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Centenaire de naissance d’Albert Mangonès (1917-2017)

Haïti : L’architecte Albert Mangonès, un génie au parcours inspirant, selon l’Ispan


vendredi 1er septembre 2017

S’il n’était pas mort à 85 ans, en avril 2002, l’architecte haïtien Albert Mangonès aurait cent ans en l’année 2017. L’Institut de sauvegarde du patrimoine national (Ispan) lui rend hommage, à l’occasion de son centième anniversaire de naissance.

P-au-P, 31 août 2017 [AlterPresse] --- L’architecte Albert Mangonès, créateur de la statue Nèg mawon (dite du Marron Inconnu) réalisée en 1968, sous la dictature de François Duvalier, représente « un génie au parcours inspirant ».

C’est ce qui ressort d’un bulletin de l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (Ispan), publié au cours du mois d’août 2017 et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

L’Ispan rend hommage à l’œuvre de cet illustre personnage, Albert Mangonès, à l’occasion de son centenaire de naissance ((mars 1917-mars 2017). .

Ce bulletin de l’Ispan met en exergue le parcours et les travaux d’Albert Mangonès, dont l’œuvre vitale coïncide avec le 226e anniversaire de la cérémonie de Bwa Kay Imam (Bois Caïman), une manifestation anti-esclavagiste organisée le 14 août 1791.

Le 23 août ramène la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, initiée, en 1998, par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science er la culture (Unesco)..

« Albert Mangonès était vraiment un brillant monsieur […] il était intelligent, il parlait bien et il connaissait le pays », exprime le professeur d’université, Jean Coulanges.

L’une des plus grandes déceptions de la vie de d’Albert Mangonès fut que, « de 1986 à nos jours, personne n’a eu le courage de rendre son glaive et sa torche au lion de la liberté », avait confié, en 2012, Frédérick Mangonès, fils de l’architecte.

La mémoire d’Albert Mangonès restera éternellement en bénédiction, dit-il.

Son parcours et ses œuvres

Né le 26 mars 1917 à Port-au-Prince, Albert Mangonès a fait des études en agronomie, en Belgique, mais finit par intégrer l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où il a préféré se fixer sur l’architecture.

Après son diplôme d’architecte, d’autres distinctions aux États-Unis d’Amérique et des expériences de travail, notamment à New-York et à Mexico City, il est rentré définitivement, en Haïti, pour mettre ses acquis au service de son pays, avec en tête, « le rêve de construire des logements à bas prix pour les travailleurs », souligne le bulletin de l’Ispan.

En 1968, il réalise la statue Nèg mawon (Marron Inconnu), l’œuvre de sa vie, sous commande de François Duvalier.

Ce travail n’a pas été facile, selon ce que rapportent Emilcar Similien et deux autres étudiants d’alors, qui ont contribué à dessiner la maquette de l’œuvre.

Pour accompagner la statue, symbolisant aujourd’hui la rupture avec les pratiques esclavagistes.

« Ce fut lui qui accrut la grandeur de son peuple. Lui, qui s’arma du glaive et de la torche, tel un géant ; Lui, qui fit de ses armes un abri pour les siens. Semblable au lion, par ses grandes actions ; Il harcela partout ceux qui le tourmentaient ; brûla leurs champs, détruisit leurs demeures ; Ses exploits irritèrent des rois ; mais firent, cependant, la joie de tout un peuple ; Sa mémoire sera éternellement en bénédiction… », lit-on dans le texte, placé par Albert Mangonès sur l’une des plaques protégeant la flamme éternelle de la statue Nèg mawon.

Située sur la place des Héros de l’Indépendance, sur le Champ-de-Mars, à Port-au-Prince, la statue représente un nègre, soufflant dans une conque de lambi, une machette dans la main droite et un maillon de chaîne brisée à sa cheville gauche. Il s’agit d’un esclave fuyant l’habitation coloniale.

En 1989, le monument est consacré comme symbole de la lutte anti-esclavagiste, par l’Organisation des Nations unies (Onu), qui s’en sert pour illustrer l’article 4 de la déclaration universelle des droits humains.

Albert Mangonès est l’auteur de plusieurs autres œuvres, dont la plupart sont gardées au Musée du panthéon national haïtien (Mupanah).

Il a occupé des fonctions importantes et a mis sur pied des entités-clés, notamment dansla gestion des patrimoines en Haïti.

En 1944, il co-créa, entres autres, le Centre d’Art de Port-au-Prince, dont il en fut le secrétaire général.

Parallèlement, l’architecte Albert Mangonès a également travaillé avec d’autres hautes personnalités de l’État.

Il s’est vu confier, par exemple, en 1948, des travaux pour l’Exposition universelle du Bicentenaire de la création de Port-au-Prince, par le président Dumarsais Estimé.

Il est à l’origine de la création, en 1972, du Service national des monuments et des sites historiques, que l’État haïtien décide, en 1979, de transformer en Ispan.

Conformément à l’arrêté présidentiel, en date du 29 mars 1979, l’Ispan a pour mission de « dresser l’inventaire et faire le classement des éléments concrets du patrimoine national, réaliser des études générales et détaillées des projets de restauration et de mise en valeur de monuments et de sites historiques ».

Il s’agit aussi d’« assurer la direction et le contrôle des travaux d’exécution de tous les projets de restauration du patrimoine bâti de la république d’Haïti, aider à la promotion et au développement d’activités publiques ou privées, visant à sauvegarder le patrimoine national, et diffuser toutes informations et documentations, relatives au patrimoine architectural et monumental, national et international ».

Albert Mangonès a réalisé beaucoup de travaux de sauvegarde, a restauré, entre autres, la Citadelle Henri Christophe, le Palais de Sans-Souci et le Site fortifié des Ramiers.

Il a conduit des fouilles archéologiques sur « Puerto-Real », le village du Cacique Guacanagaric, dans le Nord d’Haïti, et des études archéologiques sur l’Ile de la Tortue (Nord-Ouest d’Haïti).

Il est aussi l’auteur de nombreux articles, dont « Architecture et civilisation négro-africaine », « La Citadelle, le Palais de Sans Souci, le Site des Ramiers : monuments à l’indépendance d’une nation et à la liberté de son peuple ».

Décédé à Port-au-Prince, le 25 avril 2002, Albert Mangonès est élevé, à titre posthume, en 2009, au rang de Grand Officier de l’Ordre National Honneur et Mérite par l’État haïtien. [apr 31/08/2017 10:45]