Perspectives

Haïti-Séisme : Vibrant hommage de la Fokal aux féministes disparues, au mémorial du parc de Martissant


dimanche 15 janvier 2017

Par Betty Desir

P-au-P, 14 janv. 2017 [AlterPresse] --- De concert avec des organisations de femmes, la Fondation connaissance et liberté (Fokal) a rendu, sur le site du mémorial du parc de Martissant (secteur sud), un vibrant hommage aux féministes disparues, à l’occasion du 7e anniversaire du terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010, observe AlterPresse.

La Fokal a décidé, cette année, d’honorer la mémoire des féministes qui ont laissé trop tôt, cette terre, lors de cette catastrophe, déclare la présidente de l’institution, Michèle Duvivier Pierre-Louis, dans ses propos de circonstance.

« Les travaux de ces féministes, leurs engagements, leurs convictions et les résultats qu’elles ont pu obtenir dans la législation haïtienne, dans le social et le politique ont ouvert le chemin pour continuer le combat vers une société plus égalitaire, plus juste et plus solidaire ».

Il reste encore des défis à relever dans la lutte contre les discriminations et les inégalités, souligne-t-elle.

La Fokal a voulu que la mémoire de ceux et celles qui ont tant contribué à cette lutte ne s’efface jamais, exprime-t-elle.

La commémoration du 12 janvier constitue un moment spécial pour le pays particulièrement pour ceux et celles qui ont vu disparaitre brutalement un de leurs proches, affirme, avec une voix teintée d’émotion, Danièle Magloire, dirigeante de l’organisation Kay Fanm, compagne de lutte des féministes disparues.

« Les années passent mais la douleur reste à pic, au fond de nous et rejaillit avec force. Les images de nos disparues nous envahissent, les scènes de désolation et de détresse que nous avons vécues ce jour-là nous submergent, les paroles et les actes des autorités qui ont tant fait défaut demeurent irrémédiablement un manquement ».

« L’angoisse persiste puisque nous savons que le pays n’est toujours pas prêt à faire face adéquatement à un nouveau cataclysme », dit-elle.

Cette commémoration est, à la fois, un moment de tristesse et de grand réconfort, selon elle.

C’est une « tristesse de savoir que certaines voix féministes ne résonneront plus, tristesse causée par la brusque interruption de la complicité militante qui tissait nos liens, tristesse ressentie pour les autres disparitions qui ont clairsemé le rang des féministes en particulier celle de Jessie Chancy Manigat et de Nicole Magloire », poursuit-elle.

Malgré les pleurs, ce moment de réconfort permet de ne pas laisser sombrer dans l’oubli ce drame qui a fauché des milliers de personnes, nuance-t-elle.

« Votre souvenir interpelle, votre mémoire est vivante dans nos choix, nos actions et nos comportements, comme le disait Victor Hugo (écrivain français) », avance la représentante du secteur des femmes au sein du Conseil électoral provisoire (Cep), Marie Frantz Joachim, militante féministe.

« Rien n’est plus vivant qu’un souvenir, le vôtre nous accompagne et nous aide à nous questionner constamment, à nous adapter aux transformations climatiques et technologiques en vue d’un mouvement féministe renforcé, porteur pour le pays et inspirant pour les générations futures », soutient-elle, citant le poète espagnol Federico Garcia Lorca.

Plusieurs personnalités dont des ambassadeurs, diplomates, des représentants du secteur culturel, politique et médiatique ont, entre autres, pris part, à cette cérémonie commémorative du 7e anniversaire de ce séisme qui a fait environ 300 mille morts.

Il faut faire en sorte d’être mieux préparer afin d’éviter le désastre qu’on a connu dans le passé, encourage le chef de la délégation de l’Union européenne (Ue) Vincent Degert, dans des déclarations à AlterPresse.

Il exhorte à la mise en place des dispositions nécessaires afin de rendre plus efficace la protection civile.

Les enfants doivent être renseignés sur les comportements à adopter face aux menaces naturelles, plaide, pour sa part, la directrice de la Bibliothèque nationale d’Haït (Bnh) Emmelie Prophète.

Les causes qui ont occasionné autant de dégâts en 2010 persistent, les normes parasismiques ne sont toujours pas respectées, souligne le coordonnateur de la Société haïtienne d’aide aux aveugles, Michel Péan.

Il appelle à une lutte en faveur de l’application des lois notamment au bénéfice des personnes handicapées.

Les médias et les organisations sociales doivent faire un plaidoyer pour influencer et porter les autorités étatiques à responsabiliser la population sur le comportement à adopter, renchérit la directrice exécutive du Réseau des femmes des radios communautaires haïtiennes (Refraka), Marie Guiyrlène Justin.

Il est temps que l’État ait une politique de logement social pour que les constructions se fassent d’une autre manière, exige le Refraka.

La commémoration a été marquée par une exposition de photographies sur le mouvement féministe et ses trois leaders : Myriam Merlet, Anne Marie Coriolan et Magalie Marcelin.

Des chants de circonstance ont été exécutés par la chorale de la Fokal et celle de l’École nationale des arts (Enarts), accompagnées d’un trio du groupe « Rara Vodoula ».

Vers 4 h 53, l’heure à laquelle le puissant séisme a frappé Haïti, l’assistance s’est mise debout en vue de se recueillir en mémoire des milliers de personnes disparues dans la catastrophe. [bd emb gp apr 14/01/2017 14 :10]