Développement durable

Haïti 2004 : Insécurité et opportunités environnementales


vendredi 28 janvier 2005

P-au-P., 28/01/2005 [AlterPresse] --- Après tout un cycle de turbulences politiques enregistrées depuis 1986, la République d’Haïti fait face en 2004 (1) à un désatre écologique et naturel qui, aux yeux des spécialistes en la matière, risque d’hypothéquer l’avenir de sa population estimée à environ 8 millions d’habitants. D’aucuns prédisent une transformation probable des 27 750 kilomètres carrés formant son territoire en un vaste désert d’ici à 2015, si rien n’est entrepris au niveau environnemental.

Malgré l’insécurité caractéristique découlant du mode de gestion du milieu ambiant pendant deux siècles, il reste quand même des opportunités environnementales sur la base d’actions d’envergure à consentir. Quoique des catastrophes naturelles et écologiques aient marqué le pays en mai et septembre 2004, de nombreuses ressources et potentialités existent, moyennant une planification saine et une volonté politique ferme, comme la structuration d’une police environnementale composée de techniciens qui associent « la carotte et le bâton ».

L’environnement actuel en Haïti pourrait se définir comme un problème de sécurité par rapport aux ressources naturelles nationales qui se dégradent et qui constituent des menaces physiques et biologiques à la population.

Rétablir la couverture végétale, consacrer des investissements importants dans les bassins versants, notamment par des initiatives de reboisement ou de protection génératrices d’emplois et de nouveaux revenus pour les paysans, agir pour freiner les inondations par des subventions (en référence au cadre proposé par le protocole de Kyoto) et des incitations vers des cultures (type arbres fruitiers) à vocation touristique (mobilisation d’un circuit englobant des points frontaliers avec la République Dominicaine - à l’exemple de la foire écotouristique binationale tenue à Fond Parisien du 20 novembre au 5 décembre 2004 - et assurant une promotion active en direction des ressortissants nationaux et de la diaspora), mettre en œuvre des activités qui valorisent les ressources naturelles nationales dans le sens d’un développement durable : c’est le défi auquel s’attelle le Ministère de l’Environnement haïtien, remis en scène après neuf mois de relégation au rang de Secrétairerie d’Etat à l’Environnement.

« La sensibilisation des communautés ne suffit pas, il faut parvenir à la responsabilisation de l’Etat central vers un aménagement harmonieux du territoire à travers un plan transparent d’incitation à des activités économiques environnementales porteuses, dans différents espaces géographiques, de nature à influencer par exemple l’habitat », a préconisé le ministre de l’Environnement Yves André Wainright dans une interview accordée à AlterPresse.

Un nouveau site a déjà été délimité pour l’implantation de la nouvelle ville de Fonds Verrettes (dans l’Ouest) affectée par les inondations de mai 2004. Le ministère des Finances et des Affaires Economiques s’est lancé dans un processus d’actualisation d’une étude réalisée en 2001 aux Gonaïves (département de l’Artibonite au nord de la capitale Port-au-Prince), où les inondations de septembre 2004 ont fait plus de 2000 morts et disparus.

Parmi les autres actions envisagées, des dispositions seront prises pour veiller à ce que les « aires bidonvillisées » ne continuent point à s’étendre dans les mornes. Les exploitants des carrières de sable, un matériau très utilisé dans la construction en Haïti, ont un délai de 6 mois, à partir de novembre 2004, pour se conformer aux normes environnementales ou pour se voir interdire carrément tous travaux d’exploitation.

« Quand pratiquement vous ne faites que quémander de l’aide auprès de la communauté internationale face aux urgences de reconstruction des villes de Fonds Verrettes et de Gonaïves, il y a des ambitions auxquelles vous ne devez pas aspirer. Déplacer les populations, comme le pensent certains, reviendrait à déplacer les problèmes auxquels nous sommes confrontés », a déploré l’ingénieur-agronome Wainright.

Le ministre se réfère aux promesses faites en juillet 2004 mais non encore matérialisées, en relation avec le Cadre de Coopération Intérimaire (CCI), pour un déblocage de support financier d’environ un milliard de dollars américains à compter d’octobre 2004.

D’ici au début de 2005, le gouvernement de transition devra se prononcer sur une structure d’interventions environnementales, prévue dans le projet de loi organique du ministère de l’Environnement, plaidant pour un Etat déconcentré et une large participation des collectivités territoriales (conseils municipaux et conseils d’administration de sections communales) ainsi que l’implication des organisations de la société en matière de gestion de l’environnement.

Ainsi, le ministère de l’Environnement se confinerait-il exclusivement à une fonction de normes, par la mise en place d’infrastructures, laissant les investissements pour une "réhabilitation de l’environnement" au savoir-faire d’organismes sous tutelle ou organismes à vocation financière ou à vocation de production de services rentables ou rentabilisables".

Dans ce contexte, la "gestion des Parcs Nationaux susceptibles de générer des revenus d’écotourisme", sera confiée à un organisme autonome, dont le Conseil d’Administration comprendra des représentants de collectivités territoriales et des délégués d’organisations de la société à vocation de services.

La même approche sera privilégiée en ce qui concerne la gestion des déchets, des résidus solides et de la biodiversité par la recherche de filières de production de biodiesel, d’énergie éolienne et solaire (versus une amélioration de la disponibilité en électricité par le processus de pyrolyse) ainsi que d’alternatives (au charbon de bois et aux mines de sable), dont les sous-produits (glycérine, gravelle, briquettes de papier servant de combustible) pourraient être valorisés par d’autres entreprises. Beaucoup de sites correspondent à ces choix et options.

Quant à la protection de la couche d’ozone, des sessions de formation sont prévues pour les techniciens qui interviennent dans la réparation de matériels utilisant des gaz à effets de serre. Parallèlement, dans le sens d’un renforcement des capacités de gestion des douanes et administrations portuaires locales, des préavis d’importation seront exigés pour prévenir l’entrée sur le marché de matériels contenant ces types de gaz nocifs à l’environnement. En outre, un projet de décret de réglementation se trouve présentement devant le gouvernement en ce qui a trait aux matériels radioactifs, particulièrement ceux à usage médical.

A la suite d’échanges par courrier électronique et initiés également à l’occasion de la foire écotouristique binationale, Yves André Wainright et Max Puig, respectivement ministres de l’Environnement d’Haïti et de la République Dominicaine, qui partagent l’île, ont convenu de déterminer une approche commune à la rencontre internationale avec leurs homologues des pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP, Bruxelles décembre 2004) ainsi qu’à la conférence "des parties à la convention sur les changements climatiques".

En considérant le retard de décaissement dans le cadre du CCI, le ministère de l’Environnement haïtien pourrait réviser de stratégie de manière à profiter des ressources additionnelles en provenance du Fonds Mondial sur l’Environnement, qui supposent la mise en oeuvre préalable de programmes nationaux sectoriels.

Cependant, en dehors des "primes d’efficience" pour stimuler la production de matériels de sensibilisation chez les cadres environnementaux, le ministère de l’Environnement a approché des firmes de marketing afin de combler le déficit d’informations au public sur les perspectives d’interventions écologiques proposées. [rc apr 28/01/2005 00:30]