A travers Haiti

Haïti : La Grande Anse face à une insécurité alimentaire aigüe, 4 mois après le passage de Matthew


mardi 14 février 2017

De notre envoyé spécial, Jean Elie Paul

P-au-P, 14 févr. 2017 [AlterPresse] — Quatre mois après le passage de l’ouragan Matthew, les 3 et 4 octobre 2016, l’insécurité alimentaire frappe de plein fouet le département de la Grande Anse, selon les témoignages recueillis par AlterPresse.

« La vie devient amère en raison des difficultés économiques auxquelles nous faisons face », après le cyclone, se plaint Sanithe Comte, ancienne mairesse de la commune des Irois.

Les commerçantes qui, en majorité, ont tout perdu, n’ont pu se recapitaliser. Elles n’arrivent, jusqu’à présent, pas à trouver des prêts pour reprendre leurs activités et subvenir aux besoins alimentaires de leurs familles, déplore l’ancienne responsable de la commune.

Elle appelle le gouvernement en place à se pencher sérieusement sur la misère qui sévit dans la commune.

Désespérée, Vital Mackensia, une jeune femme frisant la trentaine, n’a plus les possibilités de relancer ses activités commerciales.

Avant Matthew, elle se consacrait à la vente de pistaches (cacahuètes) et d’ignames
achetées des paysans.

Elle réclame vivement l’intervention de l’État pour aider la commune à sortir du marasme économique dans lequel elle se trouve.

Un accompagnement en faveur des personnes sinistrées les plus vulnérables est sollicité par une habitante de Bellevue, Jean François Marie Firnose, mère de cinq enfants.

« Les plantations qui constituaient la seule force de résistance de la population ont été dévastées. Il n’y a plus de cacaos, d’ignames, de petits pois et de cocotiers », déplore Jean Pierre Hugues.

L’arbre véritable, principale ressource vivrière de la zone et les feuilles de malanga (légume) se font aussi de plus en plus rares.

Les arbres dénudés par le puissant cyclone sont en train de renaître, petit à petit, dans certaines communes côtières les plus touchées, notamment Anse-d’Hainault, Dame-Marie et les Irois.

La couverture végétale de ces zones, jadis impressionnante, fait place à une atmosphère sombre où les chants des oiseaux ont presque disparu.

Les familles victimes qui demeurent encore un peu sous le choc devant l’ampleur des dégâts causés par Matthew essaient tant bien que mal de survivre face à l’adversité.

Contacté à ce sujet, le directeur départemental du Ministère de l’agriculture pour la Grande Anse, l’ingénieur agronome Robert Vladimir Potgony Jean, souligne la nécessité de réussir la campagne de printemps pour accompagner les familles nécessiteuses, parce que celle-ci produit près de 60 % des denrées par rapport aux autres saisons de l’année.

15 tonnes de semences vivrières tels que des pois, des maïs et des légumes ont été distribués par le Ministère, dans le cadre de la campagne d’hiver, fait valoir le directeur. Ce qui, selon lui, est loin d’être suffisant.

Après Matthew, les insectes

Une variété de fourmis géantes sème la terreur dans plusieurs sections communales de Dame Marie, tuant des animaux et parfois même les plantes, alerte, pour sa part, le maire assesseur Guerlince Michel.

Au courant du phénomène, le Ministère de l’agriculture n’a rien fait pour remédier à ce problème, regrette-t-il.

Dans certaines zones du département de la Grande Anse notamment à Pinquet et Duranton, une infestation de chenilles affecte gravement les plantes, reconnait Robert Vladimir Potgony Jean.

« Après un déséquilibre écologique, il y a beaucoup de chance que les insectes prolifèrent », argue-t-il. Le Ministère compte mettre à la disposition des gens plus de pompes à aspersion pour pouvoir les combattre.

Ce phénomène qui existe depuis 2004 devient pratiquement endémique, en dépit d’un projet spécifique mis en œuvre pour le juguler.

Les pécheurs aux abois à Anse-D’Hainault

Sur les rives d’Anse d’Hainault, quelques pêcheurs, visiblement les plus touchés par cette catastrophe, essaient tant bien que mal de recoudre leurs nasses et de réparer leurs bateaux amochés par les vagues.

« J’ai perdu mes nasses, mon petit bateau a été détruit depuis le cyclone Matthew, depuis plus de trois mois. Je n’ai pas d’argent pour mettre les nasses en mer », se plaint Etzer Cherret.

Il réclame l’aide des autorités afin d’être en mesure de répondre à ses obligations familiales.

« Actuellement, le Ministère de l’agriculture développe un programme de soutien aux pêcheurs. Un recensement est en cours. Ce projet a été accéléré après Matthew », fait savoir le directeur départemental pour la Grande Anse.

Des agents de pêche seraient déployés sur neuf communes côtières affectées par le cyclone. Le relèvement se fera au fur et à mesure, affirme-t-il. [jep emb gp apr 14/02/2017 11 :40]