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Drame de Carrefour Feuilles, 7 février 2002

La NCHR dénonce l’irresponsabilité des autorités haïtiennes


mardi 19 février 2002

Prise de position de la NCHR / recue le 19 fevrier 2002

Le jeudi 7 février 2002, à Carrefour Feuilles, aux environs de 18:30 heures, un câble de haute tension longeant la rue Sicot, coupant perpendiculairement la rue Tunnel où loge le marché public dénommé " Marché Tunnel ", s’est rompu et a coûté la vie à plus d’une dizaine de personnes dont la majorité est de sexe féminin. Citons entre autres : Mèmène Charles, Avelicia, Julienne Benjamin, Madame Jean Pierre Hérold, Timana, Madame Vincent, etc.

La NCHR, dans son souci de tenir informer la population haïtienne s’est rendue sur les lieux aux fins de s’enquérir des circonstances entourant ce drame.

Les informations recueillies sur place permettent d’affirmer que la mort de ces gens par électrocution était prévisible dans la mesure où le câble s’est rompu en quatre (4) fois. La première fois, heureusement, c’était une heure indue, il n’avait pas fait de victime. La seconde fois, deux (2) cabris et deux (2) chiens étaient morts. La troisième fois, une fillette a été grièvement blessée. A chaque fois, les techniciens de l’EDH ne se contentaient que de réparer le câble usé sans toutefois penser à le remplacer. En conséquence les responsables de l’EDH étaient au courant du danger que courait la population de la zone. Notamment les marchands du marché Tunnel et les personnes qui y viennent pour des emplettes. Mais rien n’a été fait pour prévenir ce danger imminent.

Ces agissements de l’état vis-à -vis de ses concitoyens constituent une entorse à la Constitution Haïtienne, à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, et à la Convention Américaine relative aux Droits de l’Homme. Respectivement aux articles 19, 3, 6 et 4.1

Constitution Haïtienne de 1987

Article 19 "L’Etat a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect de la Personne Humaine, à tous les citoyens sans distinction".

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Article 3 "Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques

Article 6 "Le droit à la vie est inhérent à la Personne Humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie".

Convention Américaine relative aux droits de l’Homme

Article 4.1 "Toute personne a droit au respect de sa vie. Ce droit doit être protégé par la loi, et en général à partir de la conception. Nul ne peut être privé arbitrairement de la vie ".

La NCHR dénonce les Responsables de l’Etat qui traitent la population haïtienne comme du bétail. A l’occasion de pertes en vies humaines ou autres faits délictueux aux pouvoirs publics, les parents des victimes, en proie à une situation de misère semblent être toujours invités à un marchandage pour absoudre l’Etat au prix de faibles "compensations". Ce faisant, l’Etat foule aux pieds la dignité humaine et développe un sens d’immoralité chez les défavorisés et le sens de pareille intervention est volontairement caché pour faire paraître le caractère paternaliste (Papa bon cœur) du Chef de l’Etat.

La NCHR dénonce également les opportunistes qui, sous le couvert de leur statut d’autorités locales ou de membres d’organisations populaires essayent de se substituer aux parents des victimes afin de tirer leurs épingles du jeu, ce, au détriment des parents de victimes.

En s’inclinant devant la mort de ces gens et en présentant ses condoléances aux parents des victimes, La NCHR recommande aux autorités haïtiennes de :

- ne plus utiliser la logique de compensation pour étouffer la justice,
- constituer une commission d’enquête mixte et indépendante en vue de :

- identifier les vrais parents des victimes
- fixer les responsabilités,
- juger les coupables,
- rendre justice et réparation aux victimes.
- Porter l’EDH à évaluer les faiblesses au niveau du système de distribution du courant électrique pour en effectuer les réparations appropriées afin d’éviter la répétition d’un tel drame.