles et qu’elles devraient rouvrir leurs portes, ce lundi 11 septembre, rapporte-t-il.

Certaines écoles du Plateau central ont subi de légers dommages à cause de la présence des personnes déplacées.

Des rapports seraient même déjà acheminés aux Mairies concernées pour que suites nécessaires soient faites, à ce sujet.

À Fort-Liberté (Nord-est), il y a encore des exercices de drainage dans certaines zones inondées, d’après l’agronome Jovenel Pierre, contacté au téléphone par AlterPresse. « Il y a encore des efforts à faire. Mais, la zone s’active », rassure-t-il.

12, 400 personnes ont été évacuées vers des abris provisoires dans six départements : Nord-Est, Nord, Nord-Ouest, Plateau central, l’Artibonite et l’Ouest.

Depuis le samedi 9 septembre 2017, le nombre de communes inondées partiellement par les eaux de ruissellement, les crues des principales rivières et de submersion marine, est passé à 22.

Des familles réticentes à laisser leurs maisons pour se protéger face à la menace

À Hinche (Plateau Central), à l’approche d’Irma, les abris provisoires ont été peu remplis car la plupart des habitants, au lieu de s’y rendre, ont préféré rester et surveiller leurs maisons pour éviter que ces dernières ne soient pillées par des voleurs, a rapporté Ronel Odate.

Même situation à Petite-Anse (Nord), où beaucoup de personnes ont refusé d’évacuer la zone malgré la disponibilité de bus réservés pour les transporter dans des abris, selon le rapport #3 du Système national de gestion des risques et désastres (Sngrd/département Nord).

Dans une localité de Martissant, à Port-au-Prince, quelques heures avant l’arrivée prévue d’Irma, des riverains disant avoir appris le matin même l’existence d’un abri provisoire au sein de la paroisse Sainte Bernadette, attendaient encore avant de s’y rendre.

Certaines familles avaient peur de voir leurs maisons pillées par des voleurs qui n’attendent que leur absence pour passer à l’action.

Ce serait encore pire de se faire voler ses biens si l’ouragan ne passait pas, selon des commentaires.

C’est très grave d’avoir un tel comportement dans la mesure où cela peut coûter la vie à des milliers de gens, estime Jean-Marie Théodat, géographe et professeur à l’Université d’État d’Haïti (Ueh).

Mais il reconnait qu’en même temps, il faut comprendre l’angoisse de ces pauvres gens. « Si l’on fait évacuer les honnêtes gens pour ne laisser que des voleurs et des malfrats, là, ce n’est pas juste », fait-il savoir.

Pour ceux qui pillent, même dans les pays les plus éduqués, ces phénomènes arrivent. « D’ailleurs, ce ne sont pas les gens non éduqués qui pillent les maisons pendant ces périodes, mais plutôt des gens pauvres », fait-il remarquer.

Pour lui, ce serait préférable de parler de problème de civisme. Si les gens ont le sens du civisme, ils savent que de tels actes portent préjudice à la sécurité publique et au lieu de voler et piller en temps de crise, ils seront plus enclins à donner un coup de main, croit-il.

Par rapport à celles et ceux qui ne veulent pas se déplacer pour ne pas se faire arnaquer, le géographe croit qu’il y a, en effet, un problème d’éducation car, quel que soit la menace, « il faut savoir d’abord se protéger. La vie passe avant tout », prêche-t-il.

« Nous ne pouvons pas placer un policier devant chaque maison », a fait savoir le porte-parole adjoint de la Police nationale d’Haïti (Pnh), Garry Desrosiers, joint au téléphone par AlterPresse.

C’est aussi l’opinion d’Owell Theock, délégué département du Nord-Ouest qui dit recevoir parfois des nouvelles de ces exactions.

Des patrouilles policières circulent dans les zones concernées afin d’éviter ou plutôt de diminuer ces dérives, tente de rassurer Desrosiers, se disant conscient de l’existence de ce phénomène.

« Nous comptons sur la collaboration de la population et voulons que les gens sachent que les agents des forces de l’ordre sont là pour les aider et non le contraire ».

La Pnh met en garde contre de tels actes et promet que tout individu surpris en train de piller une maison sera appréhendée immédiatement pour payer les conséquences de son acte. [rjl emb apr 11/09/2017 14:50]