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Face au Nord : Haiti, Republique Dominicaine, si proches , si éloignés


dimanche 24 mars 2002

Le changement d’orientation de la coopération internationale a été confirmée lors du sommet de Monterrey du 18 au 22 mars dernier au Mexique. La conférence des Nations-Unies sur le financement du développement s’est achevée sur un document qualifié par beaucoup de "minimaliste".

Le "consensus de Monterrey", approuvé par 50 chefs d’état et de gouvernement, met pratiquement fin a l’assistance internationale et fait des échanges économiques et commerciaux l’axe primordial de la coopération entre Etats.

Malgré l’insistance des Nations-Unies pour demander une augmentation de 50 milliards de Dollars de l’aide au développement, les Etats-Unis n’offrent que 5 milliars a condition que les pays pauvres ouvrent davantage leurs marchés.

Dans ce contexte nous retiendrons trois discours issus de la Caraibe : celui du président haïtien Jean Bertrand Aristide, celui du président dominicain Hypolito Mejia et celui du président cubain Fidel Castro. D’Haïti à Cuba, les approches sont diamétralement opposées ! Jugez vous-même.

Extraits de l’intervention du President Jean Bertrand Aristide, le 22 mars a Monterrey

"J’ai l’honneur de vous saluer au nom du peuple haitien qui dans deux ans célèbrera le bicentenaire de son indépendance.

Deux cents ans d’ indépendance devant symboliser une transition historique vers un développement durable. Riches en valeurs humaines, culturelles et historiques, nos indices économiques toutefois nous situent parmi les 48 pays dont le total des PIB est équivalent aux actifs des 3 personnes les plus riches du monde.

Oui, ce monde dont le cinquième de la population vit encore dans le dénuement absolu. Le poids de la dette extérieure est une source de douleur aiguà« . La douleur de ces 800 millions de personnes qui souffrent de faim et de ces 850 millions d’ analphabètes est certainement nôtre, car la souffrance d’un homme est la souffrance de l’homme.

Dans ce contexte, l’esprit de Monterrey nous dynamise puisqu’il s’agit du financement du développement durable à l’échelle nationale et planétaire.

Nous y retrouvons les options que nous avons faites depuis plus d’une décennie à savoir : l’investissement dans le capital humain, le respect des droits de la personne et des libertés fondamentales, la lutte contre la corruption, la lutte contre le trafic des stupéfiants et le terrorisme, l’utilisation rationnelle des ressources publiques impliquant toujours plus de transparence, de participation et de justice.

Pour parvenir à ce développement durable, nous nous engageons résolument à laisser les portes du dialogue toujours ouvertes.

(...) nous nous engageons à dynamiser le marché et à préparer le cadre propice au partenariat entre les secteurs public et privé ; à l ’investissement, à la croissance économique et humaine.

En attendant l’émergence d’un système économique équitable et ouvert à tous, nous nous réjouissons de contempler à l’ombre de Monterrey des rayons d’espoir guidant nos pas vers 2004. (...)"

Extraits de l’intervention du President Hypolito Mejia, le 21 mars a Monterrey

(Selon Listin Diario)

"No podemos perder de vista que las severas restricciones financieras y las fuertes distorsiones en el funcionamiento de los mercados constituyen obstáculos, a veces insalvables, para alcanzar la competitividad de nuestras naciones.

(...)

Nuestro llamado en esta Conferencia sobre Financiación para el Desarrollado es que volvamos a mirar el sector rural de América Latina y el Caribe a través de su potencial para generar riquezas y oportunidades para el desarrollo equilibrado y sustentable de nuestras economà­as.

(...)

Sólo con acuerdos justos y la garantà­a de que la mayorà­a de la población de nuestras naciones recibirá de forma palpable los beneficios de la apertura, se evitará que la globalización sea un fenómeno que profundice la pobreza y las dificultades de nuestros pueblos.

(...)

Deseo reiterar el llamado de nuestro paà­s a la comunidad internacional para que ponga atención de manera especial a una nación hermana, hermana de todos los pueblos de la tierra, por su vocación de libertad y de progreso. Me refiero a la República de Haití

(...)

Si no se cuenta con el apoyo material y la inversión económica capaz de contribuir efectivamente a la consolidación de las instituciones públicas y privadas, a fin de que ese ideal pueda tornarse en oportunidades y beneficios para todos los ciudadanos.

(...)"

Extraits de l’intervention du President Fidel Castro le 21 mars a Monterrey

(Selon Radio Havane Cuba)

"L’ordre mondial actuel constitue un système de pillage et d’exploitation, jamais vu dans l’histoire.

(...)

L’économie mondiale est aujourd’hui un gigantesque casino. Des analyses faites récemment révèlent que pour chaque dollar investi dans le commerce mondial, plus de 100 sont employés dans des opérations spéculatives qui n’ont rien à voir avec l’économie réelle.

(...)

Cet ordre économique a conduit 75% de la population mondiale au sous-développement. La pauvreté extrême dans le Tiers Monde atteint actuellement un milliard 200 millions de personnes.

(...)

Les trois personnes les plus riches du monde possèdent des actifs équivalant au PIB des 48 pays les plus pauvres pris dans leur ensemble.

(...)

Pas moins de 11 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent tous les ans de causes évitables et 500 mille se retrouvent aveugles à jamais faute de vitamine A. Les habitants du monde développé vivent 30 ans de plus que ceux de l’Afrique subsaharienne. C’est là un véritable génocide.

(...)

On ne peut accuser les pays pauvres d’être responsables de cette tragédie. Ils n’ont pas conquis et pillé pendant des siècles des continents entiers. Ils n’ont pas établi le colonialisme, ni implanté l’esclavage, ni créé l’impérialisme moderne, ils en ont été les victimes.

(...)

La responsabilité principale du financement de leur développement incombe aux Etats qui aujourd’hui, pour des raisons historiques évidentes, jouissent des privilèges qui découlent de ces atrocités.

(...)

Le monde riche doit annuler la dette extérieure et attribuer de nouveaux crédits souples pour financer le développement.

(...)

Des mesures telles que celles qu’a avancées James Tobin, décédé il y a peu, pour freiner le torrent irrépressible de la spéculation financière, bien son but n’ait pas été d’aider au développement, seraient peut-être aujourd’hui les seules qui pourraient fournir des fonds suffisants.

(...)

Le projet de "Consensus" que les maîtres du monde nous imposent à cette conférence, suppose que nous nous contentions d’une aumône humiliante assortie de conditions et d’ingérence.

(...)

Face à la profonde crise actuelle, on nous offre un avenir encore pire dans lequel la tragédie économique, sociale et écologique d’un monde qui sera chaque jour plus ingouvernable et où les pauvres et ceux qui souffrent de la faim seront chaque jour plus nombreux, comme si une grande part de l’humanité était de trop.

(...)

La croyance selon laquelle un ordre économique et social qui s’est avéré être insoutenable, peut être imposé par la force, est une idée folle.

(...)

Une fois pour tous, il faudrait dire adieu aux armes.Il faut faire quelque chose pour sauver l’humanité. Un monde meilleur est possible."