Perspectives

Le politologue Roromme Chantal pointe du doigt les méfaits de la « politique du ventre » en Haïti


vendredi 17 mars 2017

P-au-P, 17 mars 2017 [AlterPresse] --- Le politologue haitien Roromme Chantal pointe du doigt la « politique du ventre » et exhorte les protagonistes politiques ainsi que les élites à privilégier les intérêts nationaux, dans le contexte de ratification du premier ministre nommé, Jack Guy Lafontant.

C’est ce qui ressort de l’analyse de Chantal qui intervenait, depuis le Canada, sur la conjoncture politique actuelle, à l’émission TiChèzBa, prévue pour être diffusée, les samedi 18 et dimanche 19 mars 2017, sur la station en ligne AlterRadio (samedi : 7:00 am, 3:00 pm ; dimanche : 7:00 am, 1:00 pm, 5:00 pm).

Le politologue, professeur à l’université, regrette que dans les négociations entamées par le pouvoir en ce qui concerne le dossier de ratification du premier ministre nommé, rien ne concernait les intérêts nationaux du pays mais plutôt des ambitions individuelles.

La déclaration de politique générale de Lafontant a été ratifiée, tôt le jeudi 16 mars 2017, par le sénat, à l’issue d’une séance marathon, quelques jours après l’avortement d’une séance, le lundi 13 mars, pour absence de quorum.

Sur 28 sénateurs présents à la séance, 20 ont voté pour et 7 se sont abstenus (le président ne vote pas), après des débats qui ont duré environ 10 heures, suite à des négociations engagées avec des parlementaires réticents pour débloquer la situation.

Le politologue l’existence en Haïti d’« une politique du ventre », qui se résume à séparer le pouvoir comme un gâteau.

Ce qui caractérise le fonctionnement d’une démocratie est l’existence des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). L’autonomie qui doit caractériser un pouvoir par rapport à un autre, est indispensable, rappelle-t-il.

« La politique du pire »

Ce spectacle qu’offrent des représentants politiques et des élus est « triste », critique-t-il.

L’élection de Jovenel Moïse comme président, déroulée « dans des conditions discutables » ainsi que les tractations politiques qui ont amené à la ratification de l’énoncé de politique générale du premier ministre nommé n’inspireraient aucune confiance, selon lui.

C’est « la politique du pire », adoptée par Michel Martelly (2011-2016) qui se poursuit, alerte-t-il.

Roromme Chantal plaide pour un compromis qui pourrait inclure, entre autres, un accord sur des modalités de gouvernance ainsi que l’intégration de certains partis politiques dans le gouvernement dans la mesure où la politique du pouvoir, prévue pour être mise en œuvre n’est pas compatible à leurs conceptions.

Ces négociations doivent se faire dans la transparence, le respect pour les membres des partis politiques et le sens de l’éthique.

Au lieu de négocier à titre individuel, les parlementaires devraient faire un effort pour oublier leurs circonscriptions pendant la séance de ratification de l’énoncé de politique générale de Lafontant, le 16 mars pour s’intéresser à évaluer, de préférence, dans quelle mesure la politique du premier ministre nommé répond aux besoins essentiels au niveau national, estime-t-il.

Le parlement s’est transformé en un repère de « bandits légaux », privés de capacité morale pour exercer leur travail, critique-t-il, déplorant l’absence d’une dynamique de fonctionnement liée à une politique moderne.

Refaire le tissu politique

S’il n’y a pas l’émergence de partis politiques qui se conforment aux règles modernes de fonctionnement, ces genres de problèmes se répéteront encore pendant des décennies, prévient-il, appelant les politiciens à tirer leçon du discrédit essuyé auprès de la population.

« Le jour où nous aurons des leaders politiques dignes de ce nom, nous aurons des partis politiques qui bénéficieront de la connexion et de la reconnaissance de la population ».

Au niveau des partis politiques et des élites en général, il manque des hommes dignes comme ceux qui ont lutté pour la défense du pays et la démocratie dans le pays, constate-t-il.

On assiste à un déclin des valeurs et des figures de l’intelligentsia haïtienne, déplore-t-il.

De plus, Chantal exhorte le prochain gouvernement à adopter des mesures pour combattre la corruption, en vue de rallier la solidarité et l’assentiment des secteurs de la vie nationale.

Le parlement devrait s’assurer que le gouvernement fasse une bonne gestion des fonds publics ainsi que des agences qui luttent contre la corruption, encourage le docteur en sciences politiques. [emb gp apr 17/03/2017 17 :25]


TiChèzBa, édition du 11 mars 2017 - Invités, Dr Lise-Marie Déjean, ancien ministre à la condition féminine et Me Jasmin Joseph, ancien ministre chargé des relations avec le parlement

L’ancien président de la république d’Haïti, René Préval (1996-2001, 2006-2011) a voulu, au cours de son premier mandat, poser des actes en faveur du développement agricole d’Haïti à travers notamment la réforme agraire, témoigne la dirigeante féministe et ancienne ministre, Lise-Marie Déjean.

L’ancien ministre, Joseph Jasmin (2006 à 2011) voit en l’ancien président René Préval, décédé le 3 mars 2017, à l’âge de 74 ans, « un homme supérieur ».