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Haïti-Carnaval : Triple ratage du président Jovenel Moïse


mercredi 1er mars 2017

Débat

Par Antoine Hubert Louis*

Soumis à AlterPresse le 28 février 2017

Comme dans le film "Aunt-Man", la sortie de Sweet-Micky sur l’épuisant parcours du carnaval des Cayes a "miniaturisé" Monsieur Jovenel Moïse, malencontreusement 58e président de la République. En effet, nombreux étaient ceux et celles qui, notamment après l’esclandre à radio Caraïbes (94.5 FM Stéréo), s’attendaient à un geste de "fair-play" de la part des deux derniers jumeaux de la scène politique haïtienne, après Aristide et Préval, ces fauteurs de passes courtes, ou, mieux encore ; de la part des deux derniers pères et fils même amour de la vie politique haïtienne après François et Jean Claude, sans oublier la fausse-couche père/fils de 2010 (Préval/Jude).

Ne pas lister Sweet-Micky aurait envoyé un signal d’apaisement très fort. Hélas ! Monsieur Jovenel Moïse a encore raté une occasion en or pur de se montrer à la hauteur de sa tâche en prouvant qu’il sait saisir et comprendre le cours des choses, et agir en maître des lieux, à même d’influer sur la marche ascendante de l’histoire. Pour un seul carnaval, Monsieur Son Excellence a donc fait trois gros ratages en prenant d’abord la décision avant son investiture le 7 février dernier, donc sans avoir préalablement tenu Conseil des ministres à cet effet, de déplacer le Carnaval national de Port-au-Prince, quitte ensuite à ajouter à cette déclaration de guerre au maire Youri Chevry ainsi qu’à toute sa commune son fameux : "Le président a parlé, point barre ! Sa k pa kontan...!"

Guerre politique et d’opinion que le magistrat élu Youri Chevry a gagné en annonçant par voie de presse et via les réseaux sociaux, quelques heures après l’inconvenante déclaration de guerre de Monsieur Son Excellence (bien qu’il n’était pas non encore investi), qu’il y aura 3 jours gras à Port-au-Prince les 26, 27 et 28 février en cours, comme convenu. Chose dite, chose faite !

Le troisième gros ratage de Monsieur Son Excellence en cette seule édition de carnaval se veut l’irritante sortie de Sweet-Micky aux Cayes. Ce qui témoigne du mépris total de cette nouvelle paire père/fils pour ce qui semble choquer et vexer une bonne partie de l’opinion publique nationale et internationale. Qui donc aurait déjà oublié que l’escapade de Michel Joseph "Swet-Micky" Martelly à radio Caraïbes avait provoqué de vives réactions, non seulement au niveau de toute la société civile, mais aussi de la part de plusieurs employés de ladite radio, ce qui, à micro ouvert, a même valu les épithètes de "cochon" et de "Kokorat" à Michel Joseph "Sweet-Micky" Martelly, Chef d’Etat il y a juste un an.

Comment peut-on se vouloir rassembleur en affichant un tel mépris à l’égard de l’opinion publique nationale et internationale ? En quoi satisfaire son clan en faisant surtout plaisir au chef de sa tribu peut-être un signal que l’on entend vraiment recoudre le tissu social et réconcilier le pays d’avec lui-même, en vue de stabilité politique et de progrès socio-économique pour les cinq prochaines années ? En tolérant que Sweet-Micky - disons au passage bon vent au premier et authentique Sweet-Micky, en l’occurrence le putschiste Michel Joseph François- fasse ledit parcours avec son hérissante meringue, n’est-ce pas une façon de dire "Les copains d’abord", faisant ainsi un pied de nez, pour ne pas dire un droit d’honneur aux camps des adversaires ?

"Si en politique la reconnaissance n’est certes pas toujours une lâcheté", elle peut cependant se révéler être signe de grande faiblesse, d’un manque total de leadership même au niveau de sa propre ethnie, de sa propre tribu, de son propre clan et/ou cartel. Le nouveau tandem père/fils même amour Sweet-Micky/Jovenel aurait tout à gagner en n’octroyant pas de char au père Sweet-Micky, enfant gâté de la famille royale haïtienne, allusion faite aux médias de masses.

Ce constat va de soi entendu que ce régime jouit d’une famélique légitimité, par conséquent si fragile, parce qu’ayant à la fois bénéficié d’une maigre expression de votes avoisinant 500 milles voix seulement sur une liste de quatre à six millions d’électeurs potentiels, pour des résultats définitifs de 50.6% après de houles contestations terminées en queue de poisson. Pour preuve, ces résultats sont, à date, non acceptés par les trois poursuivants immédiats de Monsieur Son Excellence, à savoir Messieurs Jude Celestin de Lapeh et Moïse Jean Charles de Pitit Dessalines, et Madame Maryse Narcisse de Fanmi Lavalas.

Avec un gouvernement sortant, liquidant donc "les fameuses affaires courantes de l’Etat", et un Premier ministre certes nommé mais que Monsieur Son Excellence était bien obligé de présenter au public lors d’une cérémonie pour consommation médiatique au Palais, à cause de l’anonymat avéré de Monsieur Jacques Guy Lafontant que d’aucuns pensent être parent avec Roger Lafontant ; un Parlement d’alliés stratégiques mais non idéologiques qu’il faudra entre autres se démerder à convaincre en faisant feu de tout bois ; Monsieur Son Excellence aurait dû demander à son parrain de consentir le sacrifice de ne pas officiellement sortir les trois jours gras, justement pour envoyer un signal d’apaisement, une demande de trêve en attendant que l’Etat cesse d’être en mode pause.

Si Monsieur Son Excellence n’a pas pu calmer le jeu au niveau de sa propre tribu, au sein de son propre clan et/ou cartel, dans son fief, qu’en sera-t-il quand il adviendra le moment de devoir négocier rudement avec ses adversaires les plus intransigeants ?

SAVOIR ! VOULOIR ! OSER ! SE TAIRE .’.

SAVOIR ! VOULOIR ! OSER ! SE TAIRE .’.

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*Journaliste / Écrivain / Sociologue

 

 

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