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Haïti/Société : Michel Joseph “Sweet-Micky” Martelly, une vaste stratégie d’isolement...


samedi 4 mars 2017

Débat

Par Antoine Hubert Louis*

Soumis à AlterPresse le 3 mars 2017

Michel Joseph "Sweet-Micky" est le revers pervers de la volonté de puissance du super-homme de Nietzsche. Alors, n’y allons pas par quatre chemins, ni avec langue de bois, il fallait une fois pour toutes une réponse cinglante et musclée à ses grivoiseries écœurantes durant les trois jours gras du carnaval officiel des Cayes (il est bien dit officiel, non pas national). Sinon, c’eût été l’affaire d’une entité toute-puissante venue d’ailleurs face à toute une nation à genoux, à ses pieds.

Mais, ne nous voilons guère la face non plus, la société n’a pas pour autant fini de se relever nonobstant l’éditorial de Radio Tele Kiskeya, signé par Marvel Dadin et Liliane Pierre-Paul. Il est en outre difficile de se complaire dans une telle ambiance de "telles lettres telles réponses". Cependant, peut-on leur demander de se laisser faire sans réagir quand ils ont la légitime impression que, par-delà leur simple personne, c’est la nation toute entière qui est traînée dans la boue puante de la Croix-des-Bossales par une entité mobile et parlante ?

Comment leur demander de ne pas tenter de fixer cette espèce rampante dans son élément naturel une fois pour toutes, quand toutes les forces dites vives de la nation se sont révélées amorphes face à la toute-puissance de cette espèce venue d’ailleurs. Hollywood lui-même n’a pas de cesse de démontrer que, quand de tels humanoïdes menacent la vie sur terre, il y a toujours des hommes et des femmes de courage prêts à s’organiser et à se sacrifier en vue de permettre aux leurs de survivre, sur terre et en toute liberté.

Durant trois jours gras, cette entité de seconde intention avait toute la société à ses pieds : les médias, les autorités communales, les élus locaux, le système judiciaire, la Police nationale d’Haïti (PNH), les églises ainsi que les sectes mystiques -Franc-maçonnerie et Rose-Croix, etc.-, les associations féministes et/ou de femmes. Et, cerise sur le gâteau, le couple présidentiel ! Tout le monde riait, dansait secouait leur hochet de calebasse -tchatcha- tels des prêtres vaudous ou mambos en transe ! Cette entité semblait avoir hypnotisé tous les secteurs, trois jours durant. L’éditorial de Radio Tele Quisqueya se veut le signal de ralliement d’une poche de résistance refusant d’avaler ce pullule d’Equilibrium, sciemment administré de mains de maîtres, à toute une société.

Des Duvalier aux "Tèt Kale"...

Par le passé récent, on arrêtait, emprisonnait, matraquait, exilait, tuait sauvagement ceux de la résistance, dits les "Kamoken". Il fallait les réduire au silence. Leur voix dérangeait. Derrière l’attitude de cette entité venue d’ailleurs, c’est le même but qui est poursuivi "faire comprendre à toute la société qu’il est des affaires desquelles il ne faut pas s’en mêler, sinon, vous aurez, d’une façon ou d’une autre, la monnaie de votre pièce, tôt ou tard".

Alors, plus qu’une simple campagne électorale enclenchée cinq ans d’avance comme certains l’entendent, cette stratégie sciemment concoctée, et non moins avalisante voire intimidante que celles des Duvalier, vise à fermer la gueule à ceux qui osent encore questionner, résister, dénoncer, donc déranger le bon déroulement des choses en cours et à venir. Alors, par le truchement de cette entité venue d’ailleurs, c’est l’ordre lui-même qui, dans son articulation et sa volonté de se perpétuer tel quel, essaye d’intimider et de réduire au silence les derniers rebelles. Tous semblent déjà devenus addictés à leur dose d’Equilibrium, à part ceux visés durant le carnaval officiel des Cayes.

Il s’agit d’un plan global de désarticulation des poches de résistance, de mise en minorité psychologique et d’isolement des potentiels récalcitrants. Même à travers les réseaux sociaux, par exemple, vous êtes tout bonnement taxés "d’aigris k ap megri" à la moindre critique proférée contre les "crânes sans cheveux" et alliés. Sinon, on vous classe "(chimè) Lavalas" sans appel, façon subtile de vous traiter de gens d’en-bas, de gens laids, sales et aveuglément violents. Bref, de sauvages à mettre hors d’état de nuire. Les (potentiels) militants sont aussi pris en compte, les leaders intransigeants de l’opposition à la dérive Tèt Kale et alliés compris.

En effet, qui aurait déjà oublié que, dans la foulée de la proclamation des résultats définitifs des dernières élections 2015-2016 Opont-Belanger, une campagne d’intimidation a été tout de suite mise en branle contre tous ceux de l’opposition y ayant participé. Le discours consistait à incruster subtilement dans le subconscient collectif que, parce que ceux-là n’ont pas été élus ici et là, ils ne doivent plus avoir droit à la parole. Dites dont s’il ne s’agit pas de la proclamation stricto sensu d’un subliminal plan de bannissement discursif à l’encontre de tous ceux pouvant, tant bien que mal, prendre place dans l’Agora et tenir fonction de sophistes face aux maîtres auto-proclamés de la cité ?

Somme toute, il est plus que clair que Michel Joseph "Sweet-Micky" Martelly, cette entité venue d’ailleurs, participe d’une vaste stratégie consistant à mettre en minorité psychologique tous ceux et toutes celles ayant la capacité de questionner, de résister, de dénoncer et de déranger l’ordre des choses en cours et à venir. Si tant est vrai, cela explique "clair comme un jus de noix de cocos" le silence plus que complaisant car complice de tous, dorénavant conzé à leur manière, dont les églises, les (patron des) médias, les élus locaux ainsi que les autorités communales, la société civile, le Parlement, le système judiciaire, la police, l’Exécutif...

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* Journaliste / Écrivain / Sociologue

 

 

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