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A quoi servent les ambassades d’Haïti à l’étranger ?


vendredi 12 mai 2017

Par Edberte B.

Soumis à AlterPresse

Haïti, comme tout pays sur l’échiquier mondial, se doit de tenir des relations diplomatiques avec d’autres et tenter de faire prévaloir une diplomatie au service du développement de son territoire. D’où l’importance de la politique étrangère considérée comme le reflet de la politique interne. Elle cherche en tout temps à défendre les priorités de son gouvernement. Nos ambassades à l’étranger, remplissent-elles ce rôle ? Se donnent-elles des objectifs à atteindre ? Se sont-elles fixées des buts ? Devrait-on s’étonner de la performance de nos ambassades à l’étranger dans la mesure où les politiques publiques qui guident nos actions en Haïti ne sont pas établies ?

Citons en exemple l’ambassade d’Haïti à Washington. La capitale américaine est un lieu d’opportunités. Plusieurs possibilités de coopération avec différentes institutions sont disponibles aussi longtemps que le lobbying d’une délégation ou institution se déroule bien. Le networking, activité préférée des fonctionnaires de Washington, sert à ouvrir bien des portes. Les diplomates à Washington, s’y adonnent-ils ? La culture, l’art culinaire, les visites guidées semblent être leur priorité. Un aspect important, certes, mais qui ne devrait pas dépasser 5% du budget consacré à la politique étrangère. Les priorités ne sont pas fixées, mais tout pays digne de ce nom et aussi pauvre qu’Haïti devrait normalement allouer le gros de son budget à la défense, aux relations économiques, commerciales et politiques.

Gaspille-t-on de l’argent à Washington ? Nous ne disposons pas de données probantes (vu le manque d’accès aux informations et les pratiques douteuses des institutions haïtiennes) qui pourraient justifier cela, mais tout porte à croire qu’une majeure partie de son budget passe dans les ressources humaines. Dans une ambassade, une seule secrétaire suffit. Certaines fois, on peut retrouver une deuxième. En Haïti, la pratique est différente. Plusieurs deuxièmes secrétaires font le même boulot. Quel en est le motif ? Haïti, se serait-elle montrée proactive dans sa recherche d’opportunités ? Est-ce en raison de fréquentes conférences qu’elle organise avec des experts haïtiens venus de partout ou en raison de sa collaboration avec des institutions sur l’éducation et la recherche ? Le comble est à venir !

L’ambassade est aussi le siège des représentants de la mission permanente d’Haïti à l’OÉA (Organisation des États Américains). Cette mission abrite entre autres sept conseillers et sept premiers secrétaires. Que font ces quatorze personnes ? Font-elles avancer les intérêts d’Haïti à Washington ? Sept personnes font le travail d’une seule personne. Il faut croire qu’elles excellent dans leurs tâches et qu’Haïti rayonne à l’OÉA et que les autres pays membres ont décidé d’établir différents partenariats avec le pays.

En diplomatie, le Secrétaire -différent de la fonction de secrétariat- occupe un rôle de nature diverse, soit politique, soit économique ou culturelle et se charge notamment de la rédaction de rapports diplomatiques, de notes d’information, qui servent à influer d’abord les décisions de politique étrangère du gouvernement haïtien et guider ensuite les actions de l’ambassade. Pourquoi engager sept premiers secrétaires pour une tache pareille ? A noter que le conseiller (le premier conseiller s’il existe un deuxième) supervise le rôle de rédaction.

D’autres fonctions purement diplomatiques (participation d’Haïti lors d’évènements et planification de ces derniers, participation à des conférences etc.) incombent aussi à un premier secrétaire. Une formation pour les diplomates venus à Washington depuis un an ou deux s’offre à toutes les ambassades. Cette année, j’y étais présente je n’ai point remarqué la présence de jeunes haïtiens tandis qu’ils sont nombreux à occuper le poste de premier secrétaire et de conseiller à l’ambassade. Ceci semble indiquer qu’ils sont assez outillés pour représenter, informer et négocier pour Haïti à Washington. Les autres reproduisent à peu près la même situation que celle sus décrite dans la sphère de Washington.

Le nouveau Premier Ministre d’Haïti dit vouloir privilégier le marketing à l’étranger ? Comment y arriver ? Devrait-on se mettre à faire de la propagande à travers les ambassades à la manière de l’ancien gouvernement ; belle technique de propagande pour tout programme mais sans substance réelle ? Le marketing devrait-il être la priorité de nos ambassades ? La quête et l’entretien des relations politiques avec d’autres pays sont des facteurs importants pour Haïti qui lui permettent toujours de jeter des bases de coopération avec ces derniers. Il est un impératif pour le Nouveau Ministre des Affaires Etrangères, ancien Ambassadeur, d’agir en ce sens.

« Pa gen plas pou pike zepeng nan ambasad Frans ni konsula Miami ». Il est bruit que le salaire est déterminé en fonction de la personne qui fait nommer un employé, ce qui explique qu’un administrateur peut toucher beaucoup plus qu’un conseiller. C’est la norme chez nous.

L’administration américaine avait octroyé le statut de résidence temporaire aux Haïtiens après le séisme de l’année 2010. Aujourd’hui, ils sont très inquiets. Comment donc interpréter le silence de l’ambassadeur sur la situation des Haïtiens avec le TPS ? A-t-il rencontré certains représentants du Congrès américain à ce sujet ? Le tableau que j’ai dépeint de façon hâtive et succincte démontre que l’Ambassade de Washington, la plus importante des ambassades d’Haïti à l’étranger, ne porte pas fruits. Combien coûtent-elles aux contribuables haïtiens ? Quels sont donc les résultats ? Quelle relation réelle existe-t-il entre le Ministère des Affaires Étrangères et les ambassades ?

Y a-t-il une feuille de route définie dépendamment de la région par le Ministère de tutelle qui fixe les objectifs à atteindre, de laquelle dépendra la taille d’un consulat ou d’une ambassade ? Il faut croire que les priorités ne sont pas définies. Et qu’en est-il du concept de rotation ? Comment se fait-il qu’une personne (diplomate) passe plus de 10 ans dans une ambassade ?

En tant que citoyenne je me sens obligée de porter mon regard sur l’état délabré de notre diplomatie. Qu’allons-nous faire ? Notre représentation à l’International est à l’image de notre société. La médiocrité sera-t-elle toujours notre cheval de bataille ? Halte là, oui. Mais, quand ?

Photo logo : Ambassade d’Haïti à Washington
Source : Wikipedia